
hell god baby damn no!
Je ne vais pas vous mentir, j'ai un peu décroché dernièrement. L'excitation procurée par la découverte d'une nouvelle perle musicale au détour de Bandcamp ou en cliquant sur les recommandations des ami.e.s se trouve remplacée par une certaine indifférence. Il fallait bien le retour d'un groupe comme Spell, dont l'album précédent avait fini bien haut dans mon top 2022, pour me faire remonter mes manches et rouvrir un logiciel de traitement de texte. Nous y voici donc, quatre ans plus tard : Spell semble avoir trouvé son line up en un quatuor et jeté tout son dévolu sur une direction artistique goth – des visuels aux titres des morceaux en passant par les costumes. C'est certes une influence qui a toujours été présente dans leur musique, mais Opulent Decay et Tragic Magic, les deux albums précédents qui leur ont vraiment permis de se faire un nom, mettaient bien plus en avant leurs influences heavy, hard rock, voire prog.
Les Canadiens ont-ils donc décidé de purement surfer sur la vague de la hype, quelque part entre Ghost et Unto Others ? Ce serait un crime après un album aussi intelligent et varié que Tragic Magic, et Spell nous prouve une fois de plus que le groupe est bien trop doué pour tomber dans ce piège facile. En revanche, cette approche apporte une unité indéniable à l'album, une atmosphère commune qui fait passer Wretched Heart d'une collection de morceaux à une entité unifiée et cohérente. Toute l'influence 70's que le groupe pouvait avoir se retrouve ensevelie sous le groove d'une basse post-punk et de synthés tantôt utilisés pour quelques notes peignant le décor, tantôt prenant le lead aux côtés des guitares sur les mélodies.
Pour autant, ce virage donne quelques passages plus metal de la carrière du groupe, le premier riff de “Dark Inertia” ou “Wretched Heart” en témoignent. L'omniprésence de la basse et des synthés ajoute également un niveau de composition et de complexité bien supérieur, et on peut sûrement remercier l'effectif augmenté du groupe pour cela. Conséquence possible également, comme l'écho hurlé sur le refrain d'”Iron Teeth” ou la soudaine tombée dans les tons graves sur “Oubliette”, voire des jeux entre les deux voix comme sur “Savage Scourge”.
Mais c'est toujours bel et bien le timbre de voix de Cam qui rend Spell impossible à confondre avec aucun autre groupe, et sa capacité à écrire des refrains imparables. Car si Wretched Heart n'a pas la richesse stylistique qui rendait Tragic Magic si efficace, ses refrains sont faits du même or finement travaillé. Toute la première moitié de l'album n'est qu'un enchainement de tubes, “Lilac” en tête de file. Je mets quiconque au défi de l'écouter sans se retrouver avec son refrain coincé en tête pendant au moins une semaine. Le côté parfois adolescent des paroles joue sur l'aspect accrocheur sans jamais tomber dans le cliché ni la parodie.
Spell signe une fois de plus un album fin, intelligent, qui relève comme ses deux prédécesseurs le défi de jouer sur des influences bien définies sans tomber dans le simple hommage. Moins tape-à-l’œil que ses prédécesseurs, Wretched Heart dévoile au fil des écoutes que ses qualités ne s'arrêtent pas à celles de ses morceaux tubes. Vieillira-t-il aussi bien que ses prédécesseurs ? Seul le temps nous le dira, mais Spell peut en tout cas se targuer à l'heure actuelle d'avoir produit cinq albums uniques, différents les uns des autres, tout en établissant une marque de fabrique indéniable, se déclinant sans mal sous ses différentes itérations.







