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mardi 14 mars 2023

Citrus @ Montpellier

Concert privé - Montpellier

Sleap

Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

 

En ce dimanche ensoleillé de mars, je reçois un message du patron m’incitant vivement à participer à un petit évènement confidentiel : Citrus « secret show ». Malgré une soirée fort arrosée la veille, je me décide à tenter l’aventure. Il faut dire que la température est si douce en cette veille de printemps que je ne résiste pas à l’envie de faire un brin de balade.

En me rendant sur les lieux, en plein centre-ville de Montpellier, je ne cesse de me questionner sur la nature de l’événement. « Citrus »… Avec un nom pareil, serait-ce une troupe de théâtre à l’humour acide ? Ou bien une compagnie de danse au pas chaloupé ? En tout cas, l’ambiance promet d’être pour le moins fruitée…

En arrivant à l’adresse indiquée, j’éprouve tout de même une certaine inquiétude. En effet, je viens de me rappeler que ce lieu est tenu secret et que l’on m’a communiqué les coordonnées via un canal de messagerie cryptée. Quelques individus d’allure peu recommandable sont disséminés dans les environs. L’endroit semble malfamé… Me serais-je trompé d’adresse ? Mais alors que je me pose toutes ces questions, quelque chose me fait tiquer. Tels les speakeasies new-yorkais pendant la prohibition, l’endroit est en fait subtilement indiqué grâce à un signe distinctif sur la porte extérieure :

Je ne puis cependant réprimer un sentiment de malaise. Quel spectacle citronné pourrait bien se dérouler au dernier étage de cet immeuble à l’aspect suspect ? En arpentant les escaliers grinçants et poussiéreux, je croise de plus en plus de grands gaillards aux tatouages sinistres et aux vêtements sombres floqués de logos tous plus bizarres les uns que les autres. J’ai comme un mauvais pressentiment…

Me voilà enfin arrivé à l’étage fatidique. Horreur ! Un nombre incalculable de ces énergumènes est concentré au même endroit. Nous sommes dans une pièce d’une petite vingtaine de mètres carrés qui fait office de salon/salle à manger/cuisine. Tout le mobilier a été enlevé pour laisser place à une batterie et des amplificateurs. Le reste de la pièce est littéralement noir de monde. Certains ont de la bière à la main, d’autres tiennent des appareils photos, d’autres encore semblent s’échauffer, comme si quelque rixe allait soudainement advenir. J’entends avec effroi un bout de la conversation de deux d’entre eux : « ça sent le fait divers » disent-ils… Je suis piégé. La seule issue possible est une fenêtre sans balcon qui donne sur la rue, trois étages plus bas… Néanmoins, je repère une affiche qui me fait, l’espace d’un instant, retrouver mes esprits : Montpellier Danse 2022.

Avec un peu de chance, nous allons assister à un spectacle contemporain, certes inhabituel, mais nullement dangereux. Mais mes yeux sont vite attirés par la grande bannière latérale qui jouxte la porte du fond : « Violent Dancing » en lettres capitales. Un graffiti qui laisse présager le pire... Et pour couronner le tout, un grand logo « attention » ainsi qu'une ignoble tête de singe viennent fignoler le tableau. Aurais-je donc atterri au beau milieu d'un zoo ? Tout cela ne me dit rien qui vaille…

Et alors que résonnent les premiers larsens, tout ce « beau » monde commence à se déchaîner. Le ciel semble me tomber sur la tête. Nous devons être au moins une cinquantaine dans ce petit salon plein à craquer ! Les gens se marchent dessus, se bousculent, se rentrent véritablement dedans. Tout l’environnement vole en éclat au son assourdissant des enceintes. Mes tympans sont tout bonnement en train d’exploser, alors que l’appartement, lui, est en train d’imploser ! C’est là que je me rends compte que j’aurais dû lire la phrase verticale sur le coté droit de l’affiche de l’événement… Les « musiciens » sont au nombre de quatre : un batteur et un guitariste aux chevelures hirsutes, une jeune bassiste au sourire pourtant jovial, et un vocaliste tout bonnement simiesque. Celui-ci ne cesse d’invectiver la foule à grands cris arrachés. Les yeux exorbités, il arpente la pièce de long en large (serait-ce donc cela que de lointaines connaissances appelaient le « side to side » ?) et se mêle au public survolté.

Les pièces musicales semblent très courtes et expéditives. J’ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que nous sommes déjà passés à une composition suivante. Les gens se poussent et se percutent par dizaines, certains semblent léviter au plafond, soutenus par je ne sais quelle force centrifuge. Je suis entouré de véritables primates ! Une « fan » exécute des sortes de chorégraphies païennes à la gloire de je ne sais quelle divinité obscure. Le plancher tremble sous les tapis de double grosse caisse du batteur. Cela à tel point que j’en viens à prier que le sol ne se dérobe pas sous nos pieds. Nous sommes en effet au cœur d’un immeuble centenaire du centre historique de la ville, les fondations vont-elles résister à un tel déchaînement de violence ? Les individus composant cette fosse aux lions sont tous plus frénétiques et endiablés les uns que les autres. C’est un cauchemar ! À l’instar de la petite ampoule au-dessus de nos têtes, à peine soutenue par un fébrile câble pouvant lâcher à tout moment, notre vie ne tient qu’à un fil.

Après une vingtaine de minutes qui a semblé durer une éternité, les hostilités ont l'air de se terminer. Je redescends les escaliers d’un pas hésitant, l’esprit encore confus par ce qui vient de se passer. Je ne sais toujours pas comment je peux être encore en vie… Et alors que je quitte cet immeuble maudit, je n’ai plus qu’une seule idée en tête : le citron, plus jamais !

Sur une note plus sérieuse, bravo à toute la team Citrus pour avoir organisé ce concert maison. Merci à Timo pour l'invitation en son humble demeure (et que la caution repose en paix) ! Retrouvez  les liens du groupe ci-dessous :

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