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samedi 17 août 2019 - Dolorès

Motocultor 2019 J3 & J4

Site de Kerboulard - Saint-Nolff

Dolorès

Non.

En ce samedi 17 août, un rayon de soleil semble percer, de la paille a été déposée sur une partie du sol qui est enfin praticable. Le site est plus rapidement rempli que la veille et les visages des festivaliers ont retrouvé quelques sourires et un peu d'énergie pour affronter les concerts. Ce n'est malheureusement qu'un temps de calme au milieu de la tempête qui reviendra dans la soirée et sera un véritable fardeau dans le weekend d'à peu près tout le monde.
 

Samedi - 3ème jour

 

Nytt Land

Dolorès : Il est impensable pour moi de louper les Russes de Nytt Land, et les personnes qui m'auront accompagnée de bonne heure n'auront pas été déçus. J'en attendais un bon moment, pour ce groupe de Folk rituel / chamanique / nordique, mais je ne m'attendais pas à ce que cela soit si incroyable.

Connaissant plutôt bien les morceaux, si ce n'est les trois nouveaux issus du futur album, j'ai été très surprise de la puissance que le duo envoie en live ! La voix de Natalya Pahalenko est juste dingue, et quand elle passe de son chant guerrier ou incantatoire à un chant diphonique extrêmement maîtrisé, c'est la cerise sur le gâteau. Tout ça en jouant des percussions en même temps et en assurant une présence scénique parfaite, aidée par son costume si particulier de prêtresse du Nord. Si le chant diphonique est plus habituellement entendu chez les hommes que chez les femmes, ce qui rendait la performance impressionnante, Anatoly Pahalenko n'en reste pas moins un excellent chanteur également. Mais ce qui me fascine le plus est sa capacité à jouer d'un instrument mélodieux (beaucoup de tagelharpa notamment), à chanter en même temps et à gérer, au pied, des percussions. Le tout, bien sûr, en décalé, puisque aucune de ces lignes ne joue la même chose sur les mêmes temps.

Le set est teinté de violence et de transe, mais aussi de lyrisme. Pour terminer leur prestation, Natalya se retrouve seule sur scène pour nous offrir un chant traditionnel russe intitulé Чёрный ворон (« corbeau noir ») qui m'arrachera des larmes (et je ne serai pas la seule). Je ne suis pas mécontente de les accueillir en concert à Nantes à la fin du mois de septembre, l'occasion de les rencontrer et de les voir à nouveau en live !

 

Wolvennest

Dolorès : J'avais déjà vu Wolvennest à Paris il y a quelques mois, entre Chapel of Disease et The Ruins of Beverast. La prestation m'avait plutôt déçue : bien que les morceaux soient excellents sur album, la prestation avait été gâchée par un son à peine correct, et quelques approximations vocales de la part de Shazzula notamment.

J'hésitais donc à retourner voir le groupe, bien que VOID soit un album que j'aie beaucoup écouté. Dès les premières minutes, mes doutes sont dissipés : le son rend plutôt honneur aux compositions et on reconnaît à la fois les mélodies et les intentions du groupe. Pour dire, je ne me souvenais même pas que les parties de thérémine étaient jouées en live (et non samplées) par Shazzula : peut-être l'instrument n'y était-il pas à Glazart. Ou alors je voyais si peu et le son était si médiocre que cela n'était pas perceptible... En tout cas, il est joué à la perfection (ce qui est rare !), ce qui apporte une touche singulière et fascinante au live.

Entre Krautrock et influences Doom ou Black psyché, les boucles incessantes sont noires et pleines de folie. Cette fois-ci, le groupe ne m'a pas déçue, et je commence à penser que Wolvennest est un groupe à surveiller de près car il risque bien de continuer à doucement exploser dans les années à venir.

 

Gronibard

GazaG : La nuit de vendredi à samedi restera dans les mémoires des festivaliers. Le lendemain, les récits épiques des tribulations de la nuit se partagent. Une fois le maelström essuyé, viennent les sourires en coin et les moqueries en pagaille. Paradoxalement, ces calamités ont réuni les conditions parfaites pour le concert de Gronibard de ce midi. Une Supositior bien humide et pâteuse, un ring taillé pour les combats de boue.

Au menu de ce midi, seront présents à la table entre autres : une blanche neige, une bimbo, une robe courte en collants déchirés qui laisse pendre un zob, ou encore un cinglé échappé du carnaval de Rio. Ce sont les musiciens de Gronibard, qui ne savent même pas vraiment eux-même se qu’ils font là. Le public s’est déplacé nombreux pour le florilège de débilités qui s’apprête à s’abattre. Mais avant ça, précisons quelques détails insignifiants : le son est sacrément bon, la setlist fait figurer les grands classiques comme La Chanson Des Bisous ou Va Faire La Vaisselle, et les musiciens sont bien carrés dans le jeu et respectent le Grindcore. Pour le reste, le respect n’est plus.

  

Lecteur, en vérité, ce que vous voulez vraiment savoir, c’est comment les équipements, les instruments, les amplis, la scène, le photo pit se retrouvent dévastés. En somme, comment toute la Supositior est toute boueuse à la fin de concert. Reprenons. Il était une fois un mosh-pit dans la gadoue. Certains petits malins, probablement ingénieurs de métier issus de grandes écoles, ont alors une idée lumineuse : utiliser les mottes de terre comme projectile. Il en résulte une lutte acharnée entre le côté droit du public et le côté gauche. La gadoue s’échange dans les airs comme des tirs de mortiers. Dans le bourdonnement des bombes, un ingénieur, encore plus inspiré que les autres, tire sur le chanteur. A la fin de la chanson, ce dernier déclare Aie ça fait mal. Vous devriez plutôt viser le batteur, car lui, c’est vraiment un gros connard. Ce qui met le feu aux poudres. Les trajectoires convergent vers la scène, pour un déluge de terre et de boue partout. Tout partout, comme des bisous. Le groupe en vient à quitter la scène. Une minute plus tard, toujours sous le feu, le chanteur revient seul, penaud : Mauvaise idée. Faites le entre-vous maintenant, c’est mieux. Merde, on va se faire engueuler. Et arrêtez, après on va faire des fausses notes.

  

Un wall of kiss plus tard, sorte de breaveheart classique mais où il est plutôt question de poutou que de pied-bouche, le groupe nous offre un nouveau titre, Regarde Les Hommes Sucer 2, qui fait habilement suite à Regarde Les Hommes Sucer, jouée précédemment. Juste avant de définitivement quitter la scène, Le chanteur crucifie le public : Vous êtes vraiment pas très matures. Merci pour les fous-rires, la boue devient tout de suite plus sympathique, et bon courage pour le staff. Plusieurs heures plus tard, à Mgła, les bâches et les amplis marrons portent la marque du passage de Gronibard au Motocultor.

 

Fange

    

 

 

Krisiun

 GazaG : On va faire comme le groupe et partir vite, clair et précis. Krisiun délivre un set compact, sans temps mort, mise à part moult thank you entre les morceaux. Le groupe est très expressif, faisant corps avec les guitares. Les compos sont bien techniques et chaudes à passer mais les trois membres charbonnent comme jamais. De loin la meilleure prestation de Krisiun à ce jour. Le son est nickel chrome, puissant et contrasté. On entend enfin les cymbales sur la Supositor. Musicalement, il est vrai que les anciennes compos ont pris un coup de vieux, mais permettent de voir le chemin parcouru. 

Le public n’est pas vraiment au rendez-vous, la fosse est clairsemée, et ce dès la régie. Qu’à cela ne tienne, l’intégralité des spectateurs présents repart heureuse. Même les kamikazes du pit, tout barbouillés comme après une semaine passée à traquer des Vietnamiens armés de machètes, affichent de larges sourires (le peu de paille disposé n’a pas empêché la boue de revenir). Scourge of the Enthroned, et plus globalement toutes les nouvelles compos proposées passent crème et redonnent de l’intérêt à leur dernier skeud sorti l’année dernière.

Les précédentes entrevues avec Krisun se résument à l’ennui qui gagne à la fin, avec des conclusions qui laissent un gout amer. C’est tout l’inverse cet après-midi. A la fin du show, le groupe range lui même son matos, brandit des pouces bleus, et fait ses valises. Une certaine forme de classe, pour une formation qui vient de remettre les compteurs à zéro.

 

 

Harakiri For The Sky

Dolorès : J'ai préféré écouter de loin le groupe, les ayant déjà vus en live pas mal de fois. Il faut avouer qu'en n'ayant que le son et pas le visuel, le groupe sonne encore plus (qu'il ne l'était déjà) comme un groupe très adolescent et sensible. Si l'idée ne me gêne pas – et je serais mal placée pour émettre un jugement vu mes goûts musicaux – je trouve que HFTS ne se bonifie pas avec le temps.

Un album comme III: Trauma avait encore une certaine force, et une sincérité très brute qui était attachante. Je trouve Arson moins direct et assez superficiel. Je n'y ressens vraiment pas les émotions qu'ils sont censés véhiculer et réussir à m'émouvoir, et ce jour-là, le son un peu lointain lisse encore plus leurs morceaux qui sont déjà extrêmement cotonneux. A voir si le prochain album sera plus percutant...

 

Anaal Nathrakh

Dolorès : Alors j'ai dû louper beaucoup de trucs, parce que moi je suis un peu restée à la période The Codex Necro (oui, 2001, je sais). Autant dire que je suis perdue devant le live d'Anaal Nathrakh, qui est sympa mais pas mémorable de mon point de vue. D'un côté, leur musique est bien plus moderne et accessible (ce chant clair ?!) mais aussi moins chaotique que ce que je connaissais du groupe. De l'autre, il y a beaucoup de vent et le son est donc extrêmement changeant. Difficile de rentrer dedans mais je suis contente d'avoir été surprise par ce qu'ils sont devenus !

 

GazaG : Moment très spécial car c’est une première avec Anaal Nathrakh. Qui dit première, dit grosse attente. Sans spoil de setlist qui puis est. La question est donc de savoir quelle sera la répartition entre le nouveau matos, meh, et l’espace occupé par The Codex Necro et In the Constellation of the Black Widow, aka la chair et le sang du Christ, et tous ses fils entre les deux.

Pas de teasing, c'est un tiers pour le vieux suff, deux tiers pour le récent, rien pour The Codex Necro. Sur le papier, le concert est mal embarqué. Et pourtant, Forward! fait super mal en live. Forcing Towards the Sunset, dans quel monde cette piste fonctionne ? Peut-être après les deux coups de batte successifs nommés In The Constellation et Between Shit And Piss. Pourtant, les conditions de live ne sont pas en la faveur des Britanniques. Crachat soutenu en provenance de nuages menaçants, vent, balances franchement pourries, volume trop fort, Vitriol qui assure mais sans être étincelant non plus ; et pour couronner le tout, un guitariste qui s’est pété le genou peu de temps avant le concert et qui n’a pas pu accompagner ses collègues.

 

Passage en salle obligé après ça. Car il parait difficile de rassembler des conditions pires que celles présentes à ce Motocultor. De ces concerts appréciés, mais pas intégralement assimilés. Paradoxe entre ce qui est objectivement délivré et ce qui est subjectivement ressenti. Anaal Nathrakh propose un set de la dégustation, mais qui demande un travail curatif pour en atteindre le coeur fondant et succulent. Une fois les épluchures mises de côté, il ne reste que du vide, et tous les démons sont là.

 

Sólstafir

Dolorès : Dans le genre déception... Il faut savoir que j'étais (et suis toujours) une immense fan de la musique de Sólstafir, en tout cas jusqu'à Svartir Sandar inclus. Les deux suivants comportent quelques bons titres mais, globalement, la qualité n'est plus autant au rendez-vous ! Si j'appréciais encore le groupe en live, même sur les nouveaux morceaux, c'est aujourd'hui le concert de trop.

Aðalbjörn continue, année après année, à tenir une attitude de diva-rock star sur scène, ce qui était encore plus ou moins compréhensible quand celui-ci avait encore autant de talent que de charisme. Malheureusement, est-ce parce que ce jour-là ne lui était pas favorable ou parce qu'il se fait vieux ? Mais il ne tient plus le coup ! Son chant est souvent faux, sa voix manque de puissance, il ne peut plus monter dans les aigus... En live, c'est désormais d'autres musiciens qui assurent les parties vocales aiguës, comme le claviériste et artiste Ragnar Ólafsson qui les accompagne parfois. Ce jour-là, ma mémoire me joue peut-être des tours et je ne voyais pas grand chose à cause du gros poteau du chapiteau devant moi, mais j'ai l'impression qu'il s'agissait d'un remplaçant du bassiste habituel qui jouait et chantait également ! Si sa voix était impressionnante, le frontman de Sólstafir paraît bien ridicule à côté. Je ne resterai finalement que sur la première partie du set, histoire de voir Köld et Fjara, et en ayant vu bien assez du concert.

 

 

 

Decapitated

GazaG : Plusieurs fois ratés, découverts un peu tard, et pas sur la bonne période, Decapitated se présente au Motocultor en 2019. Contrairement à Anaal Nathrakh, les attentes sont dorénavant assez faibles. Les Polonais se sont éloignés de leur sujet de base, le Tech Death burné, juste après le sommet Organic Hallucinosis, juste après que le groupe ne change de face.

Malheureusement, et bien évidemment qu’il soit ok pour le groupe de décider de tracer sa route dans une direction différente, mais également que ce dernier soit en contrôle total de sa setlist (il est important de noter que les artistes ne nous doivent rien), malheureusement, c’est du Death & Roll linéaire qui nous est servi sur la première grosse tranche du concert. Le fait que les compositions n’aient pas de grande identité mais que néanmoins le set dispose d’un son convenable offre un parallèle avec le McDo. C’est pas très bon, ça a un goût chimique (la double grosse caisse) mais dans les moments critiques, ça fait le café.

Plusieurs mouvements de foule permettent de ne pas somnoler, comme un circle pit qui fait le tour de la régie, mais le coeur n’y est pas. Position debout à jouer sur les hanches, en attendant les morceaux qui vont bien, sans y mettre beaucoup d’espoir. C’est en vérité les spectateurs qui vont définitivement sauver le concert, avec une session de rugby improvisée juste derrière la tente de la régie. Le ballon est fait de paille et de boue. Deux équipes, un arbitre au milieu, et une corne de brume pour compter les points ; il n’en fallait pas plus pour séduire une partie de la fosse, consternée devant ce spectacle QI 0 - humour 1000. L’attention est portée sur le match plutôt que sur les musiciens qui jouent, indubitablement.

Accolades très Pierre de Coubertin, puis les crampons sont rangés au vestiaire. Les amoureux de l’ovalie retournent à leur concert. La fin est à présent toute proche. Tel un McFlurry gratuit que ton pote a commandé sans le vouloir et qui te tombe sous le nez avec les M&Ms concassés et cette odeur de sucré, Decapitated soulève la cloche et révèle Winds Of Creation, comme pour dire en fait on déconnait voilà ce qu’on fait. La collation sera expéditive puisque le groupe décampe juste après, mais cette conclusion est imprimée de la marque électrique du flirt. Un concert mémorable, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons.

 

 

Mgła

Dolorès : Je me décide à aller voir Mgła, bien que sous la pluie, car il est assez frustrant de rester à ne rien faire à l'abri alors qu'un excellent groupe joue, et que je n'avais pas spécialement envie de revoir Eyehategod qui jouait sur le même horaire mais sous un chapiteau.

Finalement, la pluie se calme et je suis bien heureuse d'être là : après les avoir vus au moins 4 ou 5 fois en live (voire plus ?), je trouve toujours leur prestation incroyable. Certes, je suis loin, et certes le son est excellent mais si bien qu'il donne l'impression d'écouter le CD à un volume très élevé... Certains n'apprécient pas le groupe en live pour ces raisons. De plus, leur attitude scénique très limitée et statique ainsi que le port de la cagoule n'aide pas à leur donner une certaine humanité. Mais c'est justement cette facette que j'apprécie, d'un groupe d'individus indiscernables les uns des autres, au service de leur instrument et d'une cohérence d'ensemble. Leurs compositions (dont quelques nouveaux titres du nouvel album en avant-première à ce moment-là) ainsi que leur talent leur permet d'envoyer une immense puissance en concert. Cela nous permet d'apprécier leur technique (ce batteur !) et l'émotion qui se dégage de leurs titres sans s'attarder sur les personnages en eux-mêmes.

 

 

Korpiklaani

 

 

 

 

Dimanche - 4ème jour

Beheaded

GazaG Ils ne sont pas nombreux, les festivaliers s’étant déplacés pour Beheaded. Pourtant, la prestation des Maltais n’a pas à rougir. Le chanteur lui-même se félicite de pas être tombé malade suite aux intempéries. Bien en voix, il décrasse les esgourdes. Le groupe déborde d’énergie sur scène, et présente un petit-déjeuné protéiné, qui s’engloutit avec autant de ferveur qu’un Nicky Larson devant un bol de riz.

  

Musicalement ça coince un peu, avec des cymbales muettes et des solos parfois malvenus. Egalement, notons une communication quelconque, en paradoxe avec le jeu de scène dynamique. Mais les breaks abrupts façon fracture de kung-fu, combinés à la puissance des mecs et le tout bonifié par les nombreux circle pits contrebalancent les défauts. L’état des lieux de sortie est convenable. Un groupe assez rare dans nos contrées, ce qui génère tout de même des regrets. La prochaine entrevue est à surveiller avec une attention toute particulière.

 

Vampillia

Dolorès Vampillia, c'est l'un des projets du chanteur japonais Mongoloid qui officie également dans VMO (qui est apparemment un groupe encore davantage étrange et violent). Au milieu des nombreux musiciens qui constituent le groupe, avec une formation metal habituelle s'ajoutant à la présence d'une violoniste et d'une pianiste notamment, le chanteur est immédiatement remarquable. Son attitude est très particulière, n'hésitant pas à se mettre des poings tout seul, à adopter des expressions faciales extrêmement marquées ou à agir de manière tout à fait improbable pour ce qu'on a l'habitude de voir. Avant même le début du concert, j'ai commencé à halluciner de voir un mec monter l'un des gros poteaux du chapiteau, jusqu'à ce que je réalise qu'aucun mec de la sécurité ne disait rien. Je suppose alors que c'est lui qui grimpe pieds nus comme un animal pour saluer la foule et sonner l'heure de début du spectacle.

 

 

Musicalement, j'ai directement senti que l'ensemble me plairait quand une intro plutôt néoclassique s'élance. Au fur et à mesure, les instruments classiques sont suivis des sons de distorsion des autres et des cris du chanteur qui aura eu l'occasion de nous montrer un large panel de ce que ses cordes vocales sont capables de produire. On touche au Black Metal mais aussi au Post-Rock, et à bien d'autres styles. Globalement, j'ai l'impression d'entendre un impact immédiat entre Alcest, Mono et Mutyumu ! Mais le mélange est extrêmement plaisant, en tout cas lorsqu'on aime les émotions rendues par la musique à la manière japonaise, très poétique et sincère, et leur côté what the fuck complètement assumé. Si on se laisse porter, sans préjugé, le voyage en vaut largement la chandelle.

Je savais que le groupe japonais avait tourné avec Alcest, mais pas que Neige serait également présent sur scène en cette belle journée (enfin) pour quelques vocalises. Et ce sur plusieurs titres d'ailleurs, le temps d'apposer son chant hurlé et son chant clair, bien que celui-ci ne s'entende pas toujours très bien lorsque les instruments sont présents. Mais il faut dire que leurs univers se mêlent à merveille et que la collaboration semble couler de source.

Un groupe que je serais extrêmement heureuse de revoir en concert, et l'un des meilleurs du weekend.

 

 

Midnight

Dolorès : L'un des groupes que j'attendais le plus était Midnight. Les Américains m'avaient bien marquée au Metal Méan en 2015, il était indispensable pour moi de les revoir. Je ne me souvenais toutefois pas vraiment de leur jeu de scène très « rock n' roll » qui m'a beaucoup fait rire, tant dans l'attitude trve evil pendant la prestation du trio que dans celle de mecs qui ont l'air hyper sympas à la fin du concert.

Je ne m'attendais par contre pas à ce que le public soit si calme ! Certes, on est dimanche, tout le monde est fatigué et le grand soleil qui plane au-dessus de la petite scène était attendu mais n'aide pas à trouver de l'énergie. A part un petit pit aux abords des barrières, le public est bien tranquille et ne semble pas tout à fait connaisseur des titres (que dis-je, des tubes) de Midnight. Dans le genre poing levé, on est pas mal : « Satanic Royalty », « You Can't Stop Steel », « Violence on Violence », « Evil Like A Knife », entre autres. Il y a du refrain à scander !

Mais le fait que le public suive moins le mouvement que dans un festival plus spécialisé n'aide pas à rentrer entièrement dedans. Mention spéciale au mec qui a failli mourir toutefois, parce que le chanteur de Midnight a décidé de lui offrir un drapeau du groupe et que les gens autour de lui ont commencé à tirer dessus, étouffant littéralement la gorge du pauvre garçon. Mais c'est le danger du rock n' roll !

 

Incantation

GazaG Prochain groupe à la pesée s’il vous plait. Bonjour, alors hum. In-can-tation ? C’est vous ? Très bien. Montez sur la balance, là. Vous attendez que l’aiguille se stabilise pour m’appeler. C’est bon ? Alors j’arrive. Hum ho. Ça semble assez clair. Descendez, mettez vous face à moi, voilà. Cher Incantation, vous êtes le groupe le plus lourd du festival, félicitations. C’est bon pour moi, n’oubliez-pas les petits gâteaux et les briques de jus de fruit en sortant. Au revoir, bon festival.

Un son archi-massif. Des instruments bien balancés. Des zikos qui s’arrachent, entre les jeunes fous et les vieux qui assurent. Ce concert est la définition d’une bonne fatigue. Le tremolo picking couplé aux riffs lourds creuse des cratères de fusil à pompe. Et avec les bonnes transitions, c’est un double oui. Vieux machin qui prend la poussière ou morceau récent et croustillant, tout a du goût et se déguste. Deliverance of Horrific Prophecies et Rites Of The Locust résument assez bien la situation.

Même si le coeur se dirige davantage vers un riffing rapide plutôt que vers des coups d’assommoirs, bheum, bheum, force est de constater qu’Incantation est un incontournable de cette journée. Les plats s’enchaînent sans temps mort. Pas de parlotte inutile ou de sortie de scène pour se passer une serviette comme Nadal. Une des meilleurs incarnation du Death Metal de ce Motocultor.

L’affluence est malheureusement assez faible. Les absents ont toujours tort ; les présents peuvent se masser le ventre, bien tendu suite à cette ripaille étoilée. On aurait bien repris une dernière part de dessert. Une des prestations les plus denses et éreintantes, un des sets les plus sincères et organiques.

 

 

Ufomammut

Dolorès : Que dire sur Ufomammut ? A chaque fois, j'ai tendance à oublier que si le Stoner Doom m'ennuie, Ufomammut est l'exception qui confirme la règle, surtout en live. Je n'écoute d'ailleurs jamais les albums des Italiens, mais les voir en concert est toujours une claque monstrueuse. Il fait encore jour : les paupières closes sont de mises, et même en n'étant consommatrice d'aucune substance, me voilà partie bien loin. Le son est incroyable, leur prestance est sobre mais majestueuse lors des rares fois où j'ouvre les yeux (et peut-être bien des projections sur scène, à moins que ce ne soit ce que je voyais dans l'obscurité de ma bulle ?). A retourner voir en salle, ou au moins de nuit, la prochaine fois !

 

Aborted

GazaG : Après le Super Size Me d’Incantation, place à la vitesse d’Aborted. Tout déçu part le public germanique lors de la première partie de leur tournée, la bande à Sven est à présent heureuse face à une audience française. L’énorme backdrop de Terrorvision, accompagné de décorations allant du squelette de chair dans une cuve, à des têtes de zombars sur des pics fait son petit effet. Par deux fois les membres du groupe se placent sur des petits marche-pieds, où d’un coup FFSHHH une grosse fumée leur passe à travers de bas en haut, habile. Il est évident que cela n’a aucun impact sur l’appréciation du concert. D’ailleurs, si le visuel avait une quelconque importance dans la scène Metal, ça se saurait.

Aborted en a gros sur la patate et ne s’arrête jamais. Les seuls moment de pseudo répit sont à gratter lors des solos de guitares. Pour le reste, la fosse est mise à rude épreuve. Pour canaliser tout ce Death Metal, les spectateurs sont invités à courir autour de la régie ou à faire des batailles de terre, tout en se collisionnant de manière frontale, affichant une béatitude enivrante. Même si les nouvelles pièces de Terrorvision n’apportent pas de nouveauté archi-probante, elles tiennent leur rangs en live au côté d’un Goremaggedon, trucidé avec félicité en fin de concert.

Sven a toujours cette attitude du mec au bout de son souffle et globalement au bout de sa vie, mais qui au final couche tout le monde à la fin du show. En contraste, le batteur est studieux, exécute ses parties démentielles dans le plus grand des calmes, consternant quiconque porte attention à son jeu. Quelques bémols cependant : des guitares un peu écrasées, et une basse qui tape souvent son genou par le dessous de la table, faisant sursauter la nappe, les plats et les couverts, polluant l’écoute occasionnellement. Pour le reste, yummy. Contents d’être venus les Belges ? Nous aussi.

 

 

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Primordial

Dolorès : On peut être honnête une minute et dire qu'il s'agit de mon groupe favori. Mais également de l'un des moins bons concerts que j'aie vu des Irlandais. Si les membres sont toujours aussi talentueux, le show est continuellement le même, avec une setlist de moins en moins intéressante. Le concert est relativement vite expédié, et il manque de certains titres phares ou même de nouveauté !

L'ouverture sur « Where Greater Men Have Fallen » est toujours sympathique mais pourrait être revue (j'avais tendance à préférer « Nail Their Tongues » pour ce rôle). Les choix sont discutables pour les fans : choisir « Lain With The Wolf » plutôt que « Bloodied Yet Unbound » qui est un tube éternel, terminer comme d'habitude sur « Empire Falls »... Même pas un « As Rome Burns », ni un « The Coffin Ships », quitte à ne jouer que des morceaux habituels ! Je suis toujours extrêmement heureuse d'entendre « No Grave Deep Enough » mais ce set manque définitivement de morceaux plus épiques et puissants de la discographie de Primordial lorsqu'on les a déjà vus en live.

Un rappel était-il prévu ? Six morceaux semblent trop peu pour 50 minutes de concert, qui semblent elles-même trop peu pour un groupe de la trempe de Primordial.

  

 

 

Hatebreed

GazaG : Le groupe de Hardcore préféré des non-fans de Hardcore ouvre pour Carpenter Brut ! Et les Américains viennent avec un plan on ne peut plus clair : fêter leur 25 ans d’existence. Mais pas avec le sample de Kiss diffusé avant de monter sur scène non ; plus avec l’ensemble de leur discographie. Ils balayent ainsi d’un revers de main le principal défaut de leur lives, la lassitude passée le premier quart d’heure. Même si quelques flottements se font sentir de ci de là, le concert de ce soir est la prestation la plus colorée du groupe à ce jour.

   

Pose de cerveau impérative, mets ton short, et pense aux étirements avant et après l’effort. Hatebreed te renvoie à la salle de sport, huss huss, et ça commence avec une chiotte entière de festival, tu sais, le box cubique. Il débarque de nulle part au dessus du public, et commence un slam épique, balloté au gré des courants jusqu’aux crash barrières. Puis viennent les drops toujours à la limite de l’hernie discale, qu’il faut assumer en essayant en même temps de suivre les oscillation du micro d’un Jamey Jasta sur ressorts. Chacun de ses appels est reçu comme un mantra par une foule qui lui mange les phalanges jusqu’à l’os. Un concert de petite attente qui se relève grandement plaisant, et permet de s’échauffer pour le boss final juste derrière.

 

Carpenter Brut

Dolorès : Bien que j'adore Napalm Death, il est difficile de résister à l'appel du dancefloor une fois la nuit tombée. Rien de nouveau ni d'incroyable si ce n'est que le groupe est toujours excellent en concert et remplit le contrat. Tout le monde danse, tout le monde chante (« Beware The Beast » et « Maniac » sont des morceaux parfaits pour cela), et cette fois le son est assez bon pour qu'on entende toutes les mélodies des titres ! Tout y passe : « Roller Mobster »,  « Disco Zombi Italia »,  « Turbo Killer »,  « Le Perv »... Déjà vu, revu ce jour-là, et à revoir.

 

GazaG : Après ces quatre jours dignes d’un album d’Excalibur, force est de constater que le Motocultor Festival est généreux, mais peu fiable. Généreux de par sa programmation, très variée, surprenante et qui stimule la curiosité. La circulation sur le site est aisée, permettant de changer d’ambiance facilement sans percuter quelqu’un tous les deux mètres. Le son était plutôt bon contre toute attente, et ce même sous les chapiteaux. Le camping est à côté, et même si vous êtes un peu plus loin avec votre camion, pas besoin de brûler trois concerts en sacrifice pour faire un aller-retour. L’ambiance y est très festive et détendue, invitant à faire escale dans des ports introuvables de lendemain.

Après, c’était quand même la galère sur pas mal d’aspects. Seront ici affichés les problèmes du festival, sans y apporter une solution. C’est la limite de la constatation, qui ne sera pas franchie. Douille neumber ouane : les files d’attente. Calvaire total pour les entrées et sorties de campings, avec des fouilles studieuses qui finissent en All Access faute de personnel pour gérer ces serpents humains qui s’allongent à une vitesse alarmante. Seconde douille, la gestion de la météo. Certes, personne ne contrôle la foudre, mais les champs de boue ne sont plaisants pour personne, même si beaucoup de mottes de paille seront utilisées comme le sel sur les routes gelées. Du coup les gens assistent à des concert qui ne les branchent même pas, bien obligés de s’assoir quelque part ou de s’abriter quand des vaches tombent du ciel. Troisième douille : il manque des bars, il manque des chiottes. Pour les filles, éviter les queues pour pisser revient à jouer au paris sportifs. La bouffe est bonne mais on vous renvoie à la douille numéro une. Les festivaliers sans smart-phone ont dû faire les deux premiers jours sans running-order. Enfin, dans l’arrière boutique, les bénévoles étaient remontés, certains ont carrément jeté l’éponge en cours de fest, occasionnant en autre des fermetures de bars. Cet ensemble fait que le festival semble fragile. Au vu de la jauge pratiquée, il tombe dans les travers de l’amateurisme alors qu’il devrait tendre vers l’expérimenté. Ha et la 8.6 c’est pas bon et c’est cher.

Une fois ces défauts exposés, le lecteur pourrait penser que le festival était un calvaire, ambiance John Rambo dans les bois. Il convient d’en relativiser les effets et d’avorter cette hypothèse. Les deux grandes missions sont remplies, à savoir assister à de bons concerts et faire la fête entre potes. Suite à la tempête, tout aurait pu s’arrêter, mais l’essentiel a tenu le coup. Pas d’annulations, pas de retards significatifs. Restent des souvenirs et de bonnes anecdotes. Enfin, il convient de remercier les organisateurs, qui doivent à présent se gratter le haut du crâne. On leur souhaite une réflexion féconde, avec bienveillance. Motocultor 2019, t’as pas rigolé.


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Crédits :
Textes par l'équipe Horns Up.
Crédits photos : GazaG