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Album

06/11/20 - ZSK

Proscription

Conduit

LabelDark Descent Records
styleDeath Metal
formatAlbum
paysFinlande
sortieseptembre 2020
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Oh tiens, une nouvelle sortie de Dark Descent Records, un groupe finlandais formé en 2017. Encore une belle petite trouvaille du désormais très coté label dans un Death-Metal forcément bien dark… oui, et non, en fait. Car Proscription n’est pas vraiment un newcomer déniché dans le fin fond de l’underground finlandais. Il s’agit tout simplement du nouveau groupe de Christbutcher, musicien américain exilé en Finlande depuis de nombreuses années, et qui a notamment deux formations à son tableau de chasse : Excommunion et Maveth. Excommunion qui fut le premier groupe du guitariste-chanteur, disparu après son départ pour l’Europe mais réactivé en 2013 avec Naas Alcameth de Nightbringer/Akhlys/Bestia Arcana/Aoratos pour un second album Thronosis sorti en 2017, dernière apparition en bacs de Christbutcher en date. Maveth qui lui n’aura eu qu’une courte existence de 9 ans mais deviendra assez vite populaire, dès ses démos regroupées sur Breath Of An Abomination. Suivra un seul et unique album (Coils Of The Black Earth, 2012) et un split puis l’aventure Maveth cessera déjà en 2016. Pour laisser donc place à Proscription, avec un line-up finlandais tout neuf, où l’on retrouve notablement Cruciatus de Lantern, autre signature de Dark Descent d’ailleurs. Bref, Proscription semble être tout naturellement le successeur de Maveth, même si on ne le présentera pas forcément comme ça, notamment à cause du changement de personnel. Mais l’esprit reste le même : du Death-Metal américain bien noir et massif passé à la moulinette caverneuse du Death-Metal finlandais. Si Coils Of The Black Earth n’avait pas vraiment transformé l’essai des morceaux de Breath Of An Abomination, Proscription va tenter de mettre tout le monde d’accord avec son premier full-length nommé Conduit. Et Christbutcher restait sur un Thronosis d’Excommunion plutôt satisfaisant. Mais délesté de l’influence de Naas Alcameth (même s’il est ici présent en tant que… parolier), Proscription va trouver sa voie, celle qui le mène à nouveau vers un Death très américain mais encore plus ténébreux qu’il n’y paraît.

Si on parle du Death-Metal américain le plus massif et lourd, on va forcément penser à quelques noms évidents, comme Morbid Angel, Incantation ou Immolation. Hé bien sans surprise, Proscription va se placer pile là-dedans, ce qui ne surprendra guère ceux qui s’étaient frottés à Maveth et même à Excommunion. Christbutcher ne déviera pas ici de la ligne directrice qu’il emploie depuis presque 20 ans et les influences sont toujours là. Mais si Maveth avait eu tendance à privilégier la lourdeur au fil du temps, Proscription lui va remettre le curseur sur la brutalité, ce qui rend finalement le changement de nom plutôt pertinent - même si forcément, on trouvera ici des relents de Maveth période Breath Of An Abomination… Cependant, le « style » Christbutcher évolue. Notamment en termes de production, qui devient plus puissante, avec plus de relief et qui s’approche finalement des standards des gros noms du Death-Metal américain. Et alors que son line-up est au ¾ finlandais d’origine, Conduit sonne… bien moins « finlandais » que Maveth. On revient finalement vers un nom, sur le fond comme sur la forme : Immolation. Et pas forcément du Immolation old-school ! Ce qui est proposé sur Conduit évoque davantage un Majesty And Decay ou un Atonement qu’un Here In After ou Close To A World Below. Proscription n’a pas un gros son à la Nuclear Blast pour autant… ! Mais comparé à des prods bien terreuses de chez Dark Descent, on est un registre au-dessus. Ce qui, déjà, donne un bon équilibre d’ailleurs, Conduit décoiffant sans pour autant en faire des tonnes. Et de toute façon, Proscription ne va pas non plus bourrer tout du long, s’autorisant quelques ralentissements et autres passages bien lourds, tout autant qu’il essaie de développer une ambiance un peu plus mystique et occulte par moments. Avec des compos parfois plus dissonantes et ésotériques, de même que quelques leads bien enlevés, Proscription va aussi souvent surfer sur la vague d’un Blood Incantation. Ce qui est un peu cliché, surtout pour une sortie Dark Descent, mais ma foi… la qualité Christbutcher est bien là.

L’intro assez envoûtante qu’est "Four Wings Within the Samiel" pose d’ailleurs parfaitement le tableau, avant que le bien brutal "I, the Burning Son" nous accueille d’emblée, avec déjà parmi les compos les plus frissonnantes du disque. Christbutcher est inspiré, c’est une certitude, nous livrant quelques moments brutaux de premier choix ici et là (le bouillonnant "Thy Black Nimbus Gate", "Voiceless Calling", les passages rouleau-compresseur de "Red Sacrament Black Communion"), tout autant qu’il peut aligner des compos plus lourdes qui font sans mal leur effet ("Voiceless Calling" par exemple). L’efficacité est de mise, dans la plus pure tradition d’un Immolation jusque dans le chant très Ross Dolan-esque. Mais Proscription vise aussi la tradition d’un Morbid Angel dans le placement d’ambiances ésotériques, et cela commence dès le très dissonant "Red Sacrement Black Communion" pour se poursuivre illico sur le plus rampant "Radiant Midnight", et l’on va retrouver ces atmosphères disséminées presque partout sur le reste du disque (les leads de "Thy Black Nimbus Gate", le très mystique "To Reveal the Words Without Words"… notamment). On retrouve l’ensemble de ces composantes en fanfare sur l’excellent "Blessed Feast of Black Seth", morceau plutôt complet qui résume bien tout l’esprit de Proscription. Bref, quand on connaît ce que fait Christbutcher, on est en terrain connu mais force est de reconnaître que Conduit est ce qu’il a fait de mieux depuis Breath Of An Abomination. Dommage qu’on atteigne pas encore la perfection avec quelques longueurs et redondances ("Radiant Midnight", "Voiceless Calling", "To Reveal the Words Without Words", le final-titre beaucoup trop classique et anecdotique), puis il faut bien avouer qu’on a quand même affaire à un petit Immolation illustré un peu trop voyant. Il n’y a quasiment pas de singularité là-dedans, et même les compos et ambiances tendance ésotériques sont un peu cliché pour du Dark Descent et son habituelle cohorte de clones de clones dont Blood Incantation va vite devenir une locomotive. Niveau originalité, on repassera, mais soyons honnêtes, on peut considérer Proscription comme un des meilleurs disciples d’Immolation actuellement. Christbutcher a tout compris, il apporte un peu plus de noirceur, et ça fait le job. Si vous connaissiez Maveth et Excommunion, il faut bien évidemment foncer, sinon vous découvrirez un pourvoyeur assumé et de qualité du Death-Metal américain le plus puissant et lourd du marché. En attendant que Immolation refasse surface, arrêtons-nous chez son disciple qui a formé une belle école en Finlande…

 

Tracklist de Conduit :

1. Four Wings Within the Samiel (1:59)
2. I, the Burning Son (4:52)
3. Red Sacrament Black Communion (4:16)
4. Radiant Midnight (5:08)
5. Thy Black Nimbus Gate (5:39)
6. Voiceless Calling (5:42)
7. Blessed Feast of Black Seth (6:22)
8. To Reveal the Words Without Words (4:27)
9. Conduit (4:04)