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Album

21/07/20 - ZSK

Static-X

Project: Regeneration Vol.1

LabelOtsego Entertainment Group
styleNu Metal Indus
formatAlbum
paysUSA
sortiejuillet 2020
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Il y en a eu, des groupes qui ont du mettre fin à leurs activités ou changer drastiquement suite au décès d’un de leurs membres emblématiques. Quand Wayne « Static » Wells, leader charismatique du groupe Static-X (grâce notamment à sa coupe de cheveux inimitable), décède en 2014, il était donc logique que son groupe s’arrête définitivement. D’autant qu’il restait sur quelques années mouvementées… Entre un line-up changeant, des albums généralement jugés très médiocres (Cannibal en 2007, Cult Of Static en 2009), un premier hiatus, un album signé Wayne Static seul dans son coin (Pighammer, en 2011), puis un split a priori définitif en 2013, il ne restait plus grand-chose à sauver de l’entité Static-X. Et la mort de Wayne en 2014 a, logiquement, mis un point final à l’honnête groupe de Néo-Metal-Indus, qui aura eu le mérite de débarquer à la bonne époque pour se faire remarquer et faire carrière. Mais… il en aura été décidé autrement. Et malgré la disparition de l’homme qui partageait pseudo et nom de groupe, Static-X va perdurer. En 2018, c’est le reste du line-up original de la formation (Tony Campos, Koichi Fukuda, Ken Jay) qui a décidé de faire renaître Static-X. Avec un nouveau chanteur alors ? Ça sera plus compliqué… Un certain Xer0 a repris le micro et la seconde guitare en lieu et place de feu-Wayne Static. Il s’agirait du chanteur de Dope même si ça n’a jamais été confirmé officiellement, et pour cause… le groupe entretient le mystère autour de ce vocaliste que l’on va bien vite découvrir grimé… en Wayne Static version « zombie », masque de rigueur et coupe de cheveux d’antan dans une version un peu plus destroy. Grossier, de mauvais goût, voire même scandaleux ? Il paraît que la famille de Wayne est tout à fait d’accord. Il ne faut donc rien voir de plus ici qu’un hommage au défunt vocaliste de Static-X, un brin décalé certes, mais avec ses potes de départ qui ont enfanté Wisconsin Death Trip en 1999 et Machine en 2001, soit les deux meilleurs (ou les deux seuls bons ?) albums du groupe. Mais Static-X n’est pas « simplement » de retour avec un nouveau chanteur, loin de là même car cette « reformation » se fait sous une forme particulière. L’entreprise a même un nom : Project: Regeneration. Wut ?

C’est donc un peu comme si les musiciens de Wayne Static avaient trituré et trafiqué son cadavre pour le digitaliser et le remettre devant le micro, sous le nom d’un mystérieux projet scientifique… c’est osé, mais ça correspond finalement bien à l’univers cybernétique de Static-X. En réalité, Project: Regeneration, dont nous avons affaire ici au Vol.1 vu qu’il est prévu deux parties, se base sur des compos et enregistrements vocaux inédits de Wayne Static. Cela nous donne au bout trois morceaux où l’on pourra entendre des vocaux originaux signés Wayne, "Hollow", "Bring You Down" et "Something of My Own", tous trois identifiés dans la tracklist grâce au sous-titre « Project Regeneration ». Bien que d’autres morceaux contiennent encore quelques parties vocales, compos ou même paroles signés Wayne, voilà pour le concept bien particulier. L’ensemble est voulu fluide et s’apparente, malgré tout, comme un nouvel album de Static-X avec des morceaux entièrement originaux et inédits, il ne s’agit pas ici d’une quelconque compil à la Beneath… Between… Beyond. Bon, cela ne nous dit pas ce qu’il y aura vraiment sur cet « album », surtout en termes de qualité… Car pour revenir sur la carrière de Static-X, il y a eu du grain et de l’ivraie. Parti d’une sorte de Ministry version Néo sur Wisconsin Death Trip, Static-X a connu une carrière qui a décollé aussi vite qu’elle a atterri brutalement. Machine était sans conteste son meilleur album, le plus Indus, le plus « Cyber » aussi, avec une réelle ambiance et quelques tueries comme "Get to the Gone", "Permanence" et autre "Cold". Shadow Zone (2003) avait entériné la popularité du groupe, devenu régulier dans les BO des jeux « Need For Speed » au passage, même s’il avait du passer par la case « mainstream » en adoucissant son propos, mais avec pas mal de réussite au final, dans un genre qu’on pouvait grossièrement qualifier en son temps de « MTV Metal », avec quelques tubes ("Control It", "The Only", "All in Wait"…). Start A War (2005), malgré quelques morceaux corrects, marquait déjà le léger déclin du groupe, qui fera une chute libre sur les très mauvais sur le fond comme sur la forme Cannibal et Cult Of Static, avant la fin mouvementée qu’on lui connaît. Mais la Régénération est maintenant en marche…

Et Static-X va vraiment, d’un côté, revenir de nulle part, alors qu’on le pensait mort et enterré, appartenant au passé et à une époque révolue, ne laissant qu’un souvenir bon ou gêné aux nostalgiques ou jeunes metalleux de la fin des années 90 - début des années 2000 (ce qui est le cas de votre serviteur d’ailleurs, pour qui Static-X fut un des premiers groupes de « Metal » qu’il a découvert et apprécié). Et ce Project: Regeneration Vol.1 va… vraiment être un bon album, oui oui. Static-X n’est pas revenu les mains dans les poches et ne massacrera pas la mémoire et l’héritage de Wayne Static. Il faut dire qu’avec le line-up des 2 premiers albums (et leur premier logo), le résultat devait être à la hauteur. Project: Regeneration Vol.1 va donc balayer d’un revers de main les catastrophiques Cannibal et Cult Of Static et, logiquement, pencher vers un retour aux sources. On retrouvera donc ici des gros bouts de Wisconsin Death Trip et Machine, même si on penche parfois vers le touché plus accessible de Shadow Zone et Start A War ; voire même… Cannibal et Cult Of Static mais en 1000 fois mieux, et surtout inspiré. C'est une belle revue de carrière, et ce n’est pas tout car si le style Nü-Indus reste reconnaissable entre mille, Static-X s’autorise un peu de rétro-modernité en ajoutant pas mal d’oripeaux électroniques et de samples, encore plus qu’à l’époque, se rapprochant d’un Fear Factory et de pas mal d’autres choses encore. Ajoutez à ça le chant de Xer0, certes calqué sur le type vocal de Wayne Static (c’en est même bluffant de similitude), mais qui s’autorise aussi quelques variations bien senties et plus de cris. Il paraît même qu’il y a des guests cachés, seul Al Jourgensen (Ministry) est crédité sur "Dead Souls", mais l’album devait être initialement enregistré avec des guests de renom de la scène Néo/Groove américaine ; du coup on croirait vraiment entendre Dez Fafara (DevilDriver) sur "Terminator Oscillator" et "Otsego Placebo"… ou alors Xer0 est définitivement un excellent imitateur. Peu importe, au bout, Project: Regeneration Vol.1 est un album plutôt couillu, tubesque et bourré de feeling. Une véritable surprise sachant que de toute façon on attendait plus rien du tout du groupe, qui aurait du rester six pieds sous terre et/ou avait déjà tout dit jusqu’à Shadow Zone. Et donc Project: Regeneration Vol.1 se pose directement comme… le meilleur album de Static-X depuis Machine (sorti il y a 19 ans !), rien que ça.

Après, il ne faut pas se leurrer, Static-X reste une formation estampillée Néo-Metal, certes baignant largement dans le versant Metal-Indus, mais il ne faut rien attendre d’autre que des compos simples et jumpy, avec tout l’enrobage cybernétique qui va bien. "Hollow" le montre bien d’entrée de jeu, ça ne se prend pas la tête, c’est punchy, c’est efficace. Tout ce qui faisait le charme du Static-X se retrouve déjà et ça fonctionne. A partir de là, Project: Regeneration Vol.1 va enchaîner quelques menus hits et se faire plaisir, et mayonnaise prend. "Worth Dyin For", "All These Years", "Bring You Down" ou encore "Something of My Own" sont donc tout autant des tubes à la Static-X, des morceaux plutôt bonnards et accrocheurs de Nü-Indus avec des refrains sympathiques et des riffs rustres (le son demeure d’ailleurs assez abrasif) mais qui font agréablement leur office. Le groupe en profite même pour se lâcher un peu plus par moments, notamment pour l’excellentissime et très Cyber "Terminator Oscillator" qui pulse bien ; ainsi que "My Destruction" et surtout le retour du morceau bien gras en « Otsego » qu’est "Otsego Placebo", tradition perdue avec Cannibal, pour un résultat digne de ces morceaux plus foufous d’époque. Tout n’est pas irréprochable en 40 minutes de 11 vrais morceaux, et "Accelerate", "Follow" et le final plus sage "Dead Souls" sont plus anecdotiques - sans atteindre toutefois la médiocrité absolue de Cannibal et Cult Of Static, encore heureux. De toute façon, il y a déjà bien de quoi faire, c’était totalement inespéré et Project: Regeneration Vol.1 en est presque miraculeux. On avait tiré un trait sur Static-X depuis belle lurette, mais malgré les drames, il revient et avec un bien bon album… ! C’est sûr, cet hommage à Wayne Static n’est finalement pas du tout scandaleux. Peu seront ceux qui oseront se pencher sur le résultat du Projet, mais si vous étiez nostalgiques des trois premiers albums de Static-X et de leur qualité remise dans le contexte d’époque, Project: Regeneration Vol.1 pourrait bien refaire battre votre petit cœur de néo-metalleux. Static-X a sorti le défibrillateur pour réveiller le spectre de Wayne dans ses meilleures années et ses suiveurs d’époque, et il a encore de la batterie vu qu’un Vol.2 est d’ores et déjà prévu, le groupe ayant a priori encore du matériel de Wayne sur lequel travailler. Et vu la réussite de ce Vol.1, il n’y a pas de raison pour que la formation ne fasse pas coup double. La suite, on verra… mais presque sans prétention malgré cette réactivation singulière et incongrue, Static-X vient de signer un sacré retour. Incroyable !

 

Tracklist de Project: Regeneration Vol.1 :

1. Regeneration (1:03)
2. Hollow (2:49)
3. Worth Dyin For (3:34)
4. Terminator Oscillator (3:21)
5. All These Years (4:05)
6. Accelerate (2:53)
7. Bring You Down (3:44)
8. My Destruction (3:37)
9. Something of My Own (3:00)
10. Otsego Placebo (4:30)
11. Follow (3:16)
12. Dead Souls (4:56)