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Hellfest 2020 : Beyond this World, beyond this Line Up

mercredi 27 novembre 2019 - Di Sab
Di Sab

Comme chaque année depuis quelques éditions, à l’aube de l’hiver, le Hellfest révèle l’intégralité de sa programmation, répartie jour par jour et scène par scène. Loin est l’époque où, comme en 2011, les groupes étaient annoncés par vague et ensuite étaient répartis au petit bonheur la chance. La compacité de la programmation interpelle dans un premier temps, satisfait ou déçoit dans un second, et nous pousse à nous interroger dans un dernier temps.

Au-delà de la qualité indéniable, cette affiche m’a interpellé car elle est révélatrice de certains positionnements qui, à mon sens, disent quelques choses sur ce que va tenter de devenir le festival au sein des années suivantes :

Tout d’abord, il convient de louer, et c’est un fait, la volonté de renouvellement que l’on retrouve dans cette édition. On a souligné ci et là là facilité de cette affiche, l’idée comme quoi n’ont été proposés que des groupes vus et revus, habitués à l’évènement clissonnais. Outre le fait qu’il n’existe, factuellement, que peu de groupes capables de remplir un rôle de tête d’affiche sur un évènement de cette envergure, cette affirmation est plutôt fausse. On retrouve des primo participants à toutes les échelles de la programmation. Des têtes d’affiche (Incubus, Running Wild mais surtout Social Distorsion et System of A Down), des groupes bien installés dans leurs styles mais qui ne viennent que pour la première fois (Lionheart, Om, Mono) et des groupes émergents à qui le Hellfest prête une oreille peut être plus attentive ces dernières années (Lysistrata, Duel, Higher Power, The HU et même, dans une bien moindre mesure, Jinjer).

Ce renouvellement passe nécessairement par une ouverture. L’exemple le plus probant de cette année reste le cas Ghostmane. On pourrait néanmoins citer également la présence de BabyMetal qui a longtemps fait débat ces dernières années. En plus de cette ouverture à d’autres styles, on retrouve aussi la revalorisation de certaines chapelles négligées ces derniers temps : le Djent, le prog dans une certaine mesure et même le Heavy.  

Considérant ces deux éléments, il ne m’apparaît pas pertinent de critiquer cette affiche sur la dimension copier-coller qu’elle pourrait avoir. Attention cependant, renouvellement et prise de risque ne sont, cependant pas similaires. Je peux parfaitement entendre par exemple, la colère du fan de Black qui se retrouve avec un panel de groupes assez convenus et pas spécialement en forme artistiquement (Abbath pour ne citer que lui).

Un petit aparté sur la reprogrammation d’Envy qui fait suite à un concert dantesque donnée l’année précédente et qui a été autant moquée que louée. Là où certains voient du fan service, je vois un évènement très bon connaisseur des retours du publics et attentifs à ceux-ci.

La seconde ligne de force de cette programmation, c’est la cohérence de certaines scènes. C’était une des grandes forces de l’édition 2019 : la scène SACEM (MS2 Vendredi), une Valley qui était post hardcore le samedi et sensible aux groupes innovants le dimanche, une MS1 bien Hard rock/glamouze le samedi pour un final en apothéose sur Kiss précédés par Def Leppard et Whitesnake, ce qui donnait au festival une cohérence artistique là où certains voient un empilement random de groupes. On retrouve en 2020 certaines lignes également : une Altar très classique le vendredi, une Valley qui se remémore son origine, très stoner/doom (de Greenleaf à Electric Wizard), une Warzone du dimanche très typée Metalcore là où celle de samedi est résolument old school. A propos de Old School, la Mainstage 2 du dimanche a une sacrée calvitie pour mon plus grand plaisir.

Là où le bât blesse, c’est que ces éléments cohérents se heurtent à des espaces où la ligne artistique est beaucoup moins bien définie. De ce point de vue, les Valley ont cette année, beaucoup souffert. Le terrible enchaînement Me and that Man/ High on Fire / John Garcia / post rock et post hardcore japonais le samedi. Quant au dimanche, le côtoiement Life of Agony Twin Temple, Killing Joke, Hangman’s Chair me désarçonne. Une certaine perplexité peut également poindre quant à la Altar du samedi divisée entre du Goregrind et du Thrash à Papa et qui va voir Flotsam and Jetsam se faire précéder par Brutal Sphincter.  

Le second grand point faible est liée, à mon sens, à l’actualité. 2019 a été l’année de toutes les reformations et de tous les espoirs. On peut comprendre que RATM et Motley vont peut être attendre 2021 pour le Vieux Continent, mais là où le Hellfest a réussi à se positionner sur Sortilège et Down, les absences de Dismember et (pour le moment) de Mercyful Fate sont criantes là où ces groupes ne font pas défaut dans les évènements concurrents.   Toujours dans un registre extrême, considérant le bruit qu’ont fait les derniers Blood Incantation et Crypt Sermon, et sachant qu’ils seront en juin en Europe, leur absence est dommage également (le fait de les booker aurait renforcé l’image d’un festival attentif à l’actualité musicale). Crypt Sermon aurait d’autant plus été le seul représentant du Doom Traditionnel, totalement absent dans l’édition à venir.

Têtes d’affiches rares, une dose de groupes convenus qui marchent, des jeunes et des vieux, des tentes initialement dédiées à un style qui se retrouvent de plus en plus en colocation et des lignes artistiques définies, que l’on apprécie ou non l’affiche du Hellfest, elle semble nous dire quelque chose sur ce que veut être sur le long terme le festival : un évènement qui empile moins et se soucie plus de la cohérence artistique mais qui, du fait de faire des appels du pied vers l’extérieur, peut dérouter la partie la plus intransigeante du public.