
Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.
Aurélie Jungle : On va parler d’un groupe instrumental de doom / stoner. Ce groupe c’est Kerry Kaverga. Un trio espagnol, formé en 2023, et qui vient de sortir son premier album : Bestiae Somnium Noctis.
Amis hispanophones, vous aurez sans doute saisi immédiatement le double sens du nom porté par cette formation, tout en vous demandant si c’est voulu ou non. La réponse est évidemment « oui ». Kerry Kaverga sonne en espagnol comme : « qué rica verga », que l’on peut traduire par « quelle belle verge ». Et si je me marre en découvrant ce groupe via la promo de leur album, je vais beaucoup moins rire en lançant Bestiae Somnium Noctis - ou La Bête du Rêve Nocturne, si t’as échappé au latin.
Sorti le 6 mars 2026, Bestiae Somnium Noctis c’est 5 titres et 44 minutes de fantasmagorie avec une BO démentielle.
L’album s’ouvre avec « Inexorabile Iter » (Voyage Inéluctable), sur le bruit d’un feu qui crépite et un groupe en pleine invocation, répétant à l’unisson «Bestiae Somnium Noctis». Les voix sont rapidement rejointes par une basse dantesque et quelques tritons vibrants. Jusqu’ici, rien d’anormal. À deux doigts de lancer un bingo sur les refs sataniques qui seront effleurées tout le long de cette galette. C’est la guitare plus claire à 3:05 qui va finalement attirer mon attention. Rien d’original tu me diras face à un Bongripper par exemple. Mais attends.
Le bal s’ouvre quelques secondes plus tard avec des sonorités atmosphériques et à partir de 4 minutes, je ne sais plus combien de personnes composent ce groupe. On retombe à peu près sur nos pieds quand les riffs initiaux reviennent à l’attaque mais c’est sans compter sur la guitare derrière qui continue de nous faire léviter. La deuxième guitare.
Deux guitares ? Mais ils sont trois dans le groupe : Manu (à la guitare), Gasper (à la basse) et Andrés (à la batterie). Qu’est-ce que c’est que cette diablerie ?
Si le premier morceau a posé l'ambiance générale de cette histoire, me voilà lancée sur le second titre, « Ritual », le morceau le plus long de l’album et celui qui va te faire rentrer dans le vif. Et tel un rituel, « Ritual » est composé de phases répétitives. Un riff va dominer l’ensemble et rythmer le morceau, en donnant une impression d’efforts, de labeur, bref de galère. Mais le travail paie : le fameux riff répétitif se trouve coupé à peu près toutes les deux minutes par des parties beaucoup plus aériennes, stoner voire psychédéliques. Et si ma nuque se balançait sur le riff initial, c’est finalement sur ces parties aériennes, qui sont toutes plus surprenantes les unes que les autres, que mon attention va se déporter et que mon visage va se déformer pour encaisser. À 9 minutes, j’ai déposé les armes, balancé mon casque et jeté ma grille de bingo. Je n'ai absolument rien vu venir.
Bestiae Somnium Noctis c’est une histoire de 44 minutes, qui se lit dans l’ordre. On est loin d’un doom instrumental des plus classiques. Avis aux aficionados de Bongripper donc, de Clouds Taste Satanic ou encore de Weedcraft.
Plutôt que de plonger directement en enfer, Kerry Kaverga te propose de léviter dans les limbes. Du doom, oui mais du doom pimpé par des parties atmosphériques, stoner, psyché, desert voire prog. Si tu viens initialement pour la lourdeur du doom, c’est finalement la légèreté qui vient sublimer chaque morceau qui va te faire rester, sorte de curiosité malsaine, morbide, qui finira par te faire basculer dans un véritable cauchemar. Le cerveau est retourné.
Oui, tu l'auras désormais compris, le trio excelle dans la narration et la métaphore auditive. « Circulus Clauditur » (cercle fermé) se termine comme il a commencé et scelle le sort des invoqueurs avec sa batterie qui s’apparente à un tambour d’exécution, sonnant le glas à échéances régulières, « The Summon » et son bruit blanc en fond accompagné d'un dialogue entre la guitare et la basse d’une douceur folle, imageant parfaitement un dialogue entre les protagonistes du début et ce qu'ils ont invoqué…
Les mecs sont trois, et pourtant, sur certaines parties, ils n’hésitent pas à mettre en place des loops côté guitare et basse pour combler le peu de silence et de trou d’air qui pouvaient persister (« Inexorabile Iter », « The Summon », « Azathoth »). Une technique qui permet à l’unique guitare de taper des solos dans les notes les plus aiguës tout en maintenant une voire deux parties rythmiques. Des fantômes s’invitent ainsi dans les morceaux et te font perdre le nord. Ces loops apportent aussi de la lourdeur, une impression d’étreinte voire d'étau, ça dépend de ta vision des choses. Dans tous les cas, tu ne peux même pas penser à t'en échapper.
L’album se termine sur « Azathoth », référence au démon le plus puissant de la franchise lovecraftienne, dont on peut présumer l’arrivée. Sans vouloir spoiler la fin de cette épopée, après le doom, le stoner, le desert, le prog, le sludge… Place maintenant aux riffs heavy qui apportent de la vitesse. Une ambiance Goku vs Freezer ou course dans Les Montagnes Hallucinées si on veut rester chez Lovecraft. Le pire de tout, c’est que ce dernier morceau n'a pas de conclusion.
Tu ressors de cet album comme d'un cauchemar, avec une fin qui sonne comme un réveil brutal. T’en ressors aussi, et surtout, sur ta faim. Bestiae Somnium Noctis n’est pas la première production de Kerry Kaverga. Ce premier album a été précédé d’un EP de 3 titres (The Mountain, Pt.I) tout aussi intéressant musicalement mais beaucoup moins immersif voire original. Si le groupe promet désormais ce type de voyage à chaque production, je signe tout de suite.
Tracklist de Bestiae Somnium Noctis :
1. Inexorabile Iter
2. Ritual
3. Circulus Clauditur
4. The Summon
5. Azathoth





