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Album

09 décembre 2014 - U-Zine

Slayer

God Hates Us All

LabelAmerican Records
styleNeo-Thrash metal
formatAlbum
paysUSA
sortieseptembre 2001
La note de
U-Zine
7/10


U-Zine

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Il faut un certain recul pour évoquer God Hates Us All sans être totalement acariâtre.

Bon, certes, inutile d’attendre près de 10 ans pour se forger un avis solide, mais force est de constater que si l’on se transporte quelques années en arrière, la position de Slayer sur la scène thrash metal laissait dubitatif. Depuis Season in the Abyss, les produits estampillés Slayer se résumaient à un énorme point d’interrogation.
Sans prendre le parti un peu trop répandu selon lequel le déclin d’inspiration des légendaires Californiens était dû au départ du non moins renommé Dave Lombardo, remplacé au pied levé par l’excellent Paul Bostaph, il faut bien reconnaître que Divine Intervention, à l’exception de quelques titres, était relativement chiant et Diabolus in Musica aussi incompréhensible artistiquement que raté musicalement (nous écarterons volontairement Undisputed Attitude, vous en comprendrez les raisons).

Ainsi trois ans se sont écoulés depuis Diabolus in Musica(ca), et déjà à l’époque, un certain revirement musical et une volonté ratée d’évolution se faisaient sentir. La déferlante néo-metal y étant sans doute pour quelque chose, Slayer paraissait, concernant l’album précité, victime d’une écoute trop intensive de Slipknot, optant pour une direction nettement plus axée sur la rythmique et le mid-tempo, le tout agrémenté par quelques relents thrash, un peu trop discrets et mal amenés pour être franchement convaincants.

God Hates Us All est un peu la suite logique de tout cela. Là où Diabolus In Musica était un enfant prématuré, God Hates Us All est un album arrivé au terme de sa gestation.
En digérant pendant 3 ans ses choix erratiques, Slayer a choisi de les perfectionner sans vouloir les écarter totalement.

On file un coup de 7-cordes de temps à autres, on baisse l’accordage de quelques tons, on s’inscrit toujours dans son époque, mais on s’énerve et on balance la sauce, sans s’encombrer de structures confuses et inefficaces. C’est un peu ça God Hates Us All.

Énoncé comme ça, on pourrait légitimement penser que le skeud est un peu vicié, que toute intégrité est perdue, mais balancer la sauce, c’est aussi la marque de fabrique de Slayer.

C’est donc dans ces choix différents et mûris que se trouve la légitimité de la rondelle. Disciple, premier véritable assaut de l’album fait office de rouleau-compresseur, et a dû sans doute rassurer les fans de la première heure à son écoute. Plus moderne, Slayer s’est doté d’une gigantesque production, claquante à souhait et sans fioritures, à l’image de la déflagration que constitue ce morceau d’ouverture.
Araya est plus en voix que jamais, le tandem Hanneman/King fonctionne toujours aussi bien et Bostaph prouve qu’il est un batteur à l’inspiration impressionnante.
Passée la surprise de Disciple, qui ne manque pas, en dépit de son indiscutable efficacité, de déstabiliser par le sens du riffing bien différent des origines du groupe, la suite désappointe totalement.

Slayer est roublard et confirme ce que nous évoquions précédemment. On tape nettement plus dans le néo-thrash que dans le old-school. Ceux qui espéraient alors un retour aux sources du quatuor en ont eu pour leurs frais, et je sais de quoi je parle. Les titres se succèdent et laissent de prime abord un avis mitigé, empreint d’une colère sourde.
Non, pas facile de se faire à l’idée que le fuckin’ Slayer de Reign in Blood, Hell Awaits ou de South of Heaven est mort et enterré. Et c’est ainsi que pour en être bien sûr de ne pas faire d’erreur en posant la stèle sur la tombe d’un groupe que nous avions presque inhumé, persévérance et manque de résignation oblige, nous retournons sur l’album… et que l'on en vient à l’apprécier.
A force d’écoute, fatalistes, l’évidence s’impose : Slayer a changé. Mais une autre surgit : celle que la reconversion fait montre d’un panache tout ce qu’il y a de plus louable et que Slayer n’a peut être jamais sonné aussi énervé depuis une chiée.

Araya hurle à s’en faire péter les cordes vocales, les rythmes s’embrayent sans aucune redite, variés et bien sentis (putain ce Bostaph décidemment), et les riffs véritablement agressifs ne manqueront pas de vous péter les cervicales, pour peu que vous soyez ouverts à la mutation de Slayer. L’agencement des morceaux entre eux est d’une incontestable cohérence, qui confère à l’album un dynamisme de tout instant.
La pirouette Threshold/Exile est l’exemple de ce que vous trouverez sur un God Hates Us All qui jamais ne s’essouffle, même s’il faiblit par instants (Deviance).

Les compos sont simples, se calquent sur un schéma dont chacun à fait le tour depuis une paye mais avec cette belle touche de modernité qui apporte son souffle de fraîcheur à Slayer, décrié par les uns, salué par les autres.

Nous pourrions encore citer les excellentes War Zone, Here Comes the Pain ou Payback (qui conclut intelligemment l’album pour laisser une impression imparable de furie, ils sont pas cons les mecs je vous dit), fleurant bon le Slayer d’antan bien que remis au goût du jour.

Mais le monde est imparfait et quoi qu’on en dise, God Hates Us All reste la preuve que Slayer tel qu’il fût ne sera plus, le fan lambda du groupe et de metal en général ayant cette fâcheuse et utopique habitude de croire que Son groupe de toujours reviendra à pondre de nouveau un skeud d’égale qualité à ceux qu’il a composé par le passé et qui ont fait sa gloire.

Pas totalement Slayer, ni totalement éloigné de ce qu’il fût, God Hates Us All a le cul entre de chaises certes, mais reste un album de très bonne facture, gavé de titres efficaces, le genre de skeud dont on se pose, à la fin de son écoute, un sourire abruti sur le coin des lèvres, la question ultime et significative : ‘Ouh putain ! Mais c’était quoi ça ?’

Et puis de toute façon, un album de Slayer, qui s’appelle God Hates Us All, qui sort le 11 Septembre 2001, ça ne peut qu’être 'Diabolus enough' pour un bon skeud.

Merde, en somme, ne boudez pas votre plaisir, et même s'il n'est finalement que convenu, intercalez donc un coup de God Hates Us All entre deux écoutes de Reign In Blood / Hell Awaits / South of Heaven / Season in the Abyss. (Prière de ne rayer aucun album de votre choix.)


01. Darkness of Christ
02. Disciple
03. God Send Death
04. New Faith
05. Cast Down
06. Threshold
07. Exile
08. Seven Faces
09. Bloodline
10. Deviance
11. War Zone
12. Here Comes the Pain
13. Payback
14. Scarstruck
15. Addict

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