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Album

09/12/14 - U-Zine

Leviathan

True Traitor, True Whore

LabelProfound Lore Records
styleBlack Metal
formatAlbum
paysUSA
sortienovembre 2011
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

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Vu que l’on s’apprête, à l’heure où j’écris ces lignes, à célébrer dans l’opulence le passage de 2011 à 2012, à fêter dignement (dans la mesure de votre tolérance aux excès que l’on ne vous recommande pas), cette sorte de remise à 0 des compteurs laissant place à 12 mois pour lesquels tous les espoirs sont permis, citons l’adage selon lequel ‘Il y a des années avec, et des années sans’.

Pour Jef Whitehead, plus connu sous le pseudo de Wrest, c’était une année sans. Pour Leviathan, dont il est seul maître à bord, c’était une année avec. Sans rentrer dans les détails que vous pourrez glaner ici et là sur la toile et dont vous connaissez sans doute la teneur si vous lisez ces lignes, sachez simplement que l’homme, très impliqué dans la scène, fondateur de l’excellent Lurker of Chalice et participant à Sunn O))) ou Twilight, est sous le coup d’accusations lourdes invoquées par son ex-compagne, dont, aux dernières nouvelles qui se font rare, on attend le dénouement. Une affaire pour le moins retorse qui implique mensonges et antécédents peu glorieux de la victime présumée et doute semé quant à l’implication de Wrest ou non.

Pourquoi évoquer cette tourmente judiciaire si nous ne désirons nous intéresser qu’à la musique me direz-vous ? Tout simplement parce qu’elle a largement conditionné la mise au monde de ce True Traitor, True Whore, dont le seul titre évoque bien des choses. On a toujours connu Leviathan comme un projet très personnel, pourvoyeur d’une musique intérieure et inspirée, avec des coups de moins bien parfois, mais cette sensation d’implication de Wrest n’a jamais figuré aussi explicitement que sur cet album. Le premier indice nous vient du titre, le second, tout aussi percutant, est cette main plaquée au visage de l’acquéreur du cd. Cette main, c’est celle de Wrest qui appose davantage son empreinte sur son bébé, que l’on croyait mort et enterré depuis sa dislocation du label Moribund Records, et dont le Massive Conspiracy Against All Life, moins percutant que ses prédécesseurs mais tout de même réussi, devait être l’épitaphe.

C’est Profound Lore Records, qui, le nez très fin, a récupéré les nouvelles velléités musicales de Whitehead et mis dans les bacs ce True Traitor, True Whore, qui ne manque pas de s’imposer à mon sens comme l’une des sorties majeures étiquetées black metal cuvée 2011. Leviathan reprend à peu de choses près là où les avaient laissées Massive Conspiracy Against Life, dans une lignée Leviathan pur jus. Toujours ces atmosphères brumeuses, cette production équilibrée entre crasse et clarté, ces éclats de haine brute de décoffrage, ces 6-cordes grinçantes typées 90’s mais à la griffe plantée au cœur de son époque, avec un supplément rythmique, plus travaillé et rageur qu’auparavant, comme si Wrest régurgitait sa colère à chaque martèlement de caisse claire. Au rang des ambiances, l’emploi du clavier ponctuel, mais omniprésent à chacune de ses interventions (Contrary Pulse) absorbe l’oxygène, le spectre Lurker of Chalice plane au dessus des arpèges qui nous invitent au jeu de l’engourdissement et fleurent bon le Deathspell Omega (Her Circle is the Noose) sans pour autant qu’une influence réelle ne viennent entraver l’originalité de Leviathan.

Pas un rayon de lumière ne parviendra à percer les abysses cauchemardesques de cette virée dans la vision musicale de cet homme tourmenté et gonflé de haine. Les émotions ténébreuses véhiculées sont protéiformes, tantôt explicites (l’excellente Harlot Rises et sa frénésie maîtrisée), tantôt plus nuancées (Contrary Pulse), l’agencement des titres habilement effectué, de telle sorte qu’il se dégage une unité réelle de True Traitor, True Whore, un fil conducteur dans le thème et l’évocation amère de l’anxiété teintée d'amertume qui enrôle l’auditeur pour ne lui rendre sa liberté qu’aux glas des 50 minutes de l’album.

Alors certes nous sommes en droit de nous poser la question de savoir si l’opus aurait eu un tel retentissement à nous esgourdes s’il avait été écrit dans un autre contexte. Cette question je me la suis posée, et l’ai abandonnée aussitôt, car True Traitor, True Whore, puise sa force dans sa conjoncture, et n’aurait pas existé sans les affres omniprésents de son géniteur. Car au-delà de la compréhension explicite du propos, la musique en elle-même est excellente, comme bien souvent dès lors qu’un homme met sa colère au service de son art, et il résulte de ce True Traitor, True Whore un Black Metal de très grande qualité, témoin d’un boulot d’orfèvre dans la recherche de composition, évoquant davantage que ses précédentes sorties une misanthropie moins générale, plus ciblée sur l'individu, et c'est quand Wrest mets sur bande ses sentiments intérieurs et moins généraux qu'il s'en sort le mieux.

Oui, pour Leviathan, 2011, ça aura été une année avec.

1. True Whorror
2. Her Circle Is the Noose
3. Brought Up to the Bottom
4. Contrary Pulse
5. Shed This Skin
6. Every Orifice Yawning Her Price
7. Harlot Rises
8. Blood Red and True

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