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Album

10 février 2026 - Storyteller

Ingrina

Nåværende Lys

LabelMedication Time Records
stylePost Metal
formatAlbum
paysFrance
sortiefévrier 2026
La note de
Storyteller
8.5/10


Storyteller

Why not ?

Ingrina, c’est un quintet de musiciens qui a décidé de se lancer dans une ambitieuse aventure conceptuelle il y a de cela deux albums déjà. En 2018 sortait Ette Lys, premier volet de cette saga, qui se poursuit deux ans plus tard avec Siste Lys. Et depuis, un EP est venu nourrir nos oreilles curieuses avant l’avènement en 2026 de Nåværende Lys. L’enchainement conceptuel des albums se poursuit tout au long de l’œuvre d’Ingrina et ce dernier sera celui de la libération, marquant la fin de la trilogie. Ce que votre cerveau va mettre dans la musique du groupe est important, car vous lirez des paroles, certes, mais vous écouterez surtout un récit joué par trois guitares, une basse et une batterie. Et fabriqué de toutes pièces par Ingrina car de la composition à l’enregistrement, ils ont tout fait eux-mêmes au long des quatre dernières années.

S’il y a un petit côté mystique dans leur approche de la musique quand on lit la description qu’ils en font, le style musical est clairement ancré dans le post-metal. Ce sont les guitares qui mènent la danse tout au long des six morceaux de l’album. Et avec trois guitaristes, les possibilités sont larges. On passe par des passages très doux comme l’intro de « Loosen » qui fait sonner l’instrument avec un écho un peu tourbillonnant, sans batterie, pour rentrer dans un morceau qui va se construire, couche après couche, retomber puis rebondir et à un moment tout s’emporte dans une sorte de crescendo qui se lâche. Mais on traverse aussi des passages pleins d’une intense épaisseur, de la densité, quelque chose qui emporte l’auditeur avec la réverbération dont le genre s’est emparé. Si on calcule les émotions par lesquelles on passe, on se retrouve dans un panorama, on est bousculé, secoué puis relâché.

« Grips » nous emmène aussi sur ce que le post-metal peut faire de progressif, de groove. Une preuve supplémentaire du souhait d’Ingrina de ne pas rester dans une simple construction spiralaire unique que l’on retrouve souvent dans le genre. On a de l’énergie avec des parties rapides sur « Time », de la finesse, avec une batterie en syncopes et ghost notes sur « Out » et de l’ingéniosité. Si l’on reconnait l’appartenance au style par le son, et une partie de la composition, on n’est pas sur une nouvelle copie des grands noms comme Year Of No Light, dont l’esprit plane cependant, ici et là.

On pourra aussi parler des voix, qui se résument à des cris accompagnant la musique. Comme un instrument écorché. Des paroles sont jointes à l’album, mais il est presque impossible de les reconnaitre et d’intégrer le concept de façon classique, en le suivant comme on lirait un livre. On sent, comme sur « Time », qu’ils nous racontent quelque chose, mais il faut reconnaitre que les instruments prennent le pas car ils sont au même niveau dans le mix, le chant n’étant pas mis en avant. Peut-être aussi que l’écho sur la voix nous donne cette impression d’inaccessible.

Pour soutenir l’ambiance, les sons électroniques ne manquent pas, comme sur « Out ». Ils prennent parfois le pas sur les guitares mais ne viennent pas les remplacer ou même les dominer. Et puis, il y a « Laws » titre quasi exclusivement électronique, très doux, comme une transition vers le dernier morceau, un trait d’union qui, là encore, emporte l’auditeur vers les hauteurs. Il ouvre la porte à « And All The Deadly Frontiers », seule chanson qui ne résume pas à un titre en un seul mot. Il se concentre sur une musique beaucoup plus épaisse, plus tournée vers la distorsion, comme un final qui libère l’auditeur en faisant ressortir toute l’énergie qu’il reste avec un crescendo qui se termine avec un brouillage qui fait disparaitre le groupe, entérinant la fin de ce cycle de trois albums.

Ingrina, grâce à leur maitrise toute personnelle d’un style qui joue sur les longueurs, la lenteur, l’atmosphère et la densité, sort un album unique. Nåværende Lys s’écoute en étant prêt, comme un voyage dont ils se revendiquent, quelque chose de tellurique et brûlant comme le montre la pochette, réalisée par un artiste parisien qui avait déjà pris en charge leurs dernières réalisations. Il a fallu que je sorte de ma zone de confort pour vous en parler et cet effort est récompensé par une découverte qui ne m’a pas laissé indifférent. Il faut du temps pour s’habituer au son parfois un peu rude, à la noirceur qui va vous demander plusieurs écoutes pour en entendre toutes les subtilités dans ce gros son. Mais je ne peux que vous conseiller l’écoute de Nåværende Lys, une preuve qu’en France, même dans les territoires les plus reculés, on joue sur la post-scène des grands !

Tracklist

1. Time
2. Out
3. Loosen
4. Grips
5. Laws
6. And All The Deadly Frontiers