Chronique Retour

Album

13/03/21 - Mess

Vein

Errorzone

LabelClosed Casket Activities
styleHardcore / Screamo
formatAlbum
paysUSA
sortiejuin 2018
La note de
Mess
9/10


Mess

T'façon, je préfère Aphex Twin.

2018 était une belle année. Pour preuve, nombreux étaient les groupes de hardcore qui n’ont cessé de m’infliger de lourdes patates dans l’estomac  pour me rappeler que le style n’a jamais été aussi qualitatif et étiré qu’à l’heure où j’écris ces lignes. En atteste les sorties respectives de Turnstile, Harms Way, Jesus Piece, Candy ou encore Birds In Row cette année-là qui sont, toutes à leurs manières bien distinctes, des bouffées d’oxygène revigorantes pour la scène.

Mais une production en particulier m’a glacé le sang et apposé sur mon pauvre subconscient quelques séquelles sonores irréversibles. A la première écoute, j’ai fui l’album, inquiété par l’étrange radicalité des attaques sonores des américains de Vein. Puis, petit à petit, je me suis rapproché de Errorzone tout me délestant de ce blocage qui m’enpêchait de voir tout le talent du quintette bostonien.

Ma rencontre avec Vein m’a fait ressentir ce même effet de terrasement soudain que l’on ressent à l’écoute de Converge. Les premières écoutes sont salvatrices et il faut s’accrocher sous peine d’être mis KO dès la première piste. Mais on sait désormais que l’inconfortabilité dans un style radical peut déboucher vers un fanatisme imprévu et comme pour Converge, j’ai mis un genou à terre en l’honneur de la direction sonore de Errorzone parce qu’en plus de recopier à merveille les schémas de la sublime lourdeur des groupes comme Code Orange ou Harms Way, Vein n’hésite pas une seule seconde à nous embarquer dans un chaotic hardcore à la nervosité cisaillée par les tranchantes et peu subtiles guitares ainsi que les « très à la mode en ce moment » flaques de glitchs/samples histoire de donner ce côté digital bien refroidi à la bête enragée qui parcourt le disque. 

En témoigne l’ouverture ultra-speedée de l’album avec le titre Virus://Vibrance s’ouvrant à toute vitesse à l’aide d’un vieux sample de drum’n’bass pour laisser place à une œuvre de 27 minutes d’une débauche de riffs à faire jalouser Integrity. La production nous submerge constamment de déflagrations screamo tout en martirisant ses riffs allant de la plus simple répétition dissonance bineuronale jusqu'à la séquence mathcore la plus complexe à jouer dans un minimum de temps. 

Il faut dire qu’au plaisir des riffs simples, Vein choisit la solution des dédales apocalyptiques et ses changements vertigineux de rythmes tout en réussissant à garder cette spontanéité qui résiste à la puissance du bordel sonore qu’est Errorzone. Imaginez l’emboîtement des break-parts d’un album de Knocked Loose auxquelles le groupe s'impose une vitesse d’exécution qui fait froid dans le dos. A sa manière, Vein, dans une version hardcore metallisé, appose une patte à l’influence très Aphex-Twin-nienne par ces changements de structures impitoyables dans le suivi de l’écoute pour mieux nous retourner comme des crêpes à chaque instant, sans sommation.

Et histoire de montrer que les américains ne sont pas simplement une bête machine à punch digitalisé, Vein se permet quelques ouvertures dans des teintes plus légères avec voix claires rappelant les travaux anciens de Deftones comme sur le morceau Doomtech ou Errorzone où la voix du chanteur s’envole dans les airs pour nous libérer quelques lumineuses secondes avant de retomber dans la spirale infernale de son chaotic hardcore. Un Around The Fur lors de quelques moments d'une grâce subtile, dont la modernité de production jouit autant du découpage impitoyablement millimétré par MAO que de la capacité à produire un son hardcore metal nouvelle génération, dont Code Orange ou encore Xibalba en sont les fervents défenseurs.

Errorzone est une pépite bouillante et sous estimée de 2018. Il est temps qu’elle se déleste du manque de visibilité dont a souffert quelque peu l’album en Europe et qu’elle se dévoile enfin auprès de ceux qui recherchent l’écoute d’une musique hardcore sans un seul compromis ni répit. Nous tenons peut-être bien la relève la plus à même de récupérer la place qui sera cédée lorsque le roi Converge rangera définitivement les guitares.

 

Setlist :

1. virus://vibrance
2. old data in a dead machine
3. rebirth protocol
4. broken glass complexion
5. anesthesia
6. demise automation
7. doomtech
8. untitled
9. end eternal
10. errorzone
11. quitting infinity