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Album

22/10/21 - S.A.D.E

The Answer Lies In The Black Void

Forlorn

LabelBurning World Records
styleDoom
formatAlbum
paysPays-bas / Hongrie
sortieseptembre 2021
La note de
S.A.D.E
9/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Collaborant déjà dans le cadre de Mansur (un projet assez expérimental mêlant des ambiances orientales et des nappes électroniques ambient), Jason Kohnen et Martina Horváth ont renforcé leurs affinités artistiques dans un nouveau projet : The Answer Lies In The Black Void (TALITBV). Le premier a un CV très joliment fourni, tout en éclectisme : du doom/death de Celestial Season aux expérimentations solitaires de Bong Ra en passant par des apparitions dans The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble et The Mount Fuji Doomjazz Corporation et bien d'autres encore. La seconde est quant à elle connue dans les sphères metal pour être la chanteuse de Thy Catafalque, mais elle a également oeuvré dans la musique folk hongroise.

L'amour respectif que portent les deux musiciens au doom les a conduits à la création de ce nouveau projet et à la composition d'un premier album fort réussi : Forlorn. Dès les premières secondes de l'album, le ton mélancolique et sombre est donné : un soupir désespéré nous ouvre les portes d'une ode à la tristesse dans ce qu'elle a de plus beau. Parce que tout ce qui va suivre est à la fois magnifique et empli d'affliction. Avec un tempo lorgnant parfois quasiment vers le funeral doom (Barren, Become Undone) TALITBV nous conduit le long d'un chemin où le découragement et les idées noires bataillent avec quelques instants d'éclaircies, apportés le plus souvent par le chant de Martina Horváth : une voix claire assez céleste mais quand même pleine d'une certaine chaleur, venant d'en haut et pourtant incarnée dans notre bas monde. Avec des lignes travaillées et complexes, la chanteuse hongroise nous guide pourtant avec aisance dans les méandres d'une musique qui, toute spleenétique soit-elle, offre quand même des envolées vers la grâce et le splendide. Mais les angoisses et les idées noires restent latentes et lorsqu'au détour d'une mesure elles prennent le premier rôle elles sont d'autant plus redoutables, comme par exemple sur Rubicon et l'arrivée, au milieu du titre, de ces arrangements en fond de mix évoquant des voix fantomatiques aussi inquiétantes que souffrantes.

Parce que, derrière la sublime présence vocale, il y a un travail de composition et d'arrangements d'orfèvres. Le classique guitare/basse/batterie donne la charpente de la partie instrumentale, délivrant des riffs toujours bien sentis, trouvant le juste équilibre entre la lourdeur et la mélodie. Il y a même quelques citations empruntant à d'autres styles du metal, je pense notamment à quelques mesures disséminées çà et là (Moult, ou bien évidemment encore le blastbeat saxophoné de Become Undone) qui évoquent le black metal. Mais ce sont bien les arrangements, aussi nombreux qu'intelligemment utilisés, qui donne une saveur supplémentaire à Forlorn. Tantôt avec quelques notes de piano, tantôt avec des grésillements électroniques, tantôt avec des percussions synthétiques, tantôt avec un synthé-orgue, TALITBV vient enrichir ses compositions sans ne jamais tomber dans le trop-plein ou l'artificiel : chaque petit effet est à sa place, ouvre de nouvelles pistes et donne à chaque nouvelle écoute une dimension qui nous avait échappé. Et pour que tout ce petit monde tienne bien en place, Daniel Azar Arendarski s'est chargé de la production : pour l'instant assez méconnu, avec peu de collaboration à son actif, il y a fort à parier qu'il soit demandé dans les années qui viennent tant son travail sur Forlorn est remarquable.

The Answer Lies In The Black Void frappe très fort dès ce premier album : sans faux-pas, avec une aisance et une évidence qui font presque oublier la richesse de sa musique et le travail qu'il y a derrière, le duo déroule un album aux dimensions multiples. Sous des allures de doom metal relativement classique, Forlorn ouvre une foultitude de fenêtres vers d'autres genres et de passerelles vers d'autres projets (l'intro orientalisante d'Okkultas rappelle évidemment Mansur). Chargé d'émotions contradictoires finement imbriquées pour faire un tout cohérent, Forlorn est un album de doom fait par des amoureux du doom aux talents variés et aux horizons larges, qui prouvent que, malgré les nombreuses redites dans le style, il y a encore de la place pour y faire entrer de la nouveauté.


Tracklist de Forlorn :
01.Mina
02.Barren
03.Rubicon
04.Moult
05.For Nevermore
06.Become Undone
07.Okkultas
08.White Dove
09.Curse