Chronique Retour

Album

06/06/20 - Di Sab

Spirit Adrift

Divided by Darkness

Label20 Buck Spin
styleHeavy Doom Metal
formatAlbum
paysUSA
sortiemai 2020
La note de
Di Sab
8/10


Di Sab

20 Buck Spin est au metal ce qu’A24 Films est à Hollywood. L’identité du label n’est pas tant liée aux styles proposés par les groupes qu’à l’aura qui entoure les sorties. Que ce soit du death, du doom, du black, quand leur logo se retrouve au dos d’un vinyle, l’auditeur ne peut s’empêcher de s’attendre, à tort ou à raison d’ailleurs, à cet « un peu plus » qui justifie l’exposition qui entoure quasi chaque sortie du label américain. Etrangement, ce Divided by Darkness n’a, à mon sens, pas été assez mis en valeur l’année précédente. Alors que le Tomb Mold et l’Obsequiae se sont accaparés la lumière, à raison, et sont les plus beaux exemples qui permettent de dire que 2019 a été une année faste pour 20 Buck Spin. Un peu dans l’ombre, prenons le temps de revenir sur ce temps fort de l'année précédente.

Spirit Adrift c’est avant tout l’expression de quelqu’un qui se reconstruit. Nate Garett était un américain qui aimait deux choses dans la vie : écouter Black Sabbath et boire des coups. Deux activités ludiques et cumulables qui ont toutefois dérapé. Après un passage par la case désintox, Garett se livre dans Spirit Adrift, initial One Man Band qui s’est constitué en groupe (avec de vrais morceaux de Gatecreeper en son sein) deux ans après sa création.

Curse of Conception, le prédécesseur, portait déjà en lui cette dimension intime. Mettre sur le désir de se livrer en tant qu’homme un voile de leads virtuoses qui emmènent l’auditeur vers des cieux plus épiques, moins viscéraux. Contrebalancer une rythmique pesante par un chant prenant, guerrier, qui ne peut pas ne pas évoquer le Sabbath de Dio. Divided by Darkness poursuit l’exploration de cette voie avec néanmoins une maîtrise accrue et un apaisement qui faisait défaut au précédent. En effet, Curse of Conception avait cela de touchant qu’on sentait, on ne sait trop comment, que cet album était important pour son compositeur. On avait l’impression d’être invité dans quelque chose qui nous est moins destiné à nous qu’à son auteur. Divided By Darkness lui semble être moins brut mais infiniment plus mature. Cette maturité s’exprime principalement par une vraie qualité sur le travail d’écriture. De fait, même si Spirit Adrift a gagné en virtuosité et en technicité et, à l’instar d’Iron Maiden, cela n’empiète jamais sur le partage des émotions. De la même manière, les éléments sont ici très bien dosés : We Will Not Die est blindé de leads pour une ouverture très épique là où le groupe se fait plus dépouillé sur la ballade Angel and Abyss. Tout est très bien amené et cela n’est pas dû au hasard.

Spirit Adrift ne s’est jamais caché de ses influences metal au sens large. Garett parle volontiers de ce qui fait un bon album : l’ordre des chansons, la manière d’amener un riff ou d’apporter un plan surprenant mais cohérent. L’écoute de Divided by Darkness s'inscrit dans cette façon tellement traditionnelle de voir la musique que ça en devient moderne. Il s'agit moins de chapelles, de styles, de se réclamer de quelque part que d’assembler des plans de manière cohérente et réfléchie sans penser à la case dans laquelle l’auditeur veut nous mettre. Et c’est hyper agréable. Car nous nous retrouvons face à quelque chose d’extrêmement bien fait sans pour autant tomber dans les faciltiés du worship éculé.

Pourtant, le résultat s’inscrit tout de même dans un chemin auparavant défriché.  Outre les vielles légendes qui composaient sans se soucier des appellations, il est difficile de ne pas affilier Spirit Adrift à tous les groupes qui renouvellent actuellement le doom. Outre Pallbearer (dont Garett a été Merch Guy), Khemmis ont également beaucoup travaillé sur ces équilibres entre mélodies et heavyness, n’hésitant pas à enrichir leur doom trad d’éléments extérieurs. En somme, Divided by Darkness est un bijou de songwriting porté par un groupe qui sait ce qu’il veut, ce qu’il fait et là où il va. Beaucoup de hits, de passages mémorables et de riffs bien amenés. On a vraiment ce « petit plus » façon 20 Buck Spin évoqué dans l’intro. Alors, même si Khemmis et Pallbearer sont passés par là quelques années avant, il convient de rendre hommage à cet album trop bien écrit pour ne pas avoir  eu la visibilité qui aurait dû être sienne. 

Tracklist : 
We Will Not Die
Divided by Darkness
Born into Fire
Angel & Abyss
Tortured by Time
Hear Her
Living Light
The Way of Return