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Rubrique nécro #5

jeudi 21 juillet 2022
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Oui, on sait, la Rubrique nécro' a énormément de retard ! Mais ne vous en faites pas, on vous garde au chaud depuis quelques semaines les plus beaux albums Death Metal de la collection printemps/été 2022. Beaucoup de sorties LavaDome et de petits trucs oldschool, mais aussi quelques productions progressives pour vous lécher les oreilles cet été.

 

The Chasm – The Scars of a Lost Reflective Shadow
Death mystique – Mexique (Lux Inframundis)

Sleap : Au même titre que ses contemporains péruviens de Mortem, The Chasm est l’un des secrets les mieux gardés de la scène Death Metal latino-américaine. En effet, malgré une longévité impressionnante de plus de 30 ans et près d’une dizaine d’albums (!), le duo mexicain n’a jamais véritablement percé à l’international et reste uniquement vénéré par les afficionados du genre. Et je dis bien « vénéré » car il s’agit là d’un des groupes les plus intègres mais aussi les plus uniques que l’on puisse trouver en la matière. Malgré ce manque de reconnaissance, The Chasm ne cesse de produire des disques d’une constante qualité à un rythme assez régulier. Bien que Daniel Corchado ait travaillé pour beaucoup de groupes (notamment les débuts de Cenotaph ou encore l’excellent Diabolical Conquest d’Incantation), The Chasm reste son projet le plus personnel. Années après années, l’infatigable bassiste-guitariste-vocaliste et son frère d’arme Antonio León distillent un Death Metal sombre sans sonner générique ; mélodique sans faire dans le mièvre ; groovy sans appauvrir la formule ; atmosphérique sans être ennuyeux, le tout avec des sonorités et des arpèges de guitare uniques en leur genre. De la même manière que l’on reconnait instantanément un Inquisition pour le Black Metal, l’identité de The Chasm saute directement aux oreilles des deathsters aguerris. Pour couronner le tout, l’imagerie et les textes traitent de thématiques mystiques et inquiétantes toujours assez abstraites pour ne pas tomber dans le simple Lovecraft-worship ou les sempiternels clichés antireligieux.

Et ce Scars of a Lost Reflective Shadow ne déroge pas à la règle. Même s’il n’égalera pas les monuments que sont Spell of Retribution, Procession to the Infraworld ou Deathcult for Eternity, ce nouvel effort continue de creuser ce sillon si particulier du Death Metal. On note que le growl de Corchado sonne plus solennel que jamais, tel la sentence irrévocable d’un titan millénaire, et la production (notamment pour les parties de batterie) ne saurait être plus adéquate. The Chasm fait partie de ces groupes dont la recette est si unique qu’on ne la changerait pour rien au monde, même après 9 albums. Depuis 1992, le duo continue de tracer son petit bonhomme de chemin contre vents et marées, et pour longtemps encore, on l’espère !

 

Soreption – Jord
Tech Death – Suède (Unique Leader)

Storyteller : première claque visuelle avec ce nouvel album de Soreption. La pochette de ce quatrième album, intitulé Jord, est splendide, mystique, technologique et bien annonciatrice de la claque tech death que vous allez prendre. Commençons par un point essentiel : Soreption est un de ces groupes au son ultra clean, ciselé et aux rythmiques plus saccadées. Donc ne vous attendez pas à du Death bien gras, vous seriez déçu. Bien sûr, vous remarquerez assez rapidement que cela se joue entre le côté technique et un peu intello du genre, bien construit, un peu froid mais qui sait toucher l'oreille du connaisseur, et le côté brutal incarné par le chanteur à la carrure de boucher prêt à faire des saucisses de vos tympans.

Huit titres et des chansons qui ne dépassent pas quatre minutes. Vous aurez compris que le calibrage n’est pas à la prise de tête. Les structures sont assez classiques mais elles mélangent de vrais morceaux de bravoure. Vous trouverez à de nombreux moments des parties qui sortent de la mécanique du groupe : sur « Död Jord », ça part en coup de folie au centre du titre. Ou sur « Prophet » et son solo bourré d’écho doublé d’une partie de clavier pour donner de l’ambiance. Les tempi sont menés par une grosse caisse omniprésente. Il y a bien quelques blasts mais les rythmiques sont enlevées et l’aspect cassé est clairement mis en lumière par la batterie comme sur « The Chasm », chanson sur laquelle on suit un flot avec des variations dans la rapidité qui vont faire gonfler et dégonfler la chanson.

Vous allez vous gaver de shreds parce que ça joue quand même sérieusement bien. On est bien au-delà d’une inspiration froide. « The Nether Realm’s Machinery » par exemple est une belle preuve de l’éclectisme de leur jeu : très technique avec des rythmiques très syncopées, du clavier pour donner une ambiance un peu plus épique et du groove. On sent le groupe avancer comme un seul homme, façon rouleau compresseur. Même si la variété dans les titres pourrait être un peu plus marquée, en trente minutes vous aurez fait le tour de Jord et vous n’aurez pas eu le temps de vous ennuyer. Un beau jalon de Tech Death de cette année.

Beyond Mortal Dreams – Abomination of the Flames
LavaDeath – Australie (Lavadome)

Sleap : Depuis notre première Rubrique Nécro’, vous me voyez souvent employer le terme « Lavadeath » pour décrire ce style typiquement fin 90’s / début 2000’s à la Formulas Fatal to the Flesh ou Gateways to Annihilation. Bien qu’il ne soit pas exclusif à l’écurie Lavadome, c’est bel et bien de cette dernière dont nous allons parler aujourd’hui. Et pour cause, l’un des principaux représentants de ce label, Beyond Mortal Dreams, vient (enfin !) de sortir son nouvel album Abomination of the Flames. Tout comme leurs labelmates de Chaos Inception/Flehstized, les Australiens sont devenus en très peu de sorties l’un des fers de lance de cette petite niche du Death Metal post-2000. Et malgré quelques très bons EP ou demos au fil du temps, cela fait bel et bien 14 ans (!!!) que nous attendions un nouveau full-length.

Et à l’écoute de cette tuerie je dois bien vous avouer qu’aucun album ne m’avait aussi vite collé le smile cette année. Dès les premières secondes du titre éponyme je suis subjugué par ce riffing sombre sans être plombant, et technique sans être démonstratif. Une production parfaite avec quelques samples et de très légers effets supplémentaires, des vocaux infrabasses à la Karl Sanders, une rythmique hyper nerveuse sans sonner épileptique pour autant… On se laisse vraiment porter par ces tapis de double pédale maculés de soli quasi-spatiaux à la Trey Azagthoth – notamment sur les massifs morceaux finaux. Je mets juste un bémol sur la doublette centrale ("They are Seven" ; "Decimation Hymn") qui sonne comme un hommage à Cynic un peu sorti de nulle part. Au-delà de ça, c’est sans conteste une nouvelle réussite pour les Australiens. Espérons ne pas avoir à attendre encore 14 ans pour un nouvel album – aussi excellent soit-il !

Heaving Earth – Darkness of God
LavaDeath – Tchéquie (Lavadome)

Sleap : On continue dans le « Lavadeath » avec un autre des petits protégés de Lavadome Productions : Heaving Earth. Désolé d’enfoncer le clou mais ils ont tous décidé de sortir leur nouvel album cette année, je n’y peux rien ! Pour la petite histoire, Heaving Earth (dont le nom est tiré du morceau de Morbid Angel) est actuellement l’un de mes groupes européens favoris. Le fait que leur musique soit une parfaite synthèse de plusieurs de mes groupes préférés doit y être pour quelque chose. En plus du groupe suscité, on y trouve effectivement du Hate Eternal mais aussi du Immolation. Et là encore, depuis le génial Denouncing the Holy Throne (mon top album de 2015) l’attente fut longue. Alors qu’en est-il de ce Darkness of God ?

Eh bien après moult écoutes, je dois avouer une légère déception. Alors ne vous méprenez pas, ce disque surclasse évidemment un bon nombre d’autres sorties Death technique actuelles. Mais les Tchèques semblent avoir abandonné une bonne partie de ce qui faisait leur identité pour céder à l’appel du TechDeath à la Gorguts / Ulcerate, notamment sur la seconde moitié de l'album. L’une des influences antérieures qui reste encore plus que perceptible est évidemment celle d’Hate Eternal (ce qui suffit à me ravir au plus haut point). L’ombre d’Erik Rutan plane toujours autant sur ce nouvel effort, notamment à travers le chant. Mais c’est tout de même dommage de voir l’un des meilleurs projets Lavadeath actuels se tourner vers le sentier du Death dissonant à la mode. Fort heureusement, la qualité de production et les compos toujours aussi inspirées font de ce Heaving Earth cru 2022 une nouvelle réussite. L’abondance de leads et de soli tous plus fous les uns que les autres ("Forever Deceiving Dismal Gods" entre autres) en est d’ailleurs l’un des points forts. Mais, même si ce Darkness of God figurera à n’en point douter dans mon top 2022, je reviendrai, à long terme, bien plus souvent sur ses deux prédécesseurs.

Inanna – Void Of Unending Depths
Death Metal progressif – Chili (Memento Mori)

ZSK : Groupe chilien existant depuis le tout début des années 2000, Inanna n’a pas encore vraiment su se faire remarquer, et ce malgré deux premiers albums de très bonne qualité (Converging Ages en 2008, Transfigured In A Thousand Delusions en 2012). Pour ne rien arranger, la formation est longtemps restée loin des studios, vu que son troisième album n’arrive que… 10 ans après le précédent ! Si l’on avait déjà coché le nom du groupe chilien, il aura fallu être patient, et ce malgré la parution de quelques stuffs pour meubler (une compil de démos, deux albums de live, un remaster du premier album). Mais Inanna est enfin de retour, cette fois-ci chez le label espagnol Memento Mori. Et peut-être qu’enfin, le talent qui nous vient du Chili va pouvoir s’exposer plus durablement à la face du monde.

D’inspiration lovecraftienne (oh bah ça alors), Inanna nous livre depuis Converging Ages un Death plutôt progressif, exprimé sur de longs morceaux. Si le style n’a pas vraiment évolué depuis, les Chiliens ont plus que largement progressé sur le fond comme sur la forme et Void Of Undending Depths est un sacré bond en avant. On est en face d’un Death plutôt fouillé, d’inspiration américaine forcément mais avec quelques touches de modernité, et une production organique mais puissante. Les compos complexes mais efficaces s’enchaînent, et pas mal de mélodies se dégagent, ésotériques à la Morbid Angel mais aussi astrales à la Mithras ou aquatiques à la Sulphur Aeon. La voix de Max Neira est bien rauque et caverneuse comme il faut, et le tableau est complet. Void Of Unending Depths est, 12 ans après son premier album, clairement l’aboutissement de ce que Inanna est capable de faire.

Résolument progressif, bien que pas forcément dans le sens de pas mal de groupe estampillés ainsi actuellement, Inanna évolue souvent dans un tempo soutenu mais sait aussi se montrer remuant en témoigne le plus gras et brutal "Among Subaquaeous Spectres". Mais si Void Of Unending Depths est quelque peu redondant par moments, il va se finir en fanfare sur l’impressionnant "Cabo de Hornos", 13 minutes émaillées de mélodies imparables dans des progressions incroyables, toujours sous le joug d’un Death Metal malgré tout percutant. C’est vraiment le momentum de l’album et la quintessence des qualités actuelles d’Inanna. Qui livre donc ici son meilleur album et le moyen d’enfin se faire un nom, grâce un Death progressif suffisamment inspiré, personnel malgré des influences évidentes, et surtout rafraîchissant. Laissez-vous happer par le Death lovecraftien chilien !

Pharmacist – Florishing Extremities on Unspoiled Mental Grounds
Deathgrind – Japon (Bizarre Leprous Production)

Pingouin : Celles et ceux qui suivent Pharmacist depuis le début le savent, c’est le meilleur groupe de Goregrind aujourd’hui en activité. Leur premier album (Medical Renditions of Grinding Decomposition – 2020) enterre toutes les sorties du même acabit qui ont tenté la provocation gore et gratos (Looking at you Fluids, looking at you Pissgrave). Après avoir prouvé qu’ils avaient en eux la fibre de Carcass et de Repulsion, Pharmacist s’attaque avec ce deuxième album à un registre plus technique et plus progressif. Sans surprise, c’est encore une fois une franche réussite.

La première track "Accelerative Suppuration" porte encore cette couleur Brutal Death, esquissée aux blastbeats et aux grognements, mais on y distingue déjà des touches progressives et plus cérébrales dans les solos qui arrivent très vite. Et l’impression se confirme avec "Corpus Sonica". Pharmacist a l’intelligence de faire revenir un riff tout au long de l’album, petit leitmotiv qui donne du liant entre des solos très démonstratifs et des riffs à deux neurones. C’est cette harmonie et cette maîtrise intégrale de leur art qui coupe le souffle quand on écoute Pharmacist.

Sur le premier album et les sorties plus mineures qui l’accompagnaient, la référence évidente était Carcass, ici on pense à Death, à Morbid Angel. L’exemple parfait pour illustrer ce maëlstrom d’influences digérées à la perfection, c’est peut-être "Necromorph" : une première phase très deathgrind, avant un premier solo qui rappelle Altars of Madness. Suivi d’un break plutôt prog, que n’aurait pas renié en son temps Atheist. Avec le degré de mélodie que s’autorise désormais Pharmacist, on est sur un morceau de death metal XXL.

Flourishing Extremities of Unspoiled Mental Grounds, c’est trois quarts d’heure d’un Death Metal d’une qualité qu’on n’avait pas vue depuis longtemps déployée avec tant de tact et d’ambition. A garder sur le haut de la pile pour un bon moment encore. Et si vous voulez prolonger le plaisir du Death japonais à vous écorcher la gorge, Anatomical Amusements a sorti un EP il y a quelques jours.

Misgivings – Misgivings
LavaDeath – France (Dolorem)

Sleap : Décidément, nous vivons une époque pleine de surprises. Après Ritualization et plus récemment Ad Vitam Infernal, voici encore un groupe français qui emprunte le chemin de ce que j’ai sobrement baptisé le « Lavadeath » (cf. supra) et qui demeure mon style de Death Metal préféré – eh oui je ne vous lâcherai pas avec ça ! Mais ce qui surprend encore plus en entendant ce premier album de Misgivings, c’est de voir que ce combo francilien existe depuis plus de 30 ans ! Après quelques démos sorties au fil des années, ce premier full-length fait donc office de véritable révélation dans la scène française. Quel savoir-faire ! Et pour cause, lorsqu’on s’y penche plus avant, on s’aperçoit que le groupe est composé de deux membres d’Impureza (groupe injustement sous-estimé de notre scène hexagonale) mais aussi, je vous le donne en mille, d’un des gratteux de Ritualization !

Impossible de se méprendre en écoutant ce missile d’une traite, tous les ingrédients du « Lavadeath » sont là. Son rugueux et organique (production au top), tapis de double grosse caisse et cascades de riffs à la Morbid Angel seconde période, il ne m’en faut pas plus pour être comblé. D’ailleurs, les musiciens se revendiquent eux-mêmes en interview comme de fervents partisans de cette seconde vague Death Metal si chère à mon cœur (AngelCorpse, Centurian, Diabolic, etc.). Je n’avais jamais entendu parler de ce groupe et, vu que le prochain EP de Ritualization se fait encore et toujours attendre, cet album ne pouvait pas mieux tomber. Il est d’ailleurs adoubé par Gene Palubicki lui-même si cela peut convaincre les derniers sceptiques du fond de la classe. Alors foncez !

Assumption – Hadean Tides
Doom death – Italie (Sentient Ruin Laboratories / Everlasting Spew)

Pingouin : Quand plusieurs comptes YouTube ont sorti cet hiver le single "Submerged by Hadean Tides", Assumption a pris d’emblée une jolie place dans mes albums les plus attendus de l’année : du Doom Death de haute volée, caniculaire et millimétré.

Les italiens nous servent des riffs ultra-lents pour la plupart, qui s’étalent sur près d’une heure, agrémentés d’un chant guttural et de thèmes lead guitar qui enrobent parfaitement le tout. Là encore personne ne prétend inventer le fil à couper le beurre, mais ça n’est pas pour autant qu’on passe un mauvais moment.

On notera cette capacité des italiens à nous gratifier de quelques temps d’aération pour faire respirer un album qui sinon serait étouffant, avec cette belle aventure ambiente sur "Breath of the Dedalus". Et puis Assumption ce n’est certes que deux albums full-length, mais c’est aussi dix ans d’existence, dix ans à digérer des influences anciennes comme récentes, on pense presque à Teitanblood sur certaines envolées plus brutales.

Globalement, Hadean Tides répond dans son ensemble aux attentes suscitées par son premier single. Mais ne nous jouons pas de la flûte à bec : ça reste du miel pour les amateurs et amatrices de Disembowelment, de Profetus et de Tyranny. Ces références nourrissent chaque composition d’Assumption : donc si vous connaissez sur le bout des doigts vos classiques Doom Death, vous allez adorer, et si vous ne les connaissez pas, cet album fera office de porte d’entrée parfaite dans un sous-genre qui fait si peu parler de lui, mais dont Assumption continue dans l'ombre de graver les lettres de noblesse.

Grave Infestation – Persecution of the Living
Old school Death Metal – Canada (Invictus Productions)

Pingouin : Après deux démos plutôt convaincantes en 2018 et 2019, Grave Infestation passe le pas et sort son premier album. Huit morceaux, une intro et une outro courtes pour un peu plus de 37 minutes de Death qui dégouline.

Déjà c’est terminé les sorties indé' : là ça se passe chez Invictus Productions et ça s’entend sur la qualité du son. Plus léché que sur les démos, à tel point que ça pourrait rebuter les puristes de cacophonies extrêmes. C’est moins écrasant, moins monolithique que sur les démos (notamment "Infesticide", petite dinguerie oldschool) mais les ingrédients de base sont présents : soli dissonants, descentes de toms et growls aléatoires. Innovation zéro, mais le niveau de maîtrise est de plus en plus haut. Et on reconnaîtra aux Canadiens cette capacité à rythmer leurs compositions, entre breaks à fond de sixième et riffs teintés de Doom Death.

Une sortie de plus dans cette vague de revival OSDM. On n’en fera pas un classique aux côtés des supers albums sortis à Denver, Toronto, ou encore en Floride ces dernières années. Mais si vous êtes friands de bon Death Metal sans trop de frioritures, laissez sa chance à Persecution of the Living, il aura peut-être sa place dans votre top de fin d’année.

Altars – Ascetic Reflection
Death dissonant – Australie (Everlasting Spew)

Sleap : Bien que le groupe que j’aborde ici ait sorti un split avec Heaving Earth dont je parlais plus haut, il n’est pas totalement à faire entrer dans la case « Lavadeath », et ce malgré des influences Morbid Angel plus qu’évidentes. Nous sommes ici dans un autre grand mouvement du Death Metal post-2000. En effet, la cohorte de projets Death ayant emprunté la voie de la dissonance se divise en deux camps : on a d’un coté la veine très technique à la Gorguts / Ulcerate, et de l’autre, dans un registre plus sombre et expérimental, la fameuse veine Portal-like qui connut ses heures de gloire il y a une dizaine d’années (Impetuous Ritual, Mitochondrion, Abyssal, etc.). Et au sein de cette scène si particulière, les Australiens d’Altars m’avaient laissé une très forte impression avec Paramnesia. Paru en 2013, il reste pour moi l’un des meilleurs « debut albums » de la décennie passée. Le power trio ne se contentait pas d’imiter simplement ses compatriotes de Portal mais mélangeait ces influences avant-gardistes avec un Death Metal plus pur à la Dead Congregation (on se souvient de l’excellent "Solar Barge" qui sonnait comme un "Teeth into Red" à l’australienne) ; et le fait qu’ils aient signé chez Nuclear Winter plutôt que chez Profound Lore ne trompe pas. Ainsi, cinq ans après une séparation qui m’avait fortement attristé, je suis ravi d’apprendre la reformation d’Altars en cette année 2022.

Au final, ces cinq ans de battement (et bientôt dix ans depuis le premier album !) ont l’air d’avoir été profitables. Sans être une aussi grosse claque que Paramnesia, ce Ascetic Reflection constitue un très bon retour ! Même si l’atmosphère parait moins suffocante, on retrouve ce riffing sombre mais entêtant mêlé à ces fameux accords dissonant ("Opening the Passage"). La tristesse d’apprendre le remplacement du bassiste-vocaliste n’est finalement que toute relative car cela ne change pas grand-chose à la formule. On sent cependant cet album plus aéré que le précédent – comme sur le titre éponyme par exemple. Et en termes de découpage le tout est bien plus homogène, même si j’avoue garder une préférence pour les longues pièces étouffantes du premier album. Là où le retour tant attendu de leurs confrères d’Ignivomous en 2019 n’avait pas été si retentissant, celui d’Altars cette année s’avère bien plus convaincant.

Également dans le radar de la Rubrique Nécro :

  • Pour les amoureux de Death mélodique, un petit tour en Espagne avec la sortie de l'album Aconitum de Perpetual Night. Après un premier opus Anâtman plutot réussi, les Ibères reviennent avec un album toujours aussi fourni en spleen et en tristesse. Un album qui pourrait être tout droit sorti de Finlande avec des leads omniprésents, un son très froid et une production résolument tournée pour faire la part belle aux guitares. Pas le plus original des albums mais assurément un excellent moment. 

  • Tomb Mold nous gratifie d'un 3-titres bien dans la veine de Cerulean Salvationet ça fait vraiment du bien.

  • Si la technicité ne vous effraie pas et que vous aimez le subtil mélange de Death technique / mélo avec des relents Deathcore dans les intentions, foncez écouter les derniers singles sortis par The Raven Autarchy (The Wretched Nocturn et Spiral, cette dernière étant en featuring avec Joe Cocchi de Within The Ruins). Featuring sans grande surprise, du reste, tant l'influence de ce dernier sur le groupe est prenante.

  • Les bordelais de Mortuairesortent un premier EP, Death Metal oldschool, chanté en français, sous le signe de la HM-2.

  • On ne sort pas de la péninsule ibérique avec l'album As We Set The Skies Ablaze des Portugais de Moonshade, dont certains extraits sont à découvrir en ligne. Pas très fan de la voix de Ricardo, mais les compositions sont plutôt bien réalisées et on retrouve un peu cette vibe des groupes de Death mélo du début des années 2000 avec du fast picking, un peu de blast (la batterie est cruellement sous-mixée) et des nappes de clavier sur les refrains. Ibère bien !

  • Miseration, un des projets encore actifs du Suédois Christian Älvestam, nous a gratifié d'un quatrième album Black Miracles And Dark Wonders (via Massacre Records), classique mais un peu moins nawak et plus digeste que son prédécesseur Tragedy Has Spoken (...sorti il y a quand même 10 ans). Toujours du plutôt correct Scar Symmetry en plus frontal, avec encore pas mal de touches sympho'.

  • Les Bordelais d'Exocrine, eux, prennent le chemin inverse : plus leur carrière avance, plus ils s'amusent avec leur côté sympho et les chants féminins. Pour le reste, ce 5ème opus qu'est The Hybrid Suns (toujours chez Unique Leader) fait toujours du bien par où il passe avec un Brutal Death technique tonitruant, même si le groupe ne fait pas mieux que Maelstrom (2020).

  • On conclut cette liste de suggestion avec LE single death metal à écouter cet été : on le doit à Ancient Death, groupe a priori très récent du Massachusetts, dont on attend désormais Sacred Vessel, son premier album, teasé à la perfection avec ce single fort bien ciselé.