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Album

05/06/20 - Storyteller

Haken

Virus

LabelInside Out
styleProg Metal
formatAlbum
paysAngleterre
sortiejuin 2020
La note de
Storyteller
9/10


Storyteller

Why not ?

Le moins que l’on puisse dire en regardant l’évolution de Haken ces dernières années est qu’ils ne manquent pas d’ambition. Tournée et collaboration avec Devin Townsend, tournée avec Mike Portnoy pour The Shattered Fortress et deux albums concept : Vector et celui qui nous intéresse aujourd’hui, Virus. L’écriture de ces deux albums a été pensée pour qu’ils soient en regard l’un de l’autre, portés par un collectif solide et le même ingénieur du son, Adam ‘Nolly’ Getgood. L’histoire reprend l’exploration de l’identité du Cockroach King, figure légendaire de la musique de Hakenet des violences subies par les patients internés dans un hopital psychiatrique fictionnel, Mountview Institution. La pochette fait évidemment un bond en avant dans le temps puisque l’on passe d’une image rouge type test de Rorschach à une représentation jaune d’un bactériophage. On voit que la transition couvre une partie plus large de l’histoire et que l’on va aller plus loin dans nos découvertes.

Haken a travaillé la disposition des chansons avec soin et leur enchaînement, s’il est parfois déroutant, n’en reste pas moins pensé. On peut prendre en exemple les premiers titres Prosthetic et Invasion, qui sont les singles, et Carousel pour voir à quel point la voix et le chant sont essentiels. Prosthetic est une chanson assez heavy thrashisant qui rappelle un dialogue entre le protagoniste principal et une autre personne, une voix synthétique, qui permet de faire le lien dans l’histoire avec les autorités désincarnées qui harcèlent le personnage principal. Mais en termes de concept, on a l’impression que Invasion débute l’album. Une fois la furie du premier titre passée, le chant se pose, puis a cappella se lance. Des sons synthétiques l’accompagnent, puis ce sont les instruments avec des grooves coordonnés et bien alambiqués. Haken rappelle qu’il est avant tout un groupe de progressif avant d’être heavy et fait monter un crescendo instrumental bien tordu, subtil et entêtant à la fois. Là encore on sent l’importance de la mise en scène, on vit la tempête qui s'annonce avec l'arrivée de ce virus.

Le chant et sa position essentielle se font sentir sur Carousel aussi puisque c’est le duo guitare – chant qui débute le titre. Puis sur les couplets, il est clairement mis en avant sur des riffs très découpés avant des passages très heavy et un refrain qui est taillé pour faire un hit. Placer un titre de dix minutes en troisième position, c’est audacieux.  Il faut être sûr de son coup pour ne pas perdre l’auditeur et l’accrocher. Mais Haken c’est du solide, et on ne se perd pas dans un méandre incohérent de chansons. Au contraire, on suit un fil, qui se tend et se relâche avec un certain sens du dramatique.

L’apogée de ce drame reste leur titre épique : Messiah Complex. Là aussi, la structure a été rigoureusement posée : cinq parties, connectées mais indépendantes, pouvant s’écouter individuellement. Ici, ils laissent la possibilité à l’auditeur de s’approprier le titre et pourquoi pas de le façonner à son goût.  En parlant de saveur, il est indéniable que l’on retrouve des petites touches Dream Theater dans les riffs et certaines constructions qui existait déjà avant, mais Haken sait mettre sa touche. Plus les secondes défilent, plus l’on sent que le son se densifie, plus la folie monte, A Glutton for Punishment est un début de tempête qui va exploser avec Marigold et The Sect. Le groupe appuie là où ça fait mal au cou tellement on a envie de headbanger avec des structures cassées et des sons zinzin façon 8-bit et console de jeux des années 80 (comme dans Puzzle Box sur Vector), pour rappeler que l’on touche au domaine du cerveau, de la folie, des contradictions. Et à la fin arrive Ectobius Rex, dont la traduction du latin fait un clin d’œil à un autre de leurs titres : Cockroach King.

Haken est passé maître dans l’art de placer des références. Et quoi de mieux pour finir cette pièce de plus de quinze minutes que de faire des rappels aux notes du début et à d’autres chansons. On pourrait aussi citer de nombreux passages qui renvoient à d’autres, les fans s’en donnent à cœur joie pour les débusquer et le groupe ne se cache pas d’employer ce procédé pour créer un univers et une cohésion dans leur musique. On la retrouve aussi dans leurs clips, comme pour Invasion, où on peut voir la montagne du leur album The Mountain ou une image de The Architect. La recherche est aussi riche que leur musique et c’est loin d’être un petit amusement pour distraire l’auditeur.

Only Stars conclut l’album et cette chronique en reprenant le chant comme élément principal, en lui ajoutant des effets d’ambiance pour rappeler que Haken raconte une histoire avec talent. On se pose après onze titres vraiment intenses ou dix-huit pour les plus audacieux qui auront enchaîné Vector et Virus. Le monde créé par Haken continue de se développer et on ne peut que saluer l’extraordinaire travail de ces musiciens qui nous ébahissent sans jamais jouer les prétentieux. Une force qui donne envie d’écouter les albums pour s’infuser de leur univers et espérer les voir sur scène rapidement pour voir ce concept vivre en grand.

 

Tracklisting

1. Prosthetic (05:58)

2. Invasion (06:40)

3. Carousel (10:30)

4. The Strain (05:35)

5. Canary Yellow (04:10)

6. Messiah Complex i: Ivory Tower (03:59)

7. Messiah Complex ii: A Glutton for Punishment (03:38)

8. Messiah Complex iii: Marigold (02:25)

9. Messiah Complex iv: The Sect (02:02)

10. Messiah Complex v: Ectobius Rex (04:51)

11. Only Stars (02:05)