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Album

11/03/22 - S.A.D.E

Heavy Meta

Mana Regmata

LabelIndé
styleProgressive Mathcore
formatAlbum
paysUSA
sortiefévrier 2022
La note de
S.A.D.E
9/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Fondé en 2013 mais n'ayant commencé à être véritablement actif qu'en 2017 pour finalement sortir un premier album en 2022, Heavy Meta est un groupe qui a pris son temps pour mûrir. Et à l'écoute de Mana Regamata sorti en février dernier, on ne peut que se réjouir de l'affinage long format qui a abouti à l'excellence musicale que les Américains nous proposent.

Excellence, le mot est lâché. Ce premier album met une claque monumentale, et ce à tous les niveaux. Pour commencer, quelques mots sur le style dans lequel évolue Heavy Meta : si je devais leur coller une étiquette, j'irais vers quelque chose comme Progressive Mathcore. Et en terme de name-dropping, il y aurait Converge, Mastodon, Mr.Bungle, Mutoïd Man, The Dillinger Escape Plan, Vektor et, pour citer un groupe français souvent injustement oublié, Housebound. Le quatuor du Massachusetts est parvenu à réaliser l'exploit de faire tenir en un seul album tout ce que les scènes metal et hardcore ont proposé de plus inventif ces vingt dernières années. Rien que ça. Et même davantage parce que jamais le groupe ne tombe dans le collage patchwork aux sutures bancales : tout coule de source avec une simplicité épatante, comme si faire se rejoindre cette multitude d'influences ne posait pas la moindre difficulté. Malgré des morceaux plutôt longs (dépassant souvent les six minutes) et une musique exigeante et relativement chaotique, l'album s'écoute sans effort. Heavy Meta, à la manière d'un Mastodon, sait rendre évidents des riffs éminemment biscornus, écoutez Boötes Void pour vous en convaincre.

Ce qui fait que, d'un bout à l'autre de l'album on a envie de se tremousser aux rythmes tordus mais immédiatement efficaces de chaque titre, tantôt pour mettre en pièces tout ce qui se trouve à portée de vue (Blastocyst) tantôt simplement parce qu'on se retrouve submergé par une énergie qu'il faut absolument dépenser dans la joie et la bonne humeur. Entrer un peu plus dans le détail des compositions reviendrait à un exercice fastidieux de décorticage passage par passage, chaque titre se présentant comme une construction en tiroir où l'on passe d'une séquence à la Dillinger à un riff Mastodon en faisant un détour par une atmosphère Voïvoidienno-Vektorienne (on retrouve ici plus ou moins la structure du morceau Worms). Chaque titre, chaque riff, chaque break est prodigieusement intelligent, et sur les premières écoutes il y a un plaisir de surprise comme cela faisait longtemps que je ne l'avais pas ressenti. Heavy Meta ne vous prépare jamais à la suite, à chaque mesure on peut être déstabilisé. Mais le groupe parvient à garder cette tension sans provoquer le moindre inconfort : tout arrive exactement comme cela devait arriver mais sans que l'on puisse s'y attendre.

Et bien sûr pour faire tenir tout ça en place, avec un tel niveau de maîtrise, il faut des musiciens excellents et une production tout aussi méritante. Deux pré-requis qu'Heavy Meta possède, bien entendu. Le batteur a un touché exceptionnel, aussi à l'aise dans les agressions mathcore bordéliques et imprévisibles que sur des accalmies parfois jazzy (et, comble du bonheur, il peut passer de l'un à l'autre le temps d'une descente de tom). Côté basse/guitare, il suffit d'écouter n'importe lequel des riffs de l'album pour comprendre immédiatement que pour composer des machins de la sorte, il faut en avoir dans les doigts et pas qu'un peu. Enfin, au chant, il y a une espèce de démon égrillard qui hurle tout ce qu'il peut avec une ferveur communicative, mais qui sait également poser sa voix davantage pour s'aventurer vers un chant moins saturé et plus mélodique, et là encore le bonhomme est à l'aise dans tous les registres. Et pour faire tenir ensemble tout ce beau monde, la production, signée Nick Zampiello (qui a bossé avec tellement de monde que vous laisse faire votre choix de groupe à citer dans cette parenthèse), est magistrale : claire, agressive, riche et dense, tout y est pour que les compos soient sublimées.

Assurément, Mana Regmata figurera dans mon top de cette année. Ce premier album signé Heavy Meta est un bijou, compilant sans copier tout ce qu'il y a de meilleur dans les musiques saturées et énervées. Écoute impérative, aucune chance que vous soyez décu.e.s.

Tracklist de Mana Regmata :
01.Blastocyst
02.Caffeine Casket
03.Worms
04.Psalm VI
05.Delusions
06.Two Fly
07.Boötes Void
08.Vicious Wishes