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Album

09 décembre 2014 - U-Zine

Deadly Carnage

Sentiero II – Ceneri

LabelATMF
styleBlack Metal progressif
formatAlbum
paysItalie
sortieseptembre 2011
La note de
U-Zine
8/10


U-Zine

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Il faut bien reconnaître que quand tu as dans les mains d’un groupe baptisé Deadly Carnage, tu t’attends plutôt à du Death/Grind qu’à du Black Metal. Néanmoins, si l’on connaît le parcours de la formation Italienne, on sait que le patronyme correspond davantage aux racines black/death ayant donné vie à deux jeunes pousses : une démo en 2006 et un EP en 2007, puis à un premier full-length, Decadenza, sorti de terre en 2008.
Au delà de la connaissance historique du groupe, un simple coup d’œil au label en dit long. On sait qu’ATMF dispose d’un catalogue pas nécessairement touffu, mais qu’il renferme des petites perles de Black Metal prog’ ou post-black, je ne le répèterais jamais assez.

Deadly Carnage, fraîchement recueilli par l’écurie italienne, a dévoilé ce Sentiero II – Ceneri en septembre 2011. Les premières minutes d’introduction entament les hostilités à la frontale, on nage dans des eaux noires tumultueuses et agressives, mais dont on ne connaît que trop bien les remous pour se laisser submerger. Un peu classique et déjà entendu, la production est énorme, ça plaît à l’oreille mais ça ne subjugue pas d’originalité. Et lorsque l’on sait que 4 titres sur 6 titres ne flirtent pas en dessous des 7 minutes, on craint d’emblée le raté chiant. Il faudra attendre la seconde partie du titre d’intro pour enfin tendre l’oreille, et entendre le développement d’un Black Metal nettement moins bas du front qu’on ne le croyait, plus progressif et mélodique. Le contre est habile, on ne le voit pas venir, le plaisir lui, en est décuplé.

Si l’on devait faire synthétique, l’on dirait de Deadly Carnage qu’il serait un mix de black metal progressif aux relents doom, axé sur la mélodie, oscillant entre rage et mélancolie, spiritualité et brutalité, qui trouverait un équivalent chez les excellents Gorath. L'arpège acoustique embrasse la distorsion, la célérité côtoie la lenteur, les sonorités Black Metal rêches et old-school s’expriment sporadiquement mais s’effacent au profit d’accents plus courbes, plus contemplatifs, de structures plus anguleuses et progressives En somme, le deuxième et excellent morceau Parrallels se suffit à lui-même pour rendre justice à tous les éléments maîtrisés par Deadly Carnage, qui parvient à marier songwritting moderne et fluide avec classicisme de certains riffs. Le pivot central de Sentiero II – Ceneri, constitué des indissociables Epithat Pt. I et Epithat Pt. II ne dépareille pas, s’inscrit dans la coloration sombre étalée en début de parcours, et permet à l’album de prendre davantage de hauteur et d’intensité, la magie noire a opéré, le magnétisme s’exacerbe jusqu’à l’excellente Growth and New Gods qui glisse l’auditeur dans un tunnel éclatant et cristallin, où des solis déchirants gorgent d’émotion un auditeur hypnotisé par les profondeurs mélodieuses explorée depuis de le commencement d’un album qui avait tout pour s’imposer comme une franche réussite. La dernière partie de ce titre, c'est juste le grand frisson.

Puis arrive la traîtrise. L’uppercut vicieux que tu n’attendais pas, celui que tu ne pouvais pas imaginer au regard de la traversée éclatante de Sentiero II. Ceneri clôture l’album, referme l’ouvrage par ses 9 minutes 40. Le titre est long, par sa durée et par la déception qu’il inflige. Rares sont les groupes de Black Metal qui passent avec succès l’exercice de la ballade au chant clair, il ne me vient à l’esprit que l’excellente Just for a moment d’Austere qui lui, avait su rester dans le ton de son skeud en dépit du choix. Acrobatie casse-gueule par excellence, d’autant plus dans le metal extrême, Deadly Carnage s’y est essayé, sans préparation et sans filet, et s’y est égaré.
Près de 10 minutes d’arpèges agrémentés de sursauts discrets de distorsion, de nappes de synthé et de percussion tribales, narrées par une voix chantée ou murmurée qui tape largement à côté, qui n’aurait pas dû figurer sur l’album tant elle est peu habilement maniée, tant elle casse le rythme de l’album. Le titre en lui-même n’est pas une catastrophe, mais alors qu’il se voudrait mélancolique à t’en taquiner les lacrymales, il sonne plutôt comme une ballade un peu guimauve, le vecteur d’émotion était bien plus poignant, intense et sincère sur les 5 morceaux précédents que sur ce déballage gratuit de spleen, qui aurait gagné à s’affranchir de chant pour ne devenir qu’instrumental.

Quelle déception que ce contrecoup, d’autant plus virulent que rien ne laissait le présager, et qui vient, en plus de déplaire par sa naïveté plus agaçante que touchante, saborder la cohérence de Sentiero II qui pourtant, putain de merde, avait tout pour être un sans faute.
La rudesse de mon propos est proportionnelle à ma désillusion. Néanmoins, hors de question pour votre serviteur de descendre en flamme Deadly Carnage pour ce que j’espère être une erreur de parcours, et je ne veux surtout pas que vous vous en teniez à ce titre, qui a la malchance de conclure un parcours excellent à bien des égards.

Sentiero II – Ceneri est un très bon album, solide, intense, pertinent, bref, au dessus de la mêlée, qui vous ravira jusqu’à son dernier titre, qui m’énerve et vous horripilera aussi, tant il est incroyablement navrant de voir autant d’intelligence et de maîtrise côtoyer une seule et unique, certes, mais si grossière erreur.

A suivre.

1. Guilt of Discipline
2. Parallels
3. Epitaph Part I
4. Epitaph Part II
5. Growth and New Gods
6. Ceneri