Live reports Retour
vendredi 17 juillet 2020 - Circé

Lindy-Fay Hella, Gaahl & Dei Farne @ Oslo

Sentralen - Oslo

Circé

Sudiste du nord

Non, ceci n'est pas un report d'un concert en streaming ! Je vous parle bien d'une salle, d'une scène et d'un public !

Redéménageant en France dans quelques semaines, je ne m'attendais plus à faire « un dernier concert » dans cette merveilleuse ville qui a été mon chez moi depuis bientôt un an. Alors, vous imaginez bien ma surprise et mon bonheur lorsqu'une série de concerts d'été furent annoncés avec des artistes du pays. Au programme entre autres, Arcturus, Leprous, Deathcrush, ou ce soir Lindy-Fay Hella accompagnée des musiciens qui l'entourent apparemment déjà sur album, Dei Farne, et du seul et unique Gaahl.

 

Il fait bon de prendre le chemin d'une salle de concert sous une fine pluie, vérifier l'horaire des portes, la présence de ses bouchons d'oreilles... Reprendre ces petites habitudes. Pour autant, la soirée n'a pas grand chose à voir avec les concerts « pré-covid ». Sentralen n'est pas une salle très fréquente pour des concerts Metal et affiliés, et je ne m'y étais ainsi jamais rendue. C'est un très bel et grand espace dans un bâtiment historique en plein centre ville, où nous avons du ce soir nous asseoir. Chaque groupe participant à cette série de concerts donne deux prestations, une à 20h, une à 22h, 200 places pour chaque. Les tickets doivent s'acheter au préalable en choisissant sa place : il y a des rangées de sièges seuls pour les personnes venant en solitaire, puis des rangées de duo qu'on ne peut acheter qu'avec un de ses proches afin de respecter les distances de sécurité. Après quelques aléas de communication avec mes amis, je me retrouve malheureusement sur un siège seul, un ami seul aussi à l'autre bout de la salle et les autres avec des tickets pour le second concert de 22h. La salle est pourtant loin d'être pleine. Elle est à 20h remplie au 2/3 à peu près... Et quasiment vide pour 22h, d'après ce qu'on m'en a dit. Tout le monde semblait respectueux des consignes en vigueur, limitant les allées-venues, buvant sa bière assis sur son siège et non autour du bar.

Certes, comme beaucoup l'ont fait remarqué, un concert de metal assis ne sonne pas forcément très excitant. Mais honnêtement, pour ce qui est proposé ce soir, cela ne gâche en rien le plaisir. Et aller en concert est toujours un peu plus qu'une simple écoute de musique : il y a un côté social et une expérience supplémentaire de part la scène, choses qui m'avaient manquées, moi qui n'ai jamais réussi à rengarder un "livestream" en entier depuis le début de l'épidémie.

 

Pour celles et ceux à qui le nom de Lindy-Fay Hella ne parlerait pas, il s'agit de la voix féminine de Wardruna. Elle a sorti l'an dernier un premier album solo, Seafarer, chez Ván Records et un EP, Taag, il y a peu. Musique personnelle entre neofolk et sonorités électroniques douces aux allures trip hop, l'album s'était révélé solide pour un début de carrière solo et m'avait en tout cas laissé un bon souvenir. Gaahl y avait également participé en posant quelques choeurs et backing vocals, et c'est apparemment les mêmes musiciens qu'on retrouvait ce soir qu'en studio. Outre la joie de retourner en concert, j'étais aussi curieuse de voir comment ce concert allait sonner et se dérouler.

 

Trois musiciens et deux vocalistes investissent rapidement la scène. De loin dans la pénombre, je distingue ce que je suppose être un synthé, et à droite deux batteries. Le premier s'avèrera gérer toute la vaste partie électronique et arrangements. Une retranscription assez fidèle de l'album était à ce niveau là assurée, mais j'avoue que j'aurais aimé que le peu d'instrumentations folk puisse être fait live. Quant aux batteries, j'étais trop loin pour pouvoir être sûre qu'il s'agisse bien de deux batteries et non d'un seul kit séparé en deux pour deux batteurs. Cette configuration s'est en tout cas vite révélée intéressante avec une partie rythmique assez complexe et fournie, soit pour la faire se déployer sur plusieurs niveaux lorsqu'ils jouaient différemment, soit au contraire pour créer un effet surpuissant, écrasant, sur les passages les plus ambiants ou mystiques. Au centre, donc, se tenaient les deux micros où devaient se placer Lindy et Gaahl

 

Dès le morceau d'introduction, je suis absorbée dans un tourbillon vibrant plein de basses duquel émerge tout à coup une voix cristalline. Et tout du long des soixante minutes que dure le concert, je reste frappée par la puissance et la versatilité du chant de Lindy-Fay Hella, que je qualifierai presque de sous-exploitée dans Wardruna en comparaison. Elle en maîtrise tous les aspects, de murmures enveloppants aux explosions fougeuses de morceaux comme « Nåke du finn i skogen », des graves aux aiguës perçants, elle s'adapte à une myriade de registres avec précision, et aussi avec une certaine dévotion pour son art. Il y avait quelque chose d'instinctif dans ses lignes de chant, dans sa manière de bouger, de danser doucement derrière son micro. Sans jamais en faire trop, toujours en accord avec la musique.
Gaahl semblait lui aussi complètement absorbé, presque suspendu à son micro. Malheureusement, il évoluait dans des tons tellement graves qu'il était souvent difficile de distinguer ses parties dans un mix déjà très chargé en basses... Ce qui au final ne diminue en rien la puissance du concert.
Complété par deux autres personnes sur les choeurs de certains morceaux, le chant à lui tout seul nous aura fait voyager au milieu de paysages plus différents les uns que les autres. On aura traversé des ambiances mystiques, mers, forêts et tout ce que l'imagination de chacun aura bien été capable de créer en fermant les yeux avec ce chant si inattendu comme gouvernail. Le tout soutenu par de l'électro très douce et ambiante appelant à la rêverie, l'expérience était complète. Auront été interprétés la plupart des morceaux de Seafarer dont le superbe titre éponyme ainsi que "Taag" et "Otherworld", les deux de l'EP.

 

Pas d'interruption entre les morceaux. Et alors que le concert se termine déjà, Gaahl quitte la scène, presque en catimini après un discret « takk » tandis que Lindy prendra simplement le temps de présenter chacune des personnes présentes sur scène, avant que les lumières ne se rallument et que la salle ne se vide. Sans fioritures et sans faute.