
"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."
« Bonjour et bienvenue à bord de l’univers de la musique assistée par ordinateur ». A l’ère où les musiques créées par IA jettent un flou, il est réjouissant de voir que la vieille garde continue de produire de la musique électro/synthwave qui reste humaine. Rétro-futuriste mais résolument organique, The Algorithm a tracé sa route depuis son apparition bien fortuite en plein boom du djent. Celle qui l’a mené sur une route digitale à la Tron, l’autoroute de l’information, le cœur fictif et coloré d’un ordinateur dans l’imaginaire collectif. Lui qui a donc joué la carte du « mashup » entre un metal furibond et une électro multi-cartes. Et qui commence à avoir une discographie plutôt garnie. Après l’excellent Brute Force puis la masterclass et l’aboutissement qu’avait été Compiler Optimization Techniques, Rémi Gallego avait signé un Data Renaissance plus frontal et volontairement garni de tubes. Presque devenu unique en son genre sachant que le mix entre « vraie » électro et un versant metal tout de même assez tranchant est une denrée rare – ou alors pourvoyeur d’un résultat assez dégueulasse, le style de The Algorithm semble encore avoir des choses à dire. Ne s’enfermant pas dans une électro rétro très codifiée comme Master Boot Record ou une synthwave trop puriste (The Algorithm s’étant un peu accolé à la scène avec Compiler Optimization Techniques), Rémi continue à proposer à qui veut un électro-metal qui va chercher dans des genres bien précis que chacun devra savoir apprécier, ou au moins faire preuve d’ouverture d’esprit. Et c’est alors que Recursive Infinity, sixième album de The Algorithm, va surprendre.
Déjà, si Data Renaissance avait joué la carte d’une succession de hits et l’avait pleinement assumé en balançant pas mal de singles, Recursive Infinity lui a plutôt choisi de garder ses secrets jusqu’au bout. Seul « Graceful Degradation » avait été dévoilé en amont de la sortie de l’album et on se situait dans la lignée de Data Renaissance, avec des sons électro bien efficaces mâtinés de rythmiques guitare/batterie bien offensives. On pensait alors avoir affaire à un nouveau Data Renaissance mais non, Recursive Infinity nous prendra par surprise car The Algorithm va livrer un album tout aussi riche que Compiler Optimization Techniques, malgré des équilibrages différents et ce dès qu’on regarde la tracklist (neuf morceaux, cinq minutes et demi maximum). La discographie de The Algorithm semble donc maintenant suivre un schéma, chaque album tubesque et efficace (Polymorphic Code, Brute Force, Data Renaissance) étant suivi d’un album plus aéré et travaillé (Octopus4, Compiler Optimization Techniques, et donc Recursive Infinity). De toute façon, l’assez long break électro de « Graceful Degradation » annonçait déjà la couleur, et The Algorithm d’assumer dans les storys présentant Recursive Infinity comme un album de « metal meets psytrance ». Ce qui n’est pas une nouveauté car on pouvait déjà déceler le côté psytrance dans Compiler Optimization Techniques (« Binary Space » notamment) mais le genre va être encore plus intégré ici. De manière cependant très fluide, Rémi maîtrisant maintenant totalement le croisement des styles. L’ouverture sur « Race Condition » nous annonce par ailleurs un album très épique, les boucles électro étant vite accompagnées par des riffs bien mordants et même un lead assez envoûtant, avant qu’on ne laisse encore une fois emporter au cœur de l’ordinateur central. Et si The Algorithm est déjà en grande forme, il va cette fois-ci innover. Grosse mise à jour !
C’est ainsi que dès « Advanced Evasion Technique », The Algorithm va casser ses codes en affirmant l’aura plus épique entrevue dès « Race Condition », en poussant encore plus loin son ambition. L’ambiance électronique est particulièrement lumineuse et surtout le morceau est bardé de sortes de chœurs du plus bel effet. Plus aérien et astral, avec une inspi goa trance assumée, The Algorithm ne renie pourtant jamais son identité avec des riffs toujours implacables et une section basse/batterie qui groove sec. Et « Endless Iteration » enfonce le clou : si les chœurs du morceau précédent surprenaient déjà pas mal, maintenant The Algorithm intègre carrément… du chant ! Un chant certes robotisé à l’extrême, mais parfaitement intégré pour donner un morceau d’électro-metal ultra cohérent, qui s’autorise aussi un revirage vers une ambiance plus sombre avec des riffs particulièrement gras et un tempo soutenu, contrasté par un final plus mélodique. The Algorithm avait donc encore des idées, des bonnes idées même, et arrive le temps de quelques morceaux à révolutionner son propre genre. Et le paroxysme de cela sera atteint sur « By Design », l’autre piste de Recursive Infinity intégrant du « chant » : une fabuleuse pièce d’électro-metal supra-épique qui démarre de manière très atmosphérique avant d’aller très loin dans la mélodie futuriste en mode synthwave de premier choix, avant un break pystrance de folie digne du meilleur d’un Filteria et un final salvateur incroyable. C’est assurément le meilleur morceau de la carrière de The Algorithm. Pour un album qui dépasserait même Compiler Optimization Techniques ? Cela reste à discuter car si le reste de l’album demeure inspiré – on flashera encore sur « Hollowing », grosse mandale metal avec des passages électro entraînants à souhait – il s’essouffle légèrement sur la fin alors que la première moitié était exceptionnelle d’innovation. « Rainbow Table » est encore éminemment sympathique avec une partition toujours mélodique et épique, « Mutex » est ensuite plus metal mais beaucoup plus classique ; tandis que le morceau-titre qui clôture l’album est une sorte de générique de fin très Marvelien qui hélas se traîne en longueur, malgré une ambiance plus symphonique originale et des sonorités électro qui font le lien avec le début de l’album pour former une sorte de… boucle infinie. Mais même s’il est un peu déséquilibré, Recursive Infinity est un album assez sensationnel, qui réussit quand même au bout à croiser le côté le plus travaillé et le plus efficace de The Algorithm. Les riffs – ici plus frontaux qu’alambiqués – sont là, et pour le reste, Rémi nous offre un catalogue électro particulièrement passionnant. Il faudra apprécier ce background rétro-futuriste qui pioche dans un spectre très large, mais au bout Recursive Infinity est l’album le plus singulier et ambitieux de The Algorithm et s’avère à bien des égards juste irrésistible. Oui.
Tracklist de Recursive Infinity :
1. Race Condition (4:18)
2. Advanced Evasion Technique (4:31)
3. Endless Iteration (4:52)
4. Graceful Degradation (4:52)
5. Hollowing (5:23)
6. By Design (5:26)
7. Rainbow Table (4:02)
8. Mutex (4:19)
9. Recursive Infinity (5:21)











