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Album

16 février 2022 - ZSK

Hippotraktor

Meridian

LabelPelagic Records
stylePost-Metal
formatAlbum
paysBelgique
sortieoctobre 2021
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

S’il y a un genre qui a le vent en poupe ces dernières années, c’est bien le Post-Metal. Passé le côté cliché du Metal de hipsters, on y trouve à boire et à manger sous une étiquette qui brasse souvent large. On a d’ailleurs pu voir qu’une frange plus dark et lourde semble se dessiner, avec des formations comme LLNN ou Ovtrenoir. Pour le reste, il faut essayer de trier le grain de l’ivraie et bien creuser pour dénicher les perles rares. Mais certains font le boulot pour nous, comme le très populaire label Pelagic Records, qui rappelons-le, est tenu par Robin Staps de The Ocean, assurant donc sans aucune doute une certaine expertise en matière de Post-Metal… Une de leurs dernières trouvailles nous vient de Belgique, là ou crèche déjà un certain Briqueville, signé chez… Pelagic Records, le monde étant petit. Et après la particularité de ces derniers notablement présentés sous la typo B R I Q U E V I L L E, voici un autre nom de groupe pour le moins original. Hippotraktor. Oui, hippopotame + tracteur stylisé en traktor, ça peut passer pour un groupe parodique ou au moins un truc un peu rigolo et second degré. Mais non, musicalement, Hippotraktor est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Existant depuis 2017, la formation de Mechelen s’est d’abord distinguée avec l’EP P’eau sorti en janvier 2018. Dans des eaux malgré tout Math-Metal, le quintette propose déjà des variations aérées et mélodiques, avec bien sûr des influs « Post » évidentes. Le terrain était donc déjà bien dégagé et l’arrivée sur Pelagic Records est presque logique, et ce dès un premier full-length, Meridian. Alors, la pêche dans la zone pélagique sera-t-elle une fois de plus bonne ?

Notons déjà que par rapport à P’eau, il y a eu un changement de taille : le groupe instrumental possède désormais du chant, hurlé comme clair, assuré principalement par le percussionniste Stefan De Graef, mais aussi par le guitariste Sander Rom. Si ce n’est pas une transition rare, il est vrai que dans le microcosme Post-Metal, les groupes instrumentaux se revendiquent et le restent (à l’instar d’un… Briqueville). Tout ceci va permettre au style de Hippotraktor de s’enrichir et de s’affiner. On part donc d’un Post-Metal où l’on pourrait lister un tas d’influences - The Ocean en tête - qui se pare encore d’un côté Math-Metal, qui se manifeste d’ailleurs dès l’ouverture sur "Manifest the Mountain" avec les traditionnelles compos appuyées et syncopées. Cependant, Hippotraktor nous présente aussi un aspect résolument progressif et moderne, qui évoquera le souvenir de l’âge d’or de… certains voisins français, comme notamment Hacride ou Eryn Non Dae, ou plus récemment Mantra d’autant que dès "Manifest the Mountain" se font entendre quelques oripeaux psyché et tribal dans les respirations et aérations. La palette se présente donc déjà bien à peine Meridian lancé, d’autant que l’excellent et prenant "Mover of Skies" complète vite le tableau avec un paysage mélodique porteur de moments déjà forts (le passage épique à 2’59). "Sons of Amesha" enfonce presque déjà le clou, nous faisant penser au meilleur de Hacride époque Lazarus, et encore une fois Hippotraktor se montre capable de fulgurances d’inspiration qui épicent ses morceaux, en témoigne ici la reprise rythmique bien lourde à 2’15. Avec une excellente production très claire, Hippotraktor se pose déjà comme une petite pépite. L’hippopotame sur son tracteur avance lentement, mais écrase tout sur son passage avec une grâce insoupçonnée.

Si "God is in the Slumber" remet de la lourdeur dans l’équation, de même que remettre en avant le côté plus Math-Metal du groupe (je préfère ce terme à celui de « Djent » qui ne convient pas vraiment à ce que font les Belges), l’atmosphère sera tout autre avec "Juncture". Seul morceau repris de P’eau, mais avec du chant donc, c’est le bijou de Meridian. Tout y est et tout est parfait, les contrastes développés sont absolument formidables, et la formation est au top de sa forme, notamment au niveau du chant clair et des ambiances à couper le souffle. L’art de Hippotraktor a atteint son paroxysme et la tension ne va pas baisser dans la dernière ligne droite de cet album, qui n'est finalement pas très long pour le style (42 minutes pour 7 morceaux). Très aéré et mélodique, mais toujours contrasté et équilibré grâce à un milieu de parcours plus lourd, "Beacons" demeure particulièrement inspiré. "A Final Animation" clôturera donc l’ensemble de manière très complète, avec de fabuleuses respirations atmosphériques amenant même à des passages mélodiques légèrement typés Pink Floyd. Autant dire que Hippotraktor a tout compris, a pioché dans les bons pots et a tout recraché avec une belle science de composition et un bon sens du détail et de la finition. On a presque du mal à croire que ce n’est qu’un premier album tant le tout est déjà très abouti. Certes, il n’y a rien de bien original là-dedans, mais Meridian est déjà un sacré manifeste de Post-Metal, à la fois pesant et aéré, progressif sans en faire des tonnes et moderne dans le bon sens du terme. La petite trouvaille de Pelagic Records amène donc finalement à une des plus belles révélations de 2021, si ce n’est la plus belle dans son registre. Meridian est déjà un monstre de premier album, et ça ne sera peut-être que le début de quelque chose de plus grand encore, car il y a encore de la marge de progression, des perspectives d’évolution et des possibilités de personnalisation. On leur souhaite d’aller loin, et on va suivre de près cet improbable croisement entre un hippopotame et un tracteur, qui a donné naissance à une magnifique chimère bousculant le petit monde du Post-Metal.

Comme toutes les sorties de Pelagic Records, Meridian est disponible au prix de votre choix sur Bandcamp.

 

Tracklist de Meridian :

1. Manifest the Mountain (4:55)
2. Mover of Skies (6:09)
3. Sons of Amesha (5:27)
4. God is in the Slumber (4:35)
5. Juncture (6:20)
6. Beacons (6:54)
7. A Final Animation (7:31)

 

 

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