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Album

27 juin 2026 - S.A.D.E

Callous Faulter

Callous Faulter

LabelGutter Prince Cabal
stylePost-black metal
formatEP
paysAustralie
sortiejuin 2026
La note de
S.A.D.E
8.5/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Si le black metal s'est longtemps orné d'atours venus de la nature – on ne compte plus les pochettes où figurent forêts et montagnes et en retranscrivait la force brute et indomptée, la violence de la musique est venue questionner au fil du temps les zones urbaines et la folie qui s'y tapit, surtout dans son excroissance post-. Avec sa pochette illustrée d'une façade brutaliste en noir et blanc, rendue presque abstraite par l'angle de la prise de vue, le premier EP (homonyme) de Callous Faulter s'inscrit directement dans la deuxième catégorie. Projet solo, Callous Faulter est mené par J.Angus, venu de la scène underground de Melbourne.

Une fois la pochette découverte, la première surprise vient de la tracklist. Deux titres dépassant les quinze minutes sont au menu, et c'est le genre de parti pris qui peut s'avérer bien casse-gueule. Le premier titre, « The Isolationist », démarre sur des guitares tissées inquiétantes et légèrement dissonantes, avant qu'une première explosion de violence ne lance pleinement le morceau, tout en blastbeat et tremolo picking. Le chant écorché de Angus est impressionnant, plein d'une rage haineuse et sans retenue. Mais ce qui fait la force de ce premier EP (et qui le rend complexe à chroniquer) consiste en la construction de ses titres. Morceaux fleuves obligent, il faut parvenir à garder l'auditeur attentif et captivé, et Callous Faulter le fait d'une manière exemplaire : alternances entre agression et accalmie, progressions minutieuses en crescendo, ruptures abruptes et inattendues ; les outils et méthodes sont variés mais toujours utilisés avec justesse et intelligence. L'écoute évoque donc un parcours sinueux au cœur d'un labyrinthe de béton et d'acier. Le rapprochement le plus évident que l'on peut faire est celui avec les Ukrainiens de White Ward, les deux formations proposant un post-black metal exigeant, aussi acrimonieux qu'intelligent. 

La production est précise sans être clinique, un grain dans les guitares leur donne cette teinte de crasse urbaine qui colle aux godasses. Aussi efficace sur les murs de son blastés (l'entame de « Ocean Views », à titre d'exemple) que sur les instants de respiration, le son permet de saisir la minutie avec laquelle sont déployés les titres, comment les montées progressives s'enrichissent à chaque mesure, et Callous Faulter a tout du travail d'orfèvre dans ce domaine. Haine brutale et mélancolie angoissée parviennent à être exprimées à partir d'une même base sonore, un équilibre jamais simple à trouver.

Composer des morceaux à rallonge est toujours une prise de risque. Callous Faulter s'y est frotté et réussit parfaitement l'exercice : pas une seule seconde d'ennui à l'écoute de ce premier EP, on se laisse volontiers violenter dans ce dédale urbain. 

Tracklist de Callous Faulter :
01. The Isolationist
02. Ocean Views