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Album

17/11/20 - ZSK

Light Field Reverie

Another World

LabelAvantgarde Music
styleGothic/Doom Metal futuriste
formatAlbum
paysInternational
sortienovembre 2020
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Il y a un peu plus d’un an, le groupe Ison se révélait à la face du monde avec Inner - Space, son premier album qui suivait deux EPs. Le duo composé de Daniel Änghede - guitariste de Crippled Black Phoenix et multi-instrumentiste de Hearts Of Black Science - et Heike Langhans - chanteuse de Draconian depuis Sovran (2015) et qui possède son propre projet :Lor3l3i: depuis bien des années - avait entériné les qualités de sa musique, à la croisée des chemins entre Shoegaze, Post-Rock et Drone, avec une forte emphase éthérée, cosmique et futuriste. Signé chez Avantgarde Music, Ison avait donc pu se trouver un public parmi les amateurs des musiques les plus atmosphériques plus ou moins rattachées à l’univers Metal. Un album envoûtant et languissant, qui nécessitait de se laisser porter, dans le noir et en s’imaginant voguer dans un vaisseau spatial simulant la nuit pour que les voyageurs ne perdent pas leur rythme circadien pendant le long voyage interstellaire. Mais l’insomnie devant le hublot pour admirer la voûte céleste se sera faite à l’écoute de bijoux comme "Inner - Space", "Isae" ou autre "Radiance" qui voyait Neige (Alcest) poser quelques vocaux. Un an plus tard, donc, les choses ont pas mal bougé autour d’Ison. Crippled Black Phoenix a sorti un nouvel album en octobre mais Daniel Änghede ne fait plus partie de la formation. Heike Langhans, de son côté, fait toujours bien partie de Draconian, et assure les vocaux féminins de Under A Godless Veil, sorti au début du mois. Metal-Archives prétend que cette dernière ne fait plus partie de Ison, mais cela semble être une fake news, et un nouvel EP serait dans les tuyaux. Quoi qu’il en soit, vous aurez du mal à passer à côté des belles vocalises de la Sud-Africaine ce mois-ci vu que voici Light Field Reverie, un nouveau projet dont elle fait partie. Pas avec Daniel Änghede - qui avait accompagné son intégration dans Draconian également - cette fois-ci mais avec deux membres de Sojourner, le guitariste/claviériste Mike Lamb et le bassiste Scotty Lodge. Cela fait d’ailleurs de Light Field Reverie, bien que basé en Suède, un groupe international vu que Mike est néo-zélandais, Scotty écossais et Heike sud-africaine, allemande d’origine et suédoise d’adoption… Un groupe Terrien donc, mais qui, à l’instar d’Ison, va aussi tenter de nous emmener loin. Vers un Autre Monde…

Light Field Reverie va donc se placer dans une certaine lignée de ce que fait Ison, et pas seulement grâce aux vocalises éthérées de Heike, encore plus que celles qu’elle propose avec Draconian. En vérité, Light Field Reverie va se placer à la croisée des chemins des différents projets de ses musiciens : l’apparat cosmico-futuriste et dronesque de Ison, le côté Gothic/Doom de Draconian, les touches Darkwave/Electro de :Lor3l3i:, et l’aspect épico-atmosphérique de Sojourner. Metal mais pas trop, un peu Post-Rock sans virer vers le Shoegaze, Dronesque mais restant accessible, Light Field Reverie fait montre d’un mélange savamment bien dosé. Le tout empaqueté dans une ambiance à nouveau résolument futuriste et regardant vers les étoiles, dans l’esprit d’un Ison, d’une manière assez logique au final (et sur le même label). Light Field Reverie peut donc se présenter comme une variation autour d’Ison, mais sera finalement plus personnel que prévu, même si on peut difficilement passer à côté de la comparaison. Nous sommes déjà en présence d’un Another World un minimum Metal, ce qui n’était franchement pas le cas d’un Ison. Light Field Reverie pose aussi son atmosphère particulière à l’aide de pas mal de synthés et d’incursions électroniques, alors que Ison se laissait davantage porter par ses envolées Post-Rock et dronesques, à quelques exceptions près (l’électro futuriste d’un "Isae" par exemple). Bref, cessons les points de comparaison ici, Light Field Reverie arrive avec un Gothic/Doom particulièrement éthéré qui veut aussi nous faire voyager. Et autant dire qu’il va réussir haut la main. On retrouve aussi la délicieuse voix de Heike Langhans, qui a vraiment trouvé sa personnalité par rapport à Sovran de Draconian sur ce genre de projets, et on le sent même sur Under A Godless Veil où elle se détache des vocaux plus caractéristiques de Lisa Johansson. Elle va porter ce projet qui convie encore à toutes sortes de trips oniriques, et nous propose une jolie épopée astrale et franchement futuriste. Cela commence par "Ultraviolet" qui pose l’ambiance dès les premières secondes et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est ultra éthéré et sidérant. Le voyage vers un Autre Monde ne fait que commencer…

Un copié-collé trop facile de Ison, dirons certains ? Non, car si l’aspect cosmico-dronesque est bien là sur le début de cet "Ultraviolet", Light Field Reverie appuie bien vite sa personnalité avec des guitares assez rêches et des claviers plus traditionnellement Gothic/Doom, tout en ne perdant jamais de vue son côté très stellaire, déjà particulièrement envoûtant. Certes, c’est pile poil entre Ison et Draconian avec des touches de Sojourner, mais justement c’est un mélange singulier qui fonctionne à la perfection. Les synthés se font plus futuristes sur la fin et Light Field Reverie affirme déjà sa personnalité, en plus d’être inspiré jusque dans les compos de guitare. "The Oldest House" confirme déjà tout cela, entre moments ultra éthérés portés par la voix de Heike et passages plus épiques appuyés par les guitares lourdes. A noter que ce morceau est dédié au jeu vidéo « Control », dont les amateurs auront d’ailleurs illico relevé certains samples caractéristiques (les fameuses voix du « Comité ») ainsi que le nom du morceau - bien que le projet américain Lascaille’s Shroud ait eu la même idée il y a quelques semaines sur son album Wounds, avec le même nom de morceau ! L’envoûtement causé par l’art de Light Field Reverie ne s’arrête pas, la musique proposée est vraiment prenante et sidérante si l’on se laisse porter par l’ambiance. "Ghost Bird" nous fait pourtant revenir sur la terre ferme, avec un morceau assez Metal, à nouveau porté par des claviers plus classiques, les riffs sont plus en vue et les leads mélodiques sont de sortie, et Heike s’autorise des variations de voix, en plus d’être accompagnée à un moment par Emilio Crespo chanteur de… Sojourner. Mais l’ambiance cotonneuse et spatiale est toujours là, grâce aux synthés et touches électro qui nous offrent d’ailleurs un break ambiant assez fantastique. Et le fantastique, il arrive vraiment avec le morceau-titre, charnière de cet album qui va l’emmener très loin dans l’Espace. Le côté futuriste de Light Field Reverie est déjà ici à son paroxysme, et cela nous donne un véritable hymne, porté par la performance de Heike avec des lignes vocales toutes immédiatement inoubliables, en particulier le refrain. L’ambiance astrale donne des frissons tout du long, les moments épiques se multiplient avec une savante utilisation des guitares, le final suivant un break à samples est d’ailleurs absolument splendide. Le potentiel de Light Field Reverie vient véritablement d’exploser tel un phénomène cosmologique, et le projet vient de nous éblouir de toute sa lumière grâce à ce tube retentissant. Et le voyage n’est pas terminé !

Light Field Reverie s’est vraiment laissé emporter et on va maintenant voguer en sa compagnie dans le vide sidéral, dans une combinaison spatiale, à admirer la voûte céleste, avec sa musique dans le casque. "Dawnwalker" sera un morceau plus atmosphérique que jamais, la voix de Heike monte encore d’un cran dans l’éthéré et le raffinement, le paysage électronique est superbe, les guitares se mettent en retrait pour nous laisser flotter, nous réveillant juste dès le refrain pour laisser nos oreilles apprécier l’epicness des leads qui vont suivre. Et le voyage va s’achever, déjà mais en fanfare, avec la magnifique clôture sur le très à-propos "All Road Leads Home". Light Field Reverie pose une dernière fois son ambiance épurée et futuriste, à grand renfort de couches de guitare dronesques, d’Electro et de synthés gracieux, qui vont d’ailleurs dessiner petit à petit une mélodie entraînante qui va nous accompagner jusqu’au retour à la Maison, tandis que Heike nous enchante une dernière fois de sa si belle voix, coupée par un break avec un sample vocal intriguant mais approprié. Un final épique, à l’image d’un album qui ne lésine pas sur l’atmosphère et en fait d’ailleurs un vrai tour de force. Si la première partie de l’album se contente de faire le pont entre Ison et Draconian mais avec beaucoup de réussite et de classe, la seconde dépasse déjà pas mal d’espérances en mettant très loin le curseur sur le côté éthéré et astral. On frôlerait même l’évasion proposée par un AtomA. Autant dire qu’au bout, Another World est un album absolument formidable. Si la recette était attendue, elle fonctionne à merveille, et finit malgré tout par prendre un tournant ultra-atmosphérique insoupçonné, avec des ambiances futuristes absolument magistrales. Avec 6 morceaux pour 42 minutes, on en attendrait même déjà un peu plus, mais le voyage musical est bel et bien au rendez-vous. Avec du Metal savamment dosé, donnant un côté Draconian du futur et dans l’espace, et tout un apparat électronique et stellaire maîtrisé et très prenant, Another World est une magnifique expérience, portée par une Heike Langhans au firmament de ses capacités vocales après Inner - Space d’Ison et le tout récent album de Draconian. Il ne faut pas être allergique au Gothic/Doom de manière générale, et savoir se laisser porter par ce genre d’atmosphères très aériennes, mais cet opus de Light Field Reverie est une petite merveille avec de sacrés moments de grâce, notamment son imparable morceau-titre. Après Ison, voilà une nouvelle épopée spatiale et onirique concoctée et contée par Heike Langhans, il s’agit maintenant de fermer les yeux et de vous laisser aller à cette Rêverie…

 

Tracklist de Another World :

1. Ultraviolet (6:52)
2. The Oldest House (6:08)
3. Ghost Bird (8:44)
4. Another World (5:47)
5. Dreamwalker (4:44)
6. All Roads Leads Home (9:27)