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Album

10/11/20 - ZSK

Mitochondrial Sun

Sju Pulsarer

LabelArgonauta Records
styleBlack Metal expérimental
formatAlbum
paysSuède
sortienovembre 2020
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Que devient Niklas Sundin depuis son départ de Dark Tranquillity - il était fatigué des tournées, c’est dommage, ce n’est plus à l’ordre du jour en ce moment… - en mars dernier ? Hé bien déjà, il continue ses activités de graphiste y compris au sein de Dark Tranquillity, dont il a réalisé la pochette de leur album à venir, Moment. Et malgré tout, de son côté, il fait de la musique. Pour l’instant, au sein de son projet solo Mitochondrial Sun, qui existait déjà en parallèle de Dark Tranquillity et dont le premier album, éponyme, était sorti en février dernier. Et Niklas rebondit déjà puisque 9 mois après, voilà qu’il accouche d’un deuxième album ! Mitochondrial Sun n’a donc pas perdu de temps et Sju Pulsarer va précéder d’une semaine la sortie du nouvel album de Dark Tranquillity avec ses nouveaux guitaristes. Mais ne voyons pas ça d’un mauvais œil, Mitochondrial Sun ne va pas chasser sur les terres du Mélodeath de Dark Tranquillity, loin de là. Et pour cause, il s’agit d’un projet qui œuvre plutôt dans des sphères ambiantes. Rien de bien Metal, rien du tout même. Sur Mitochondrial Sun, Niklas Sundin nous proposait donc une musique assez cinématographique, forcément électronique, mais avec une forme assez dronesque, tout en ambiances astrales et futuristes. Un bien bel album pour qui sait apprécier l’Ambient, avec même quelques surprises, comme des morceaux où du violoncelle s’invite pour poser une certaine mélancolie ("Chronotopes", "Celestial Animal"). On y frôlait même les morceaux les plus électroniques de l’avant-gardiste Thy Catafalque. Une œuvre intéressante et plutôt réussie donc, qui nécessite de se laisser emporter par ces ambiances singulières et ces boucles électroniques sidérantes. A peine a-t-on eu le temps de se pencher dessus et de bien digérer cet opus que Mitochondrial Sun remet le couvert. Et va immédiatement surprendre son auditoire.

Car si le premier jet de Mitochondrial Sun n’avait rien de Metal, c’est… tout le contraire de Sju Pulsarer. Non, ce n’est toujours pas du Dark Tranquillity, de près ou de loin. Ni même du Laethora si on veut remonter la carrière de Niklas. C’est… étrange. Et les premiers singles, en plus de direct mettre les pieds dans le plat, nous laissaient déjà circonspects. On ne retrouve pas grand-chose du précédent album éponyme, à part cette volonté de poser une ambiance astrale et futuriste et le petit côté Drone dans le fond comme dans la forme, pour le reste tout a changé. Les guitares font leur apparition, et autant dire qu’on se trouve carrément en terrain… Black-Metal. Un Black-Metal relativement et même très mélodique, vu que ce sont trémolos et leads qui prédominent, ce n’est pas ici que l’on trouvera des rythmiques bien appuyés, même si quelques riffs incisifs se font remarquer ici et là. Du Black-Metal essentiellement instrumental, juste accompagné de quelques vocalises ultra criardes très parcimonieuses, que l’on distingue à peine dans le mix, et de samples vocaux à certaines occasions. On ajoute des synthés divers et variés, et on obtient ce très singulier Sju Pulsarer. Difficile de trouver des influences et des points de comparaison là-dedans, ce deuxième album de Mitochondrial Sun étant très clairement à considérer comme une expérimentation. C’était un peu déjà le cas de Mitochondrial Sun, mais si ce disque était structuré de manière classique, c’est encore tout le contraire de Sju Pulsarer, les deux albums semblant déjà former un yin et un yang. Nous aurons donc ici affaire à huit morceaux, sept simplement nommés "Pulsar 1" à "Pulsar 7", accompagnés d’une outro au nom suédois de "Noll och Intet" (« zéro et rien »). Dernier détail, Sju Pulsarer est plutôt court (28 minutes, contre 43 pour l’éponyme), renforçant encore son aspect de pure expérimentation musicale. Il va donc falloir encore une fois adhérer à ce que nous propose Niklas Sundin, et c’est définitivement sûr, c’est très éloigné du Mélodeath si fin de Dark Tranquillity.

"Pulsar 1" nous accueille donc avec des grattes saturées et une BAR qui bourre, sur fond de synthés éthérés qui participent à leur manière à l’aspect très mélodique de l’ensemble. Un chant Black archi saturé semble faire quelques apparitions tout au fond, et il se dégage finalement quelque chose de très extraterrestre de ce « Black-Metal » qui semble venir d’un hypothétique futur ou d’une autre dimension. Il y a d’ailleurs une sacrée dualité entre la noirceur provoquée par le côté relativement cradingue des instrumentations « Black-Metal », et la lumière qui se dégage de l’ambiance astrale posée par le reste, qui confère même un petit souffle épique à l’ensemble, à sa manière. Comme un pulsar finalement, qui évacue violemment de la lumière de son chaos atomique. Autant dire que Sju Pulsarer sera une sacrée expérience à encaisser. Mais l’inspiration de Niklas Sundin va vite rendre tout cela assez accrocheur en définitive. "Pulsar 2" multiplie donc les trémolos très gracieux et même efficaces, et continue de faire vivre cette ambiance dronesque assez sidérante. Mais c’est "Pulsar 3" qui retient bien vite notre attention, avec finalement des structures Metal assez classiques, entre riffs mélodiques et trémolos lancinants, et même ici des plans rythmiques de premier ordre, témoins encore de la belle inspiration du projet dans toutes ses composantes. Qui va d’ailleurs se lâcher dès "Pulsar 4" vu que les incursions de synthés étranges et d’atmosphères d’un autre monde vont se multiplier, sur un « Black-Metal » tour à tour classique ("Pulsar 4", "Pulsar 6"), voire même relativement bourrin ("Pulsar 5", qui revoit du « chant » apparaître), et par moments assez épique ("Pulsar 6", le très mélo "Pulsar 7"). Mitochondrial Sun continue donc de se démarquer par ses ambiances franchement singulières, qui trouvent leur paroxysme grâce aux synthés électroniques au cœur de "Pulsar 5" ou à la fin de "Pulsar 7" ; et ajoutez à ça cet improbable Black mélodique plutôt cru, et vous obtenez cet album très original qu’est Sju Pulsarer.

"Noll och Intet" clôture donc cette expérience et expérimentation de manière ambiante, mais différemment de ce que proposait l’album éponyme, et cela montre bien que Mitochondrial Sun sera un projet aux multiples facettes, pour le moment en tout cas. Il fallait déjà adhérer à l’album « Ambient », il faudra maintenant adhérer à l’album « Black-Metal », même si cela plaira probablement à plus de monde parmi les suiveurs de Niklas Sundin qui appréciaient ce qu’il faisait dans Dark Tranquillity. Est-ce que l’expérience est réussie ? C’est un dernier point à trancher. Mitochondrial Sun était plaisant et même enivrant, mais peut-être assez inégal. Sju Pulsarer est forcément plus linéaire, et paradoxalement, sa courte durée (les pistes y compris, on ne culmine qu’à 4’36 pour l’ouverture sur "Pulsar 1") limite ses idées tout autant qu’elle évite trop de redondances, les parties Metal restant balisées sur la durée mais pour le reste, Niklas Sundin aurait certainement pu encore dire pas mal de choses. La forme peut rebuter, Sju Pulsarer héritant de Mitochondrial Sun ce côté dronesque qui ne rend pas l’ensemble très propre, surtout que ce n’est pas pour rien qu’on peut parler de Black-Metal. Le problème étant plutôt à situer du côté de la BAR qui part parfois trop en mode « schpof schpof », alors que trémolos et mélodies sont autrement plus organiques. Sju Pulsarer est donc également inégal à sa manière, mais l’expérience en vaut quand même la chandelle et quelques moments forts sont à noter, même si les 3 premiers Pulsars restent les plus remarquables au bilan final, le reste proposant des atmosphères déroutantes malgré tout. On ne sait pas donc où va nous mener Niklas Sundin avec son projet Mitochondrial Sun, d’autant qu’a priori d’autres projets et collaborations, Metal et non Metal, sont à l’étude chez le graphiste et ex-guitariste historique de Dark Tranquillity. En attendant, les deux albums de Mitochondrial Sun sont des expérimentations au minimum intéressantes, et surtout plutôt originales, que ce soit l’Ambient électronique de Mitochondrial Sun ou le Black-Metal mélodique extraterrestre de cet audacieux Sju Pulsarer.

 

Tracklist de Sju Pulsarer :

1. Pulsar 1 (4:36)
2. Pulsar 2 (3:54)
3. Pulsar 3 (4:02)
4. Pulsar 4 (2:45)
5. Pulsar 5 (2:57)
6. Pulsar 6 (4:15)
7. Pulsar 7 (3:14)
8. Noll och Intet (2:32)