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Album

04/05/20 - S.A.D.E

Golden Ashes

In The Lugubrious Silence Of Eternal Night

LabelOaken Palace Records
styleBlack Metal Symphonique / Avant Garde
formatAlbum
paysPays-Bas
sortiemai 2020
La note de
S.A.D.E
9/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Alors qu'un nouvel album de Gnaw Their Tongues a vu le jour mi-avril, l'intarrissable et prolifique Maurice de Jong sort début mai le second album, In The Lugubrious Silence Of Eternal Night, d'un de ses (nombreux) projets annexes, Golden Ashes. Avec son univers sombre, chaotique et bruitiste, le Néerlandais explore les voies les plus extrêmes et avant-gardistes d'un black metal dopé à l'indus et à la noise, avec des nuances pour chacun de ses projets. Là où Gnaw Their Tongues plonge avec délectation dans la folie noire et angoissante, Golden Ashes offre un versant plus lumineux et symphonique des créations signées De Jong.

Dès As Sacred Bodies Wither Into Nothingness, même si l'on retrouve la matière première habituelle avec laquel travaille De Jong, à savoir un black metal dense, bruitiste et torturé tout ce qu'il y a de plus exigeant à tenir sur la longueur, on est assez loin des cauchemars auditifs que nous propose le bougre dans son projet principal. Une lumière grandiose et pure baigne les compos tout au long de l'album, mais presque trop grandiose et pure pour nos yeux (et oreilles) de pauvres humains, tout y est trop saturé, trop de nappes sont enchevêtrées pour que l'on comprenne ce qu'il se passe réellement. Et pour y voir quelque chose, je vous propose un décorticage par couche de ce que nous propose Golden Ashes tout au long de l'album, exercice rendu possible par la très forte homogéneité de l'ensemble. Les titres reposent sur une BAR programmée en mode blast quasi-constant, tout à fait black metal d'un bout à l'autre. Juste au-dessus, une nébuleuse de basses plus ou moins synthétiques donne ce corps chaotique propre à l'univers de De Jong, une masse sonore parfois informe qui peut soit rebuter soit fasciner. L'étage supérieur se partage entre des claviers symphoniques hyper-saturés, effrayants et beaux, comparables aux sonorités du Violent Magic Orchestra, et des nappes plus flottantes qui viennent (assez rarement tout de même) offrir quelques espaces de respirations. Et enfin, que serait un projet De Jong sans un chant complètement hanté et un peu perdu dans un mix massif et complexe ?

Voilà, en gros, de quoi est composé la musique Golden Ashes. Et si l'ensemble peut sembler un peu étrange/intenable/asphyxiant sur le papier, il se trouve qu'à l'écoute, un petit miracle opère. Si l'intégrale d'un Gnaw Their Tongues est (pour moi du moins) une sacrée épreuve, Golden Ashes offre quelque chose de plus accrocheur et addictif. Tout en restant dans la pointe extrême de l'avant-garde, ce projet donne à sentir des émotions trop puissantes pour être vécues avec sérénité mais trop belles et intenses pour ne pas être vécues du tout. Avec From Grace Into Utter Ruin et sa partie centrale où cette mélodie au clavier vient élever le titre vers des sommets grandioses ou les choeurs féminins venus d'un autre monde sur Black Mouths Murmur Black Prayers, on touche au divin impie, au sacré profane, aux étranges oxymores que seules les oeuvres radicales peuvent faire émerger. Si la folie se cache toujours à proximité (notamment au travers du chant) Golden Ashes pourrait être le pendant épiphanique d'un Gnaw Their Tongues quant à lui tout à fait ancré dans la monstruosité et la névrose et bien décidé à y rester.

Inacessible, touffue, repoussante, effrayante. Aucun doute, la discographie de Maurice de Jong l'est. Et dire que Golden Ashes tranche avec le reste serait tout bonnement faux : complexe à écouter, peu accessible pour l'oreille non aguerrie et globalement peu accueillant, ce projet partage le même ADN que ses frères. Pourtant, une énigmatique sérénité nait de ce chaos bouillonant et synthétique et l'envie (le besoin ?) de s'y replonger affleure plus souvent que l'on ne s'y attendait.

Tracklist de In The Lugubrious Silence of Eternal Night :
01.As Sacred Bodies Wither Into Nothingness
02.Let Death Stalk My Enemies, Let The Grave Swallow
03.Amongst The Mossy Tombs
04.When Every Word Uttered Is As Whip Cuts Into Flesh
05.From Grace Into Utter Ruin
06.In The Lugubrious Silence of Eternal Night
07.Black Mouths Murmur Black Prayers
08.Death Came With The Golden Dusk