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Album

19/10/20 - ZSK

Ixion

L'Adieu Aux Étoiles

LabelFinisterian Dead End
styleDoom/Death Metal cosmique
formatAlbum
paysFrance
sortieoctobre 2020
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Peut-être aviez-vous découvert Ixion lors de la sortie de son premier album, To The Void, sur Avantgarde Music en 2011. Peut-être même avec la démo Through The Space We Die en 2007. Peut-être autrement mais force est de constater que si le groupe breton est du genre discret, il est toujours là, plus de 15 ans après sa formation. Et s’il s’est fait remarquer sur l’illustre label italien, il est désormais bien niché chez le label local Finisterian Dead End. Lui qui pourtant, nous fait voyager bien loin… Ixion avait trouvé sa personnalité avec son deuxième album Enfant De La Nuit (2015), avec un Doom/Death très atmosphérique qui s’autorise, logiquement, quelques apparats cosmiques et futuristes. Rien que la pochette de Enfant De La Nuit ou les synthés sidérants d’un morceau comme "Promised Land" posaient le tableau. Mais Ixion, qui a plusieurs cordes à son arc, sait faire varier ses équilibrages. Il restait donc sur un Return très cotonneux, où le chant clair tendance Shoegaze de Yannick Dilly prenait pas mal de place, pour un album plus atmosphérique que jamais. Ixion tempérait donc sa noirceur latente, tant pis pour ceux qui s’imaginaient plus rester dans le vaisseau spatial en contemplant la voûte céleste à travers le hublot, plutôt que s’imaginer planant entre nuages et océans. Le Return sur Terre, surtout dans les cieux, mais plus proche du plancher des vaches. On imagine donc que Ixion veuille retourner parmi les étoiles. Alors, certes, son nouvel et quatrième album se nomme L’Adieu Aux Étoiles, ce qui ne va pas forcément être engageant. Mais avec sa splendide pochette, ce nouvel opus va pourtant nous annoncer un retour vers quelque chose de plus spatial. Ixion fait des aller et retour, pour le plus grand bonheur des voyageurs. Et le groupe de revenir à une musique plus cosmique et futuriste à l’image de Enfant De La Nuit, pour laisser le peut-être trop atmosphérique Return loin derrière lui. Mais pas que, car L’Adieu Aux Étoiles va vite se poser comme l’album le plus riche d’Ixion jusque là…

On repose le tableau, qui n’a pas tellement varié depuis To The Void bien que Ixion a affirmé son identité au fil des sorties. Du pur Doom/Death est au programme, avec la vitesse adéquate, les growls appuyés qui vont de pair, la mélodie et le côté atmosphérique aussi mais sans pour autant faire de Ixion un groupe de « mélodoom », Julien Prat s’inspirant plutôt de groupes autrement plus ténébreux. Et les particularités du combo s’y ajoutent, d’une part ce chant shoegazant et d’autre part les incursions de synthés ou d’électronique posant une ambiance résolument stellaire. La production sonore demeure typique du genre, Ixion n’a pas tellement évolué de ce côté-là mais ça reste parfait pour le style. Et pour L’Adieu Aux Étoiles, Ixion procède à quelques rééquilibrages. Comme je le disais, on va plutôt pencher vers ce qui avait été fait sur Enfant De La Nuit. Mais le côté souvent très lumineux de Return reste présent, notamment au travers des envolées mélodiques mais aussi du chant de Yannick Dilly, qui s’autorise d’ailleurs pas mal de variations et fait donc passer plus d’émotions. Cependant, pour contraster tout ça, Ixion place aussi quelques compos plus lourdes, là aussi appuyées par le chant growlé, assumant ses influences Funeral Doom. Ixion est donc bel et bien retourné dans l’Espace, mais continue à se nourrir de la lumière des étoiles. Et surtout, il va ici livrer son album le plus travaillé sur le plan des incursions cosmiques. Les apports de synthé ou de touches électroniques vont se multiplier, capitalisant sur ce qui avait été fait de mieux sur Enfant De La Nuit dans ce domaine. Ixion se rapproche donc encore de son aspect d’anti-Monolithe, exploitant les dégagements de lumière plutôt que la matière noire, sur les mêmes bases Doom/Death. On va donc de nouveau être convié à un passionnant voyage, onirique et envoûtant. Et cela commence dès le bien nommé "Stellar Crown" qui nous emmène dans l’espace dès les premières notes électroniques, avant que le Doom/Death sombre mais mélodique et toujours bien ficelé d’Ixion prenne le dessus, avec déjà un break à chant clair ultra-atmosphérique, mais presque apocalyptique, ponctué de somptueux synthés futuristes. Cela annonce clairement que L’Adieu Aux Étoiles sera un album particulièrement travaillé et résolument astral…

Et si pour "Havoc", c’est un Doom/Death assez lourd et classique qui prédomine, on sent bien que Ixion y adjoint sa science des ambiances avec des breaks cosmiques digne des ambiances de BO de certains films de SF. "The Great Achievement" fait déjà fort en termes d’ambiances spatio-futuristes épiques (on croirait entendre du Arcturus période Sideshow Symphonies mâtiné de Doom/Death des 90’s, avec à la clé un final sidérant) et même en termes de compos Metal avec des riffs quasi-Indus, le meilleur est encore à venir avec l’excellent "Progeny". Démarrant très fort en termes d’atmosphère futuriste, allant même jusqu’à proposer des vocaux robotisés, ce morceau est une parfaite pièce de Doom/Death cosmique, avec une formidable partie centrale de synthé, entourée de compos Metal bien lourdes et de growls bien pesants. Le morceau le plus marquant de L’Adieu Aux Étoiles, qui va pourtant être dépassé par l’irrésistible "Pulsing Worlds", proposant les mélodies et effets électro les plus accrocheurs du disque, avec une mélopée entêtante tout du long en plus de toujours proposer un Doom/Death racé et des passages cosmico-futuristes de premier ordre (le break central est plus onirique que jamais). Et la performance en chant clair de Yannick Dilly est à saluer, lui qui aura aussi l’occasion de s’exprimer au sein du plus lumineux "The Black Veil", à l’atmosphère assez époustouflante. L’encore bien nommé "Farewell", plus classique et presque Doom/Death old-school, mais lui aussi très lumineux dans la lignée de Return, clôture cette épopée assez remarquable et très prenante, bien qu’assez courte (38 minutes). Piochant dans ce qu’il avait pu faire dans ses trois premiers albums tout en poussant plus loin le curseur des ambiances spatiales et futuristes, Ixion a trouvé ici une parfaite alchimie, jusque dans le duo de chants, et livre avec L’Adieu Aux Étoiles son meilleur album à ce jour. Certains morceaux de Enfant De La Nuit restent cultes à leur niveau, mais en termes de cohérence globale et même de moments forts, L’Adieu Aux Étoiles vogue encore plus loin dans l’immensité du cosmos. On peut peut-être reprocher au groupe de demeurer très classique dans la pure composante Doom/Death qui n’a finalement pas grande originalité, mais Ixion se démarque grâce à tout le reste. Le chant clair y compris, qui peut toujours rebuter d’autant que ce n’est pas ce genre de vocalises que l’on croise habituellement dans le Doom/Death mélodique, mais le choix demeure fort et accentue la singularité de l’œuvre d’Ixion. Pour qui aime le Doom/Death enlevé, lourd mais atmosphérique, et qui bien sûr est friand de toutes ambiances cosmiques et spatiales, L’Adieu Aux Étoiles est une jolie expérience, et tout simplement, un très bel album.

 

Tracklist de L'Adieu Aux Étoiles :

1. Stellar Crown (6:20)
2. Havoc (4:39)
3. The Great Achievement (5:14)
4. Progeny (4:11)
5. The Black Veil (4:50)
6. Pulsing Worlds (6:13)
7. Farewell (6:44)

 

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