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Album

23/10/21 - ZSK

Agrypnie

Metamorphosis

LabelAOP Records
styleBlack Metal atmosphérique
formatAlbum
paysAllemagne
sortieaoût 2021
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

En voilà un retour encore une fois très attendu des amateurs du Black-Metal allemand le plus atmosphérique et le plus enivrant. Un retour ? On a plutôt envie de dire « déjà !? » tant Agrypnie avait su se faire désirer entre Ætas Cineris (2013) et Grenzgænger (2018). Mais « seulement » trois ans après, voilà déjà un nouvel album d’Agrypnie. La pandémie a permis à certains d’avoir un peu plus de temps pour composer et enregistrer et Agrypnie fait probablement partie de ceux-ci. Voilà donc le 6ème album du groupe de Torsten de Nocte Obducta, qui est accompagné de petits changements. Premièrement, Agrypnie est redevenu un « groupe » après que Grenzgænger ait été quasi-totalement fait en solo par Torsten, la formation accueillant dans ses rangs le bassiste Marc et le batteur Flo (ainsi qu’un autre guitariste, Chris, qui n’est toutefois pas au générique de l’album), quand bien même Torsten reste seul compositeur en plus de s’occuper du mixage et du mastering. Deuxièmement, Agrypnie a quitté Supreme Chaos Records, son label de toujours, pour rejoindre le très coté AOP Records dans le domaine du Black-Metal germanique (Harakiri For The Sky, Karg, Anomalie…). Si l’on en croit le titre de l’album, Agrypnie est donc prêt pour une Métamorphose… Mais il sera dur de chasser le naturel. Surtout quand on attend d’un Agrypnie qu’ils nous livre le meilleur du Black-Metal allemand comme à l’époque de 16[485] (2010). Alors qu’en est-il ?

"Wir Etrunkenen - Prolog" ouvre l’album de manière bien épique avec un peu plus de claviers qu’à l’accoutumée, mais "Wir Etrunkenen" (donc) lui démarre l’album de manière bien classique pour du Agrypnie. Un Black-Metal atmosphérique rustre, sombre mais enjoué, à la voix éraillée habituelle. Avec un air de déjà-entendu dans les compos, mais pourtant inspiration et verve sont au rendez-vous. On se situerait même plus entre 16[485] et Ætas Cineris d’autant que l’on retrouve un peu plus de puissance et de dynamisme par rapport au plus rêche et dépouillé Grenzgænger. Agrypnie fait donc deux pas en arrière et un pas en avant, mais pour le meilleur, sans pourtant tenter de se réinventer. La Métamorphose n’est donc pas musicale… quoique. Avec "Verwüstung", Agrypnie choisit un autre angle d’attaque. Celui d’appuyer bien plus sur les mélodies tout en gardant une certaine intensité. Cela lui ferait pencher un peu vers du Harakiri For The Sky, mais ça marche du tonnerre. Car nous avons ici ce qui est peut-être un des morceaux les plus beaux et les plus mémorables de la carrière d’Agrypnie, rien que ça. De fantastiques leads émanent de cette litanie déchirante, et c’est une merveille. Metamorphosis commence donc sur les chapeaux de roue et l’on espère (re)trouver un groupe à une forme équivalente de celle de 16[485] et Ætas Cineris, voire qui va chercher à aller plus loin. "Am Ende der Welt - Teil 1" voit cependant Agrypnie continuer plus classiquement dans la veine de "Wir Etrunkenen" après cette étincelle de lumière qu’était "Verwüstung", mais qu’importe, l’inspiration est toujours là et Agrypnie est en grande forme. Assez pour faire de Metamorphosis un nouvel album de référence, un album qui dépasserait Grenzgænger en revenant dans un registre plus direct et mieux produit, ou tout simplement un bon album d’Agrypnie ?

La réponse se situe un peu entre tout ça voire même… en-dessous car il faut bien avouer qu’ici Agrypnie ne surprendra personne et la Métamorphose promise n’est décidemment pas de mise. Si le plus lourd "Untergang", avec une belle participation de Nachtgarm (ex-Negator) au chant, tire son épingle du jeu, le reste de Metamorphosis demeure tout de même un brin convenu, toujours bien mené, mais avec un fort air de déjà-entendu comme on avait pu le constater dès "Wir Etrunkenen" sans s’en inquiéter outre mesure. Metamorphosis se déroule alors gentiment sans qu’on y trouve quelque chose qui nous retournerait immédiatement, à l’image des très classiques "Metamorphosis" et "Am Ende der Welt - Teil 2" (relevé par de jolies mélodies), qui nous rapprochent certes de l’esprit de composition plus direct et incisif de 16[485], mais sans crever le plafond. Et quand Agrypnie essaie de varier les plaisirs, il n’est pas forcément en réussite : le très atmo "Skulptur aus Eis", qui bénéficie en outre des vocaux de C.S.R. de Schammasch, se traîne en longueur malgré un beau final ambiant ; "Melatonin" possède de beaux atouts mélodiques et de bons riffs à la 16[485] mais s’avère poussif. Bref, malgré quelques fulgurances (notons encore le court mais intense et enivrant "3327"), Metamorphosis n’est pas parfait de bout en bout. Soyons clairs, c’est loin d’être un mauvais album et à pas mal d’égards, Agrypnie continue à prouver qu’il est au-dessus du lot. Mais de grands albums de son propre chef sont passés avant et Metamorphosis n’a pas vraiment de plus-value malgré un "Verwüstung" exceptionnel et un Torsten en bonne forme. Cet album semble surtout remettre un peu les choses à plat pour l’arrivée d’Agrypnie sur AOP Records, histoire de faire découvrir l’univers du groupe à ceux qui ne le connaissaient pas. Un pont entre 16[485] et Grenzgænger en somme. On va devoir s’en contenter, mais c’est déjà pas mal, et même si tout a été dit sur ses 3 précédentes œuvres, Agrypnie continue à proposer du Black-Metal atmo allemand léché et entraînant. Donc ne boudons pas notre plaisir.

 

Tracklist de Metamorphosis :

1. Wir Ertrunkenen - Prolog (2:47)
2. Wir Ertrunkenen (6:33)
3. Verwüstung (5:15)
4. Am Ende der Welt - Teil 1 (9:38)
5. Skulptur aus Eis (11:08)
6. Metamorphosis (5:19)
7. 3327 (3:33)
8. Melatonin (6:36)
9. Untergang (5:55)
10. Am Ende der Welt - Teil 2 (7:54)
11. Wir Ertrunkenen - Epilog (3:24)

 

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