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Album

17/02/20 - ZSK

Öxxö Xööx

Ÿ

LabelBlood Music
styleDoom Metal avant-gardiste
formatAlbum
paysFrance
sortienovembre 2019
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Chroniquer un groupe comme Öxxö Xööx n’est pas chose aisée, et ce pour un certain nombre de raisons. Déjà, le concept de départ du duo, contant la litanie d’un duo d’êtres extra-terrestres et/ou extra-dimensionnels arrivés sur la planète Terre et tristes et mélancoliques de ce qu’en fait l’humanité. Ce qui a amené le duo à élaborer son propre langage, l’Öx, avec même un lexique qui avait été fourni à l’époque de Rëvëürt (2011). A l’instar d’un Magma avec lequel il partage d’ailleurs le même amour des trémas que pour le Kobaïen. Mais Öxxö Xööx ne fait pas pour autant du Zeuhl. C’est là qu’est la deuxième difficulté, le style du combo, un Metal résolument avant-gardiste qui pioche dans le Doom, le sympho gothique/baroque ou l’électro, avec beaucoup d’harmonies sur les voix, masculines et féminines, de Öxxö Xööx et Lör (Rïcïnn, Corpo-Mente) respectivement. Depuis son premier opus Rëvëürt, Öxxö Xööx nous propose une musique particulièrement dense, sur des albums généreux, de 74 minutes (!) minimum jusque-là, avec des compositions longues. Un style très étouffant en apparence mais malgré tout aéré, éthéré et onirique, même s’il faut être amateur de ces sonorités pour un groupe que l’on pouvait grossièrement placer entre Arcturus et Void Of Silence, entre autres références de Metal plus gothique. Et dès Nämïdäë (2015), les choses ont évolué un tantinet. Un vrai batteur, Isarnos (Anus Mundi, Wormfood…) a rejoint le projet, ainsi qu’un certain Igorrr pour la production mais aussi pour la programmation, histoire de gommer les défauts de forme de Rëvëürt et d’amener Öxxö Xööx à un autre niveau. Une évolution vers quelque chose de plus frontal par moments, éludant un peu le côté très baroque du combo vers quelque chose de plus efficace, moins linéaire et indigeste et du coup un peu plus accessible et malléable. Même si il faudra toujours se fondre dans cet univers sonore particulièrement singulier pour apprécier ce Doom avant-gardiste si original à sa juste valeur. Rëvëürt était donc un peu « too much », dégoulinant de claviers parfois, Nämïdäë avait rectifié le tir même si Öxxö Xööx ne sera jamais un groupe « à tubes », les albums étant à apprécier dans leur ensemble même si chacun pourra en dégager ses compos favorites ("Tërëä" et "Dä Ï Lün", par exemple et pour ma part) ou des moments de grâce qui il est vrai sont souvent saisissants. Bref, Öxxö Xööx réussit tout de même son entreprise et ses œuvres valent vraiment le détour. Quatre nouvelles années après Nämïdäë, comme un quelconque cycle céleste, Öxxö Xööx est de retour pour son troisième opus, Ÿ, que l’on espère déjà être l’album de la maturité.

78 minutes, 9 morceaux, dont certains aux noms bien étranges ("44³", "D" "9C639"… et ce sont les trois premiers d’ailleurs), il y a du boulot. Heureusement, enfin pour ceux qui connaissent déjà bien l’art d’Öxxö Xööx, le groupe ne va pas virer ici sa cuti et on pourra replonger rapidement dans son univers si particulier. Malgré tout, rien n’est facile avec une musique si avant-gardiste et si dense… On se retrouve tout de même dans la lignée de Nämïdäë, avec notamment la petite voire grosse touche Igorrr qui nous donne un son de guitares rythmiques toujours aussi particulier, plus proche de ce que Igorrr produit de manière générale que du « Metal » finalement, sans parler de tous les divers beats bien mordants et autres effets électroniques. Notons d’ailleurs que sur Ÿ, c’est Master Boot Record qui est crédité aux « synth guitars », ce qui donnera une idée de la chose à ceux qui connaissent l’étrange projet susnommé. L’ensemble en est d’ailleurs toujours paradoxalement peu « organique », pour un concept pourtant très naturaliste. Mais peu importe, Öxxö Xööx est toujours là pour développer son univers extra-dimensionnel très lumineux et enchanteur, grandiloquent mais dans le bon sens du terme, le groupe ayant trouvé son équilibre et ne souffre plus du côté indigeste de l’époque de Rëvëürt. Donc une fois immergé dedans, on en sort plus et c’est toujours un bonheur, même s’il faut toujours faire l’effort de de succomber à cette atmosphère futuristico-baroque. Une nouvelle fois, Ÿ n’est pas un album à tubes mais un disque à se farcir de manière globale. Öxxö Xööx n’est de toute façon pas là pour pondre du hit, ça reste un combo de Doom que l’on peut même qualifier de « progressif », mais avouons que pour une fois nous tenons peut-être le premier vrai morceau de référence de Öxxö Xööx avec "Lëith Säë", premier single dévoilé ce qui certes influence le jugement, mais ce morceau est parfaitement construit. Un départ tout en retenue, une partie très prenante quand on entend des lignes en anglais (avec l’accent Öx !), et un long final bien plus salvateur et efficace. S’il fallait une seule piste pour présenter Öxxö Xööx aux masses, "Lëith Säë" ferait largement l’affaire. Pour les initiés, ce qu’on retiendra, c’est que Öxxö Xööx est en forme, inspiré dans ses compositions et aussi ses lignes de chant toujours mélancoliques et émotionnelles. Et le tournant un peu plus extrême pris avec Nämïdäë fait toujours mouche, conférant à la musique de Öxxö Xööx une bonne dose d’efficacité quand c’est nécessaire. Ÿ est donc effectivement bien parti pour être l’album de la maturité et asseoir Öxxö Xööx sur le podium d’un certain Metal avant-gardiste, où il est presque seul vu l’originalité et la personnalité de son propos…

Parmi les 9 compositions proposées, il y a donc de quoi faire en 78 minutes, Öxxö Xööx ne s’éparpille pas trop non plus, ce qui est une bonne et une mauvaise chose. Bonne car on ne va pas s’y perdre et mauvaise car on ne sort plus des carcans habituels, même si avec Nämïdäë le groupe avait su franchir certaines limites qu’il s’était fixées avec Rëvëürt, et Ÿ ne les dépasse plus. Bien évidemment, Ÿ se déguste lui aussi dans sa globalité mais devant la densité de la chose, des moments forts se dégagent à nouveau. "44³" présente de somptueux breaks au clavier et pour un opener, fait déjà fort avec les beats « à la Igorrr », qui sont ensuite immédiatement très efficaces sur "D". L’esprit Igorrr/Master Boot Record se retrouve souvent, notamment sur le très remuant "9C639" possédant en outre des lignes de chant très prenantes, ou encore sur l’assez intense "Köböl(D)" blindé d’excellentes rythmiques. Si un "NS2" est plus émotionnel (notamment au niveau du chant de Lör), Öxxö Xööx va encore se lâcher en dernière partie de disque surtout avec le passionnant "3ën", peut-être l’autre vraie sensation du disque avec "Lëith Säë". Le chant féminin doublé est formidable, les passages rythmiques sont terribles, d’autant qu’ils sont suivis de compos très épiques et que l’ensemble est finalement délicieusement barré. Bref, Öxxö Xööx est en grande forme, et le montre encore sur le plus dark, presque apocalyptique "Döld", qui continue toutefois à montrer un Öxxö Xööx très énergique avec un final limite bourrin, avec beaucoup de trémolos. "999" clôture Ÿ de manière classique mais de toute beauté, et Öxxö Xööx n’a au final rien perdu de sa classe et surtout de sa singularité. Après, dire que Ÿ est le meilleur album de Öxxö Xööx à ce jour, c’est une conclusion difficile, même s’il est clair qu’il confirme aisément les dispositions de Nämïdäë en amenant des compos encore plus mémorables et de nouveaux moments forts. La discographie du groupe est finalement assez homogène pour le moment, même si Rëvëürt n’était qu’un galop d’essai. Pour ceux qui étaient déjà convertis à ce Doom avant-gardiste, ça ne sera bien évidemment que du plaisir. Ÿ n’est pas pour autant plus accessible que ses deux prédécesseurs dans l’absolu vu la musique si particulière proposée, mais ça reste la meilleure porte d’entrée avec des pépites comme "Lëith Säë" et "3ën", peut-être les vrais premiers morceaux de référence de la formation. Ça reste dense comme c’est pas permis, certes souvent raffiné, mais parfois très chaotique, c’est du pur Öxxö Xööx et il faut à nouveau oser faire le voyage, beaucoup resteront encore plantés devant le portail inter-dimensionnel, n’osant pas le traverser. Mais si on a le courage de franchir le rubicond, on se retrouvera à nouveau dans un monde tout à fait fantastique. (Re)tentez l’aventure…

 

Tracklist de Ÿ :

1. 44³ (9:45)
2. D (9:05)
3. 9C639 (8:04)
4. Köböl(D) (10:04)
5. NS2 (9:01)
6. Lëith Säë (7:47)
7. 3ën (8:20)
8. Döld (7:47)
9. 999 (8:46)