Chronique Retour

Album

30/05/20 - Gazag

Sutrah

Aletheia

LabelThe Artisan Era
styleTech Death
formatEP
paysCanada
sortiemars 2020
La note de
Gazag
8/10


Gazag

Atterrissage. Bienvenue chez Sutrah. Quelques années se sont écoulées depuis votre premier album, chers Canadiens. Ces retrouvailles sont un plaisir, en la présence de cet EP, au nom d’Aletheia. Il s’agit toujours de Tech Death. Cependant, et plutôt que de dévaler le gouffre pour tomber dans les entrailles de la bête, restons au sommet. Planté, immobile, pour faire corps avec l’esprit de ce CD, à savoir : prendre son temps. Car si Dunes, présentait déjà de jolies mises en contexte, et un certain talent pour créer des atmosphères, cet EP plonge tête la première dans une proposition narrative et contemplative de la musique.

Argnorath

Confortablement installé, les paupières entrouvertes, le regard zigzague, fait des lacets entre différents nuages, dispersés en grappes ça et là, dans un ciel au fond uni. Sutrah décide de déposer l’auditeur dans une barque, qui se love délicatement dans un plan d’eau. Puis de laisser au courant la tache de faire avancer l’embarcation, qui progresse en enchaînant les différents motifs qui constituent le voyage. Redresse-toi, car depuis le fond de la ligne d’eau, jusqu’au plus haut des pics rocheux, il y a des choses à voir. Play. Rapidement rassuré, la marque de fabrique du groupe est toujours présente, à savoir des riffs entortillés sur eux-mêmes, et aux longueurs variables. Ils ont la particularité d’être invariablement sonnants et intrinsèquement pourvus d’un principe directeur, à savoir qu’ils pointent à coup sûr vers une émotion.

La différence majeure provient d’un ajustement complet de la direction artistique. Avec une équipe pareille (des mecs de Chthe’ilist et Serocs) la tentation de jouer plus lourd ou plus vite est réelle. Mais cette option de facilité n’est pas retenue. Les Canadiens décident de partir en sens contraire, ils choisissent de lever le pied, d’étirer les parties, de faire respirer les compositions, et de faire prendre un bon bol d’air à sa musique. Le coeur reste Tech, avec le même tempo, mais tout ce qui est greffé, englué autour, tire la musique vers des décors de contemplation, parfois même vers le full ambiant. Et contrairement à Dunes qui manquait de cohérence dans ce type de transitions, cet Aletheia se parcourt aisément en une seule et unique piste. A l’opposé du direct dans la gueule d’un Archspire ou d’un Odious Mortem. La création d’atmosphères et d’ambiances se rapproche de Gorguts ou de Beyond Creation, avec ce propre qu’à cet EP d’être tourné vers le blanc. Sutrah patiente avant de présenter ses idées, puis les égrène, calmement, une à une. Par moments, un certain Carcariass peut être aperçu. En y ajoutant un brin de lumière, les riffs sont désormais plus polis et sucrés, mais toujours aussi complexes et mémorables.

Nuage magique

Cet EP invite au temps long, au repos, et à la plénitude. Le tour de force est d’avoir aéré les compositions, sans pour autant sacrifier l’écriture des riffs, ni leur vitesse d’exécution. En plus des guitares, il y a aussi, et au même niveau d’intérêt, les différentes ambiances proposées. Arrangements surprenants ou même découverte d’instruments traditionnels, l’éventail des techniques abordées par Sutrah reste impressionnant. Le travail d’écriture permet de savourer, de déguster chaque idée, sans être dans la peur qu’elle ne soit recouverte immédiatement, car il semble clair à présent que nous avons pris part à un voyage paisible. Rivière de riffs en guimauve dans la plus grande des détentes. Nous sommes paradoxalement en présence d’une musique à la fois violente et calme - le terrain sacré du Black Metal, très fort à ce petit jeu. Dans le Death, ça tourne rapidement au Prog. Ici, Sutrah présente des figures étonnantes il est vrai, mais reste constamment dans son jardin, modeste. Un Tech Death terrible et bienveillant, qui semble être à présent capable de nous amener là où il le souhaite, peu importe la destination.

L’embarcation qui trace le seuil de nombreux rivages se décroche alors du sol, et entre dans les sphères de la méditation. Le but de Sutrah est maintenant révélé : le groupe choisi ici non pas d’imposer une musique, mais de la proposer. Tout autour de nous, à présent, les étoiles. Il serait temps de revenir. L’arrangement est tout trouvé : un coeur mâle, a capella, pour retourner à la rudesse du présent, et se souvenir que trente minutes n’est rien. Que le voyage est constamment une bouffée d’air frais pour les amateurs, et une magnifique porte d’entrée pour les curieux. Défi ultime des Canadiens, tirer la formule sur un album entier, pour passer du voyage à l’odyssée.

Variation I.i - Umwelt
Variation I.ii - Lethe
Variation II.i - Dwell
Variation II.ii - Genèse