Live reports Retour
vendredi 6 mai 2022

Courts of Chaos Festival 2022

Avel Dro - Plozévet

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

 

Jour 1


Sleap : Qu’il revient de loin ce festival ! Comme beaucoup d’autres événements attendus, le Courts of Chaos aura vu sa troisième édition repoussée deux ans de suite à cause de cette foutue pandémie. C’est donc avec une certaine impatience que bon nombre de festivaliers remettent les pieds en ce début mai dans le petit bled de Plozévet perdu au fin fond du Finistère sud. Et au vu du nombre de tickets vendus, on peut dire que ces trois années de vide se sont faites sentir ! En effet, le festival breton a démultiplié son nombre de participants par rapport aux deux précédentes éditions, et cela à tel point que la journée du samedi affichera fièrement « sold out » ! Une première pour le Courts of Chaos et un vrai soulagement pour son équipe, surtout lorsqu’on voit l’état actuel de certains autres festivals ou concerts qui se voient contraints d’annuler faute de préventes suffisantes.

Alors certes, le festival aura lui aussi souffert de quelques annulations comme les bien trop rares Domine, figure injustement mésestimée du Power italien. Les Portugais de Midnight Priest et surtout (pour ma part) leur side-project Burning Spirit Nagasaki Sunrise annuleront également le jour même pour cause de Covid… Il nous emmerdera vraiment jusqu’au bout celui-là ! Mais heureusement, on en retrouvera certains à la programmation de l’édition 2023. Par chance, nous avons droit à un week-end ultra ensoleillé, et non je ne m’abaisserai pas à dire que c’est rare en Bretagne… En revanche, je n’en reviens toujours pas mais j’ai bel et bien pris deux coups de soleil alors que ce n’est quasiment jamais le cas dans ma ville de Montpellier. Un comble ! En tout cas, après le succès de la seconde édition en 2019 (dont vous pouvez retrouver le live report ici-même), je suis ravi de remettre les pieds à Plozévet pour ce qui est sans nul doute l’un des meilleurs festivals de Metal en France. Et si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à lire les prochaines lignes pour vous en convaincre !

 

Herzel

Sleap : Cette année, les obligations professionnelles m’empêchent malheureusement d’arriver dès le jeudi. Je n’assisterai donc pas au warm-up qui se déroule en plein bourg de Plozévet. Mais je suis en revanche au garde-à-vous dès l’ouverture de la salle Avel Dro le vendredi midi pour la prestation des hôtes (dans tous les sens du terme) du festival. En effet, ce ne sont pas moins que les deux tiers d’Herzel qui font partie de l’organisation du Courts of Chaos – respectivement Mo’ le bassiste, Kevin l’un des guitaristes et Ion « El Presidente » le batteur. Certains s’étonneront de leur placement si bas sur l’affiche (du fait de la forte popularité du groupe auprès des festivaliers) mais leurs nombreuses obligations au cours de ce week-end chargé les obligent à faire l’ouverture.

Fort heureusement, les fans sont au rendez-vous malgré la fatigue et la gueule de bois. Il faut dire que le petit décalage dans le running order du fait de certaines annulations aide un peu ! Placé dans les premiers rangs, je suis comme toujours subjugué par la fougue du public d’Herzel. Certes, ils jouent ici en terrain conquis, mais toute l’assistance connaît les paroles de chaque morceau, ça fait toujours plaisir à voir (et à entendre) ! Les 45 minutes de set laissent aux Bretons la possibilité d’interpréter tout leur répertoire : une démo deux titres et un full-length – à l’exception des interludes si typiques à la bombarde, mais je chipote déjà… La plupart des hymnes que sont L’Épée des Dieux, L’Ultime Combat et évidemment le duo Unis dans la Gloire / Nominoë sont repris à l’unisson par la foule acquise à la cause du groupe. Malgré un son en dent de scie et quelques petits problèmes techniques, le quintet s’en sort à merveille et termine son set sur un flamboyant Maitres de l’Océan de plus de huit minutes. 

 

Iron Flesh



 

Hexecutor

Sleap : Je ne l’ai pas encore précisé mais cette édition tant de fois repoussée du festival est pour moi l’occasion de revoir un nombre incalculable d’amis que je n’avais pas vus depuis près de trois ans ! Le Netherlands Deathfest le week-end précédent fut une très bonne première session de retrouvailles, mais durant ce Courts of Chaos c’est tout bonnement insensé. Il suffit de tourner la tête dans n’importe quelle direction pour trouver des potes. Je m’excuse donc des quelques groupes qui passeront à la trappe dans mon planning. Et justement, vu qu’on parle de potes, en voilà d’autres qui pointent le bout de leur nez, sur scène cette fois. Dans le cas d’Hexecutor, l’écart est moins grand puisque j’avais eu la chance de les revoir il y a à peine plus de six mois à la scène Michelet (R.I.P.), mais c’est toujours un plaisir.

Comme lors du concert susnommé, les Rennais vont nous interpréter une bonne partie de leur second album. Bien que je commence à grandement l’apprécier avec le temps, celui-ci ne comporte malheureusement pas autant de « bangers » que son illustre prédécesseur Poison, Lust and Damnation. Les morceaux sont bien plus travaillés au niveau des ambiances, cela sonne presque Black Metal parfois et c’est quelque chose qui, selon moi, est plus adapté à l’écoute studio. Pour ce qui est du live, les titres du premier album et leurs nombreux passages Hard Rock fonctionnent à mon sens bien mieux. Mais bon, il faut bien promouvoir les dernières sorties, c’est normal. En revanche, je ne félicite pas la régie qui coupe le son du groupe sans prévenir avant même le morceau final, et ce alors qu’il restait encore assez de temps pour l’interpréter… Bref, un sympathique concert d’Hexecutor mais qui ne me marquera pas plus que ça.

 

Jameson Raid

Sleap : L’alcool, les copains et autres impondérables me font louper une bonne partie de la fin d’après-midi. Je ne parviens à assister qu’au dernier acte du show de Jameson Raid qui m’aura d’ailleurs très agréablement surpris. Quelle énergie pour un groupe de cette longévité !

 

Death Strike

Sleap : Mais il est déjà l’heure d’accueillir un autre vétéran au sein de la salle Avel Dro : je parle bien sûr de Paul Speckmann. J’avais déjà pu voir le vieux briscard avec son groupe principal Master, mais jamais avec son autre combo Death Strike. Bon, il faut dire qu’en réalité cela n’a pas grande importance car les deux formations partagent actuellement le même line up. Mais c’est surtout l’occasion d’entendre Speckmann nous interpréter un peu plus de morceaux issus de Fuckin’ Death au milieu de titres de Master de la même époque.

Et c’est plus ou moins ce à quoi nous avons droit ce soir. Le power trio arrive sur l’inénarrable The Truth alors que les poings se lèvent et que les voix s’élèvent. Mais très vite il apparait que côté technique, ce n’est pas la joie. Les vocaux de Speckmann sont difficilement audibles, les triggs de batterie sont beaucoup trop haut, et pour couronner le tout, le frontman n’entend même pas son propre guitariste. Malgré des balances qui ont duré plus longtemps que prévu, le Lemmy du Death Metal semble assez agacé tout au long du set et finit même par se rapprocher de son gratteux tant il galère à l’entendre. Heureusement le public – déjà fortement alcoolisé – ne semble pas passer un mauvais moment et le pit s’ouvre assez rapidement. Mention spéciale au prix Nobel qui laisse d’ailleurs éclater sa bouteille de poppers par terre pendant Pay to Die… En plus de l’intégralité de Fuckin’ Death, quelques titres de Master comme les énormes Master ou Terrorizer font un carton dans la fosse, et nous avons même droit à la reprise de Black Sabbath en clôture. Je n’aurais pas dit non à un petit Funeral Bitch mais l’essentiel de la setlist reste de toute façon adapté. Les conditions étaient loin d’être optimales mais, à la vue du public, ce concert exclusif de Death Strike n’était finalement pas si dégueu. À présent, il s’agit de reprendre des forces pour ce qui arrive juste derrière…

 

Asphyx

Sleap : Durant les semaines qui ont suivi l’annonce du running order et ce jusqu’à la soirée tant attendue, une question était sur toutes les lèvres : une heure trente d’Asphyx ?! Est-ce seulement possible ? Pour clore une journée de festival ? Va-t-on survivre ? Oui, la question prend plusieurs formes mais c’était une vraie interrogation pour beaucoup de monde. Et effectivement, après des balances effectuées sur du Master en hommage au groupe précédent, le rouleau compresseur batave débute son monstrueux set qui durera bien une heure et demie ! La fosse qui était déjà chauffée à blanc ne tarde pas à exploser au son des titres du nouvel album que le groupe défend pour la première fois en France ce soir. Malgré le lieu de résidence du chanteur, Asphyx ne met que trop rarement les pieds en nos contrées, et c’est en effet la première date française du groupe depuis près de six ans !

Quel plaisir de réentendre enfin les incontournables de la période post-reformation tels que Death… the Brutal Way, Scorbutics ou Deathhammer. Bien que je vénère les premiers albums, je continue d’affirmer que les missiles susnommés sont de très loin les morceaux les mieux taillés pour le live. Je déplore quand même une bien mauvaise répartition des titres dans la setlist. Les brûlots courts et rentre-dedans sont tous joués en début de set tandis que la seconde moitié est réservée aux titres plus longs et lourds. Une alternance entre les deux facettes tout au long du show eut été plus judicieuse. Mais je ne boude pas mon plaisir pour autant. Surtout avec des exclus comme l’incroyable Der Landser qui se fait de plus en plus rare en live ! Van Drunen prouve une nouvelle fois avec ses hurlements arrachés qu’il demeure l’un des vocalistes les plus uniques de la scène Death mondiale. Et le bougre ne rate pas une seule occasion de pratiquer son français entre les morceaux, il s’exprime d’ailleurs de mieux en mieux.

Mais cet impressionnant concert est également l’occasion d’assister à une démonstration de force des plus incongrues. En effet, l’énorme Tormentor – batteur historique de Desaster mais aussi maintenant d’Asphyx – possède l’une des frappes les plus puissantes de la scène Death Metal européenne. Et cette brute épaisse martèle son kit avec tant de vigueur que l’entièreté de la batterie se déplace petit à petit vers l’avant tout au long du show. Cela à tel point que l’équipe technique est obligée de venir placer en milieu de set un énorme parpaing à l’avant des deux grosses caisses pour empêcher la structure d’avancer. Je vous le donne en mille, cela ne servira à rien. Ce batteur est une véritable force de la nature ! Bien que l’intro The Quest of Absurdity se fasse entendre en arrière-plan, nous n’aurons pas droit à l’enchainement sur Vermin, dommage. Mais entre les M.S. Bismarck, Wasteland of Terror et évidemment la doublette The Rack / Last one on Earth, je ne vais pas faire la fine bouche. Surtout que le son est bien meilleur que pour les groupes précédents, le public en redemande à coup de « Asphyx ! Asphyx ! » et les musiciens ont tous un sourire jusqu’aux oreilles. Ce doit être la septième fois que je vois le groupe et c’est sans nul doute l’une des meilleures, peut-être même la meilleure. « Kneel, you dogs ! »

 

Jour 2


Dolorès : Travaillant la plupart des week-ends, quelle était ma joie de voir que j'avais mon samedi de libre et que c'est ce soir-là que jouerait Pagan Altar. Direction Plozévet un samedi matin de mai malgré la fatigue ! C'est d'ailleurs la première fois que j'y mets les pieds, bien que les affiches aient toujours été alléchantes par le passé.

Je n'avais aucune idée d'à quoi m'attendre concernant le festival en lui-même et je n'ai pas été déçue : la salle est spacieuse et franchement agréable, le son globalement bon. Il y a finalement moins de monde que ce que j'imaginais avec, je crois avoir entendu dire cela, une jauge à 500 personnes. Cela dit, ce ne sont pas les copains venus de toutes la France qui manquent, c'est pourquoi le format à taille humaine du festival est tout bonnement parfait.

Côté exposants, la liste n'est pas longue mais on retrouve bien sûr le stand d'Emgalaï avec ses superbes sérigraphies réalisées pour Pagan Altar et Cirith Ungol mais aussi quelques labels/distros. L'espace extérieur permet de se poser dans l'herbe, près des tireuses qui proposent de la bière locale avec la brasserie Tri Martolod et quelques perles estampillées La Débauche : la Demi Mondaine (fameuse imperial stout), la Scarlet (sour aux fruits rouges), la Hazy Diamond (sour au fruit de la passion) ou l'Alma (IPA). Un véritable plus quand on sait que les craft beers font de plus en plus l'unanimité, cependant le roulement des bières à la carte a été une énorme énigme en ce samedi pour moi.

Côté restauration, les crêpes de blé noir ont visiblement fait l'unanimité également (la champignons fromage a été fortement approuvée par ma personne, en tout cas). Ils proposaient également un chili sin carne (vegan) que je n'ai pas goûté cela dit. Toutefois, le système de carte à 15€ à acheter puis à poinçonner aux stands pour se nourrir ou boire a sans doute bien des avantages pour l'organisation et les bénévoles mais le système est assez peu pratique pour les festivalier(e)s et il a tendance à faire perdre un peu d'argent en fin de week-end car difficile de poinçonner toutes les cases sans perte... On peut le voir comme un don mais ce ne sera peut-être pas l'avis de tout le monde !

 

Sépulcre

Sleap : Ce n’est pas la volonté qui manque mais après deux nuits quasi-blanches, la fatigue aura raison de moi. Je rate ainsi la majeure partie du show de Sépulcre que je ne voulais pourtant absolument pas rater. Mais la fin de set à laquelle j’assiste ne fait que confirmer mes espoirs : ce nouveau projet mi-Venefixion mi-Skelethal est tout aussi prometteur en live qu’en studio !

 

Lord Gallery

Sleap : Je vais peut-être en surprendre plus d’un mais je n’avais jusqu’à présent jamais jeté d’oreille sur Lord Gallery malgré les quelques conseils de mon entourage. Et quelle erreur ! Placé au fond de la salle pour assister d’un œil distrait au show des Vendéens, je me surprends à avancer petit à petit pour finalement finir dans la fosse le poing levé à la fin du concert. Une véritable claque matinale que je n’ai pas du tout vu venir. D’où sort ce groupe ?! Bien que le premier EP soit paru chez les copains de Cursed Ritual (avec l’amie Héloïse pour l’artwork) je n’avais encore jamais croisé les musiciens de ce combo. Et pour un premier jet, leur musique est étonnamment carrée sur tous les plans. Un frontman aux cris Heavy hyper maitrisés, de nombreux plans marquants voire totalement mémorables, un riffing très inspiré qui ne sonne pas comme tel ou tel autre groupe, etc. Le quatuor se permet en plus le luxe de faire venir Antoine d’Electric Shock sur scène pendant Beauty Killer pour un featuring aux petits oignons. À l’instar du public d’Herzel il y a 5 ou 6 ans, la foule connait déjà la plupart des paroles de l’EP peu de temps après sa sortie. En plus des « woooooh » repris en chœurs, l’ambiance en fosse prend donc une ampleur toute particulière. Je me surprends moi-même à fredonner certains refrains que je viens pourtant tout juste de découvrir. Que ce soit le premier EP ou les nouveaux morceaux joués pour l’occasion, cette quarantaine de minutes achève totalement de me convaincre. Et c’est avec Lord Gallery dans les oreilles que j’écris aujourd’hui ces lignes. Assurément ma découverte du week-end !

 

Ritualization

Sleap : Bien que je sois fan d’une bonne partie des groupes de l’affiche, ceux qui me connaissent savent que le Death Metal, et en particulier ce que j’appelle le « Lavadeath », reste mon style de prédilection. Pour en donner une sommaire définition, il s’agit de ce sillon tracé par Morbid Angel, AngelCorpse ou encore Centurian à la fin des années 90 et qui est aujourd’hui emprunté par certaines formations (Fleshtized/Chaos Inception, Heaving Earth, etc.) souvent sorties de l’écurie Lavadome Productions – d’où ce sobriquet. Alors certes, Ritualization sont signés chez Iron Bonehead, mais musicalement il est indéniable qu’ils se rapprochent bien plus de cette sphère que de la scène Black Death dans laquelle beaucoup voudraient les caser. Et jusqu’à l’apparition récente d’Ad Vitam Infernal, ils étaient même les seuls représentants de ce courant en France !

Mais trêve de nerderie, qu’en est-il du show du jour ? Eh bien non content de nous mettre une claque comme à chaque fois, le groupe orléanais va en plus nous interpréter l’intégralité de son nouvel EP en exclusivité ! Celui-ci est pourtant enregistré depuis plus d’un an mais sa sortie se fait toujours attendre. C’est donc un plaisir d’enfin entendre ces nouveaux titres qui restent, pour ma plus grande joie, dans la droite lignée des précédents. Sans parler des parpaings déjà existants comme l’über-efficace Herald of Betrayal en milieu de set. Scéniquement le groupe en impose toujours autant. Il faut dire que les cinq musiciens sont tous d’énormes marmules et que même sans trop bouger il se dégage d’eux un charisme particulier. Le frontman Manu a toujours l’air aussi possédé avec ses yeux révulsés pendant chaque ligne de chant (ou plutôt devrais-je dire « incantation »). Je déplore juste le fait que Blastum ne soit quasiment pas visible. En effet, la batterie n’est malheureusement pas assez surélevée et l’abondance de fumée fait qu’on ne distingue quasi-rien de son jeu. Fort dommage vu qu’il s’agit pour moi du meilleur batteur français de Metal extrême actuel… Mais encore une fois je chipote, Ritualization reste mon groupe français contemporain préféré et chacune de ses prestations ne fait que me conforter encore plus dans cette position. « Ave Dominus ! »

 

Black Oath


 

Night Demon

Dolorès : Honnêtement, je ne pouvais pas rêver mieux comme accueil. On venait à l'instant de me dire que le groupe avait improvisé un set la veille pour remplacer un groupe ayant dû annuler sa venue et que cela était déjà ancré comme étant l'un des concerts phares du week-end, je m'attendais donc à ne pas être déçue. Je ne l'ai pas été : je découvre Night Demon en live et c'est une belle claque de pure énergie qui me secoue. Le trio est explosif à souhait, le son est méga rentre-dedans avec une balance parfaite entre guitare et basse. On retient la superbe reprise de Thin Lizzy (The Sun Goes Down) et, côté jeu de scène, un homme mystérieux costumé en Mort*, un peu kitsch mais plutôt fun sur The Chalice. Comme souvent, il se peut que je réécoute peu le groupe sur album, car le groupe a su prouver qu'il était surtout un monstre sur scène. C'est par contre avec un grand plaisir que je les reverrai en festival, je l'espère.

* [NoteDeSleap] Il s'agit de Ion, l'un des organisateurs du festival et accessoirement batteur d'Herzel

Sijjin

Sleap : Le show des Allemands de Sijjin est certainement l’une de mes plus grosses attentes du week-end. Je n’ai encore jamais vu le groupe et il s’agit là de leur toute première date en France ! Pour la faire courte, le power trio est composé aux deux tiers de musiciens de Necros Christos et joue du Morbid Angel seconde période en un peu plus thrashy. Tout pour me plaire ! Certes, ce n’est pas révolutionnaire pour deux sous mais c’est l’assurance de pures prestations live.

Et pour mon plus grand plaisir, le concert sera à la hauteur des attentes. Bien que la salle ne soit pas très remplie au début du concert, le public ne cessera d’affluer au fur et à mesure. La plupart des titres du premier et unique album sont interprétés et certains font particulièrement mouche (Daemon Blessex ; Outer Chambers of Entity ; Angel of the Eastern Gate ou encore l’éponyme). Je suis même surpris du petit mosh pit qui s’ouvre assez tôt dans la fosse, il faut en profiter car c’est le dernier groupe du festival qui se prête à cette pratique (mais on y reviendra)… Les vocaux si particuliers de Malte Gericke – frontman iconique de Necros Christos – n’ont pas changé et sonnent toujours aussi caverneux. Mais celui qui surprend le plus ce soir est évidemment l’illustre inconnu au poste de guitariste. Quelle main droite ! Son strumming est tout simplement impeccable, et c’est d’autant plus impressionnant lorsqu’on sait qu’il est arrivé les mains dans les poches et qu’il a emprunté l’instrument d’un des gratteux de Ritualization pour ce set. L’arrêt de Necros Christos m’avait mis un coup mais quand j’entends – et maintenant que je vois – ce que donne ce nouveau projet Sijjin, cela ferait presque passer la pilule !

 

Mindless Sinner

Dolorès : J'étais bien curieuse de découvrir Mindless Sinner en live, car bien que je connaisse peu le groupe, j'avais apprécié aussi bien Turn on the Power (1986) que Poltergeist (2020). Le groupe n'est pas tout jeune et cela se ressent, notamment en comparaison (insensée, certes) du set méga énergique de Night Demon plus tôt dans la journée. J'ai quelques doutes en début de concert sur les capacités vocales du chanteur dont quelques fins de phrase sonnent assez fausses mais c'était visiblement le temps de lancer la machine car je n'ai pas eu grand chose à redire à ce niveau-là sur la suite. Le Courts of Chaos a l'avantage de proposer des temps de set assez confortables aux groupes, ce qui doit sans doute ravir les fans de certains projets mais une heure de Mindless Sinner était un poil trop pour moi. Bien que je sois restée tout au fil du live, l'attention était clairement retombée sur le milieu du concert. La setlist fait la part belle à Turn on the Power que je devine être leur album culte : le presque enchaînement de Here She Comes Again et We Go Together me laissera heureusement sur une note positive et une très belle impression du groupe en live. Je remarque aussi qu'autant sur des groupes à trois musiciens qu'en formation à cinq, le son est bien plus que correct ce qui n'est pas toujours gagné en festival, chapeau aux techniciens du week-end.

 

Pagan Altar

Dolorès : J'étais clairement venue pour le premier concert français de Pagan Altar. Très fan depuis quelques années, j'avais loupé toutes mes occasions de voir les Anglais dans des pays frontaliers ! Etonnamment, la plupart des concerts que j'attends avec énormément d'impatience me laissent souvent un goût amer de déception, ce qui n'a clairement pas été le cas ici. Nombreux(ses) sommes-nous à affirmer qu'il s'agit d'un des meilleurs concerts du week-end.

Bien sûr, avec une reprise du micro par Brendan Radigan (anciennement dans Magic Circle, nouvellement dans Sumerlands, Stone Dagger, The Rival Mob et bien d'autres), il y avait peu de chances d'être déçue. Nul doute qu'il était surveillé par l’œil bienveillant de feu-Terry Jones, trônant près des membres dans une photo encadrée sur l'un des amplis. L'incroyable vocaliste affiche une posture humble, donnant vie aux lignes vocales cultissimes du groupe anglais sans trop en faire, dosant toujours pile ce qu'il faut pour ne pas dénaturer sans tenter d'imiter bêtement. Il faut également avouer qu'avec un départ en trombe enchaînant tous les tubes du premier album (ou presque, mais il aurait fallu le jouer en entier...), difficile de faire la fine bouche.

Bien évidemment, le groupe joue également quelques titres de Mythical & Magical (dont le fameux The Cry of the Banshee qui a tendance à mettre tout le monde d'accord) et de Lords of Hypocrisy (ainsi que Highway Cavalier en fermeture). Il manque toutefois The Crowman que j'avais pourtant vu dans quelques setlists précédentes et qui est l'un de leurs plus beaux titres à mes yeux.

Étrangement, mes souvenirs du concert sont nimbés d'un léger flou (encore un coup de la stout ça) mais le feeling général avec lequel je ressors est celui d'un set maîtrisé, fluide et bien trop court. On blague tous(tes) en sortant : on repartirait bien pour une heure, oui. Réécouter les titres joués ce soir-là me redonne encore des frissons : une heure parfaite dans une journée incroyable et sans doute l'un des concerts les plus émouvants de ma vie, pour ma part.

Sleap : Il est assez rare d’assister à ça dans les pages d’Horns Up mais pour une fois, ce n’est pas Dolorès mais bien moi qui vais jouer les rabat-joie. Effectivement, le concert est fort poignant et on se laisse prendre par les émouvants Pagan Altar, Judgement of the Dead ou autres Sentinels of Hate. Effectivement les musiciens sont tous très classes, à commencer par le vocaliste et sa gestuelle à la fois sobre et très ample. Effectivement une bonne partie du public est totalement acquise à la cause des vétérans anglais… Mais il y a un « mais ». Nous n’avons pas droit à autant de titres que lors du show au Chaos Descends 2018 – que ce soit un petit Time Lord ou même des morceaux du dernier album. Certes, c’est assez bas de ma part de leur reprocher ça dans la mesure où ils jouaient en tête d’affiche, ce qui n’est pas totalement le cas ce soir. Mais le principal défaut de ce premier concert français est l’autre moitié du public. La moitié que j’appellerais la partie « touristes » du festival. Cette même moitié que je pointais du doigt lors de l’édition précédente et qui, rebelote, se met à pogoter, crier et même slammer pendant les têtes d’affiche. Aucun problème sur Asphyx la veille, mais sur Pagan Altar, sérieusement… Sans forcément me gâcher le concert, ce public pas méchant – simplement trop alcoolisé – ne me rendra pas l’expérience inoubliable. Je passe un assez bon moment mais ce show n’égalera malheureusement pas la prestation allemande d’il y a quatre ans…

 

Cirith Ungol

Sleap : Place maintenant à la véritable tête d’affiche du festival. Le groupe dont la reformation n’était encore qu’un mythe il y a quelques années. Mais ils sont bien là, en chair et en os, à Plozévet. Pour ma part, j’avais déjà eu la chance d’assister à la date de reformation européenne du groupe lors du vingtième anniversaire du Keep it True en 2017, mais Cirith Ungol est l’un de mes groupes de Heavy préférés et je suis donc tout aussi impatient de les revoir ce soir. Surtout qu’il s’agit là de leur toute première date française après plus de 40 ans d’« existence » !

Contrairement à l’événement d’il y a cinq ans, nous sommes tous déjà au courant de ce que donne une prestation des titans californiens. Exit les questions du genre « Tim Baker va-t-il arriver dans un cercueil comme dans cette obscure vidéo Youtube de leur tournée ’84 ? » ; « Qui remplace le bassiste historique ? » ; « Est-ce que les vocaux tiennent toujours la route ? » ; etc. Nous avons aujourd’hui toutes les réponses à ces questions donc il y a évidemment moins d’effet de surprise. En revanche, c’est la première fois que je découvre ce que donnent les nouveaux morceaux sur scène. Car oui, non content de se reformer, Cirith Ungol a, entre temps, sorti un nouvel album. Chose que personne ne pensait possible ! Et c’est d’ailleurs avec le morceau d’ouverture que le quintet arrive sur scène.

Pendant de longues minutes, le son est tout bonnement exécrable. Mais heureusement, les techniciens font de leur mieux pour régler les différents problèmes. Côté scénique, les cinq musiciens sont toujours aussi classes, à commencer par le frontman Tim Baker a qui on pardonnerait presque les lunettes noires en intérieur. Celui-ci possède toujours son fameux timbre si particulier, même après plus de quarante ans ! Les nouveautés alternent avec les classiques de l’époque et je ne rate pas l’occasion de me péter les cordes vocales sur Atom Smasher, Frost & Fire, Black Machine et j’en passe. Je regrette tout de même l’absence de certains incontournables comme Finger of Scorn, Edge of a Knife et surtout le final sur Cirith Ungol. Ici, nous n’aurons même pas droit à un rappel, ce qui laisse un gout assez amer, surtout après un improbable Paradise Lost qui n’est pas le titre de clôture idéal… Mais là encore, je chipote, le véritable point noir du concert reste, comme pour Pagan Altar, le public. Bien que le style particulier du groupe – et notamment les vocaux – en aient fait déguerpir plus d’un, il reste néanmoins assez de touristes pour venir pogoter et renverser leur bière dans les premiers rangs... Je garde néanmoins mon « calme » et apprécie le concert comme il se doit, mais c’est tout de même rageant. Même si cela n’égalera pas la première date européenne au Keep it True 2017, ce set de Cirith Ungol est néanmoins un joli clap de fin pour cette troisième édition du Courts of Chaos !

 

***

Sleap : Comme je m’y attendais, cette nouvelle édition du festival est évidemment une réussite. Malgré les changements et annulations qui auront fait suer tout le monde jusqu’à la dernière minute, ce troisième Courts of Chaos se sera déroulé dans les meilleures conditions. Un public au rendez-vous qui aura fait exploser la jauge par rapport aux éditions 2019 et 2018 ; un son globalement bon malgré quelques problèmes techniques çà et là ; une qualité au top pour la nourriture et les boissons – contrairement à ma collègue j’aime beaucoup le fait que la carte des bières soit en constante rotation tout au long du week-end, ça permet aux néophytes de mon espèce de faire pas mal de découvertes. Si je devais déplorer une seule chose, ce serait le manque significatif d’afterparties dignes de ce nom. Une grande tonnelle et un système son étaient pourtant prévus sur le camping mais ils ne furent utilisés que le premier soir (pour un after Metal extrême, ce qui est moyen niveau ambiance), dommage. Au-delà de ça, un immense bravo à Ion, Thomas, Kevin, Mo’, Paul et tout le reste de l’équipe de la Vonolgie pour ce cru 2022 de leur festival. Vu que le Fall of Summer n’existe malheureusement plus, je peux désormais affirmer que le Courts of Chaos est mon nouveau festival français préféré. À l’année prochaine !

Un grand merci à Anaïs et Ingrid pour les photos des différents groupes, retrouvez tout leur travail ci-dessous :

Ana D'Amour
Ingrid Thierry


*     *     *

*

Photos