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jeudi 15 août 2019 - Dolorès

Motocultor 2019 J1 & J2

Site de Kerboulard - Saint-Nolff

Dolorès

Non.

Dolorès : Après deux années d'absence, me voici de retour à Saint-Nolff sur le site du Motocultor. Présente depuis 2012, j'avais finalement laissé tomber les éditions 2017 et 2018 qui me plaisaient moins, et préféré m'attarder sur d'autres festivals. Mais comme sous l'effet d'un étrange attachement, on ne quitte jamais réellement la spirale du Motocultor... Quelques artistes, l'espoir que certains points aient évolué dans un sens positif, et la promesse de bonne compagnie pendant quatre jours auront eu raison de moi lors de cette édition 2019.

Jeudi - 1er jour

Dolorès : Il est impensable pour moi de louper le premier jour des festivités, ce jeudi « warm up », « spécial » ou encore « celtique » selon ses différentes appellations. En effet, le festival se dote cette année d'un véritable quatrième jour de festival, un peu comme le Hellfest cette année ou bien d'autres festivals qui, sachant que la plupart des personnes arrivent la veille, choisissent de faire de cette veille un événement à part entière. Par ailleurs, ce jour-ci a sans doute eu l'avantage de drainer une bonne partie du public breton qui n'aurait peut-être jamais mis les pieds sur le site du Motocultor dans d'autres circonstances !

Entre le hasard et le festival, il faut avouer que l'organisation de ce premier jour aura mis du temps à rentrer dans l'ordre. Je souhaitais absolument voir Corvus Corax en live, déjà triste à l'idée de les voir avancer leur horaire en échangeant avec Stille Volk. Malheureusement, à 17h20 je venais à peine de faire le tour de Vannes pour trouver un supermarché ouvert (15 août, certes, mais tout de même !). Et je me retrouve à présent bloquée dans d'énormes bouchons proches du festival : un accident bloque la route principale qui amène aux parkings du Motocultor, et ce n'est qu'une fois devant l'entrée de la route en question que des policiers sont postés pour expliquer avec la plus grande lenteur et beaucoup de confusion, visiblement, qu'il faut faire un énorme détour. Il aurait été judicieux d'afficher des panneaux bien en amont plutôt que de laisser tous les festivaliers bloqués à l'arrêt...

Une fois devant le site, il n'est pas difficile d'obtenir son bracelet, mais c'est la file pour entrer sur le camping qui est immense ! Un souci qui, je crois, n'a jamais réellement été amélioré au fil des années car les files d'attente de ce type (entrée sur le camping le premier jour, entrée sur le festival le vendredi...) ont toujours été un véritable souci pour l'expérience du festivalier.

Ne souhaitant pas manquer plus de la soirée du jeudi, je laisse mes affaires aux personnes qui m'accompagnent et file directement voir les concerts !

N'aimant ni Eluveitie ni Stille Volk, ma soirée du jeudi se limite à deux groupes. J'aurai malheureusement loupé les animations du village médiéval ce jour-là, mais pour être passée parmi les stands d'artisans ultérieurement, il y avait de bien belles choses et ça diversifie les stands distro/label habituels.

 

Corvus Corax

GazaG : Début de la journée biniou kozh. Plantée dans le rocher, l’épée Excalibur se dresse à gauche de la scène, en attendant son heure. Pour l’instant, Corvus Corax révise sa tuyauterie, sur un créneau de chauffeur de salle. La tente est déjà bien remplie vu l’heure pratiquée, mais aussi en prenant compte des difficultés pour accéder au le site. Les flûtes et les percussions craquent le silence, les musiciens se présentent, et gonflent les poches à air. Corvus Corax bénéficie d’un très bon son dès le début, tant sur le volume que sur les réglages. Les costumes et les décorations scéniques impressionnent par les détails et les couleurs, même si une caution historique serait nécessaire pour vérifier la fidélité des accoutrements.

Le groupe se révèle bien plus détendu que lors de leur passage à un des derniers Hellfest, où leur prestation semblait formatée sous Altar/Temple. Ici, il est difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour les Allemands, dans ce contexte plus intimiste. Entre les morceaux, le front-man consulte une feuille bourée de mémos en Français : bel effort de communication. Les Hollywoods (classique cacophonie d’instruments en fin de morceau) et autres chorégraphies montrent un groupe complice et heureux. Mention spéciale au bassiste en fond de scène plein de flegme et de maîtrise, qui impose son charisme quand il rend visite aux premiers rangs.

 

La principale crainte émerge en milieu de set : l’ennui. S’il est divertissant dans le premier quart-d’heure, Corvus Corax peut devenir monotone sur la durée : base rythmique sans latitude, gimmicks usés, setlist homogène. L’ennui redouté sera en réalité une petite frappe. Il apparait subrepticement, mais avec des variations dans les instruments (des râpes à fromage, des tambourins) et une setlist plus variée, le bateau reste à flot. Le concert se termine dans l’étonnement de ne pas avoir flâné ailleurs. Félicitations aux Allemands. Le mauvais côté de l’affaire, c’est le gavage de cornemuse pour au moins 15 jours qui en résulte, alors que la journée vient tout juste de débuter.

 

Stille Volk

  

 

Alan Stivell

Dolorès : Heureusement, je vois une bonne partie du concert d'Alan Stivell. Légende de la musique celtique, entre tradition et renouveau, puisant dans des influences du monde entier et des musiques les plus modernes, je n'ai pourtant jamais eu l'occasion de voir Alan Stivell avant ce jour. Qu'il est agréable d'entendre certains de ses titres phares : « Brian Boru », « Suite Sudarmoricaine », « Tri Martolod », « Pop Plinn » ou encore l'hymne breton « Bro Gozh Ma Zadoù »...

 

 

Il faut avouer que même si Alan Stivell est toujours un excellent harpiste et chanteur, entre autres instruments, et que ses musiciens sont tout aussi talentueux, certains arrangements récents comme celui concernant « Son Ar Chistr » sonnent un peu trop « rock de quinquagénaire » quand une partie du public apprécie justement l'aspect plus folk, authentique et simple de ce type de musique ! Pas convaincue à 100% mais contente d'avoir vu la légende.

 

Excalibur

Dolorès : L'annonce de la tête d'affiche de ce jeudi soir en a étonné plus d'un. Sous le nom « Excalibur », beaucoup imaginaient un spectacle kitsch, grandiloquent et cheap. En réalité, ceux qui connaissent le travail d'Alan Simon le savent capable de créer des pièces musicales d'une extrême beauté ! Et quand on voyait le line-up du spectacle Excalibur, il y avait de quoi s'enflammer. En tout cas pour les fans du folk/rock/prog 60s et 70s ou encore des figures plus récentes de la musique celtique !

  

Il ne fallait bien sûr pas se fier au titre « opéra rock » donné à ce spectacle, bien que certains titres en aient l'allure et s'adressent largement au grand public. Au fil des titres, se côtoient des artistes de grande renommée : Jacqui McShee, chanteuse emblématique du groupe culte Pentangle, ou encore Dan Ar Braz, des membres de Jethro Tull, King Crimson, Fleetwood Mac, Supertramp, Fairport Convention, et Ange (qui jouera le même weekend).

Excalibur - 20th birthday show & Excalibur : The Origins monopolisent bien la soirée du jeudi par leur durée, contenant donc le troisième volet « The Origins » mais également un show spécial mêlant de nombreux titres empruntés des divers spectacles d'Alan Simon. Je serai extrêmement heureuse d'entendre la voix live de Jacqui Mc Shee par exemple, mais également d'entendre l'excellente Siobhan Owen que je suis depuis plusieurs années, une harpiste et chanteuse australienne talentueuse qui a participé au spectacle Tristan et Yseult. Son titre sera suivi d'un autre de Dana, harpiste également mais d'origine française et ayant participé à The Voice, qui chantera la poignante chanson du spectacle des Chouans. Il ne manquait plus que Cécile Corbel pour interpréter quelques titres du spectacle Anne de Bretagne et vous auriez pu me voir pleurer !

Et il vous faut imaginer que tout ce beau monde a joué aux côtés d'un orchestre sur scène ! Une scène parfois bien remplie entre tous les musiciens invités, l'orchestre, et parfois le bagad d'Elven (tant qu'on y est), une ballerine ou encore les danseuses et danseurs de Nantes Irish Dance !

RDV le lendemain pour le premier jour plus traditionnel du festival.

GazaG : C’est l’heure du clou du spectacle ! L’extension au centre de la scène qui forme la lame d’un glaive va enfin être utilisée. Accès interdit aux photographes : de la pyrotechnie est prévue. Alors qu’on s’attend  à un embrasement, le concert préfère débuter par un speech concernant l’anniversaire de l’opéra, merci à tous, non, merci à toi, mais non c’est toi qu’es trop sympa, il serait peut-être temps de laisser parler la setlist. Puis les musiciens (qui faisaient les piquets de grève pendant tout ce temps) se mettent à l’unisson, la lame de l’épée s’enflamme à ses extrémités, pour un rendu sympathique, sans être des plus extraordinaires. Alan Simon est à la guitare acoustique, avec à côté de lui un de ses potes chanteurs sorti tout droit de Conan le barbare. Tout au bout de l’extension de scène, sur la pointe de l’épée, ils envoient la sauce, au milieu de la foule façon Beyoncé au Superbowl. La ressemblance est d'autant plus frappante quand on ajoute le prompteur au pied des deux artistes, au cas où tu ripes sur les paroles. En fond de scène, ça semble s’exciter aussi, mais comme cette dernière est très haute, il faut battre en retraite au fond pour avoir une vue d'ensemble de l'opéra.

Le nombre de personnes sur scène est impressionnant : Déjà musicalement, la panoplie orchestrale classique prend de la place, mais en ajoutant des instruments traditionnels (pouets pouets, percussions), plus le matos rock du type multiples guitares, grosse batterie, on est sur la taille d’un régiment. Ajoutez à cela un gros sac rempli de guests, principalement au chant, et enfin, en chantilly, des danseurs et des danseuses pour illustrer les titres. Une fois, ils étaient tellement sur scène, on se serait cru à la fin d’un concert de Suicidal Tendencies, où le groupe invite le public à monter sur scène.

 

Visuellement, le job est rempli. Musicalement, c’est en dents de scie. Le premier quart d’heure est épique version pourfendeur de dragon. Ensuite, viennent des compositions toujours épiques mais plus calmes, malédiction et abnégation. Puis vient une chanson traditionnelle, avec danseurs en tenue d’époque, puis arrive du rock abrasif, avec un solo de guitare bien vénère, puis une reprise émouvante de King Crimson, puis une ballade acoustique, ambiance tabouret guitare sèche, avant un morceau aux sonorités africaines pour laisser bouger son bouli. Ca part dans tous les sens. Impossible de savoir à l’avance à quelle sauce le public sera mangé. Si le concert à le mérite de proposer des couleurs et des émotions variées, opéra oblige, reste qu’Alan Simon semble avoir utilisé un mélangeur aléatoire au moment de constituer la setlist, surtout quand l’émérite compositeur s’autorise de grandes explications entre les morceaux. L’inertie est tuée nette, le concert perd en direction. Mr Simon semble faire du remplissage, ce qui porte sur le second défaut, la longueur du set.

Deux shows sont notés sur le running order (si t’as un smart-phone) Excalibur : les 20 ans, et Excalibur : The Origins. Vingt minutes sont comprises entre les deux sets. A 22h30 on se dit que la première mi-temps fait les prolongations, et c’est le cas. Alan et ses potes jouent en plein milieu de ce qui devrait-être leur pose de vingt minutes. Avec la non-présence de titres issus du premier album, chantés en Français (peut-être joués durant Origins), il n’en fallait pas plus pour engager un abandon sincère d’Excalibur. Une oeuvre visiblement trop massive pour une retrospective condensée, même étalée sur un concert marathon. A moins qu’il ne faille y voir qu’un set anniversaire festif, décalé et foutraque, bien que les moyens déployés invitent à penser le contraire. Peut-être inverser les deux shows aurait était judicieux, conclusion témoin d’une belle occasion manquée.

 

Eluveitie

GazaG : Ne pas être médisant, ne pas être médisant. Si ça se trouve, ça va être bien. Beaucoup d’appréhension et de curiosité avant ce concert d’Eluveitie version 2019. Perdus de vue en 2010 après un Everything Remains as It Never Was qui vaut ce qu'il vaut (sic), les Helvètes sont hors des écrans radar depuis lors, mis à part les deux ou trois singles à chaque nouvelle sortie. Il ne reste que le frontman Chrigel de la période Slania. Pas de doute, le vieux grincheux c’était mieux avant n’est plus très loin.

Distribution des bons points dans un premier temps. Le son n’est pas vilain du tout, surtout en comparaison du nombre de musiciens présents sur scène. Certes, le violon se fait souvent croquer par les flûtes irlandaises, et les grattes méritent un +3, mais rien d’handicapant. Ensuite, la setlist, avec beaucoup de titres qui sont inconnus (donc post Everything). Eluveitie assume son présent sans piller le passé. Sur scène, tout est rodé. Mouvements récurrents, pas de longue coupures tous les quarts d’heure, pas de pains : le professionnalisme. Enfin, le dernier like concerne les breaks. A ce petit jeu-là, le groupe continue d’assurer, en sauvant pas mal de pistes mal engagées. Le pouvoir du break : te faire apprécier le riff qui suit, même s’il est naze.

En contrepartie, force est de constater qu’Eluveitie appuie sur le chant clair. Fausse bonne idée, la chanteuse semble chanter deux octaves plus hautes que son timbre de voix naturel. Elle semble crier et forcer. Avec un peu plus de puissance, la boucle était bouclée. Au sujet des compositions, malheureusement elles n’ont ni queue ni tête, au sens littéral. Au-delà des breaks précédemment loués, l’écriture oscille entre le classique et le mauvais, surtout sur les instruments traditionnels, là où concernant les décibels, le bail était déjà connu. Enfin, le groupe apparaît par moments comme délivrant le service minimum, avec une communication archi stérile à base de moult thank you, et un jeu de scène rigide, voire robotique. Même pas un feat avec Alan sur Inis Mona. Eluveitie en 2019, ça casse pas des briques, mais il fallait la tenter, et le groupe suit sa voie. A dans quelques années.

 

Vendredi - 2ème jour

Dolorès : Autant le dire tout de suite, ce ne fut pas mon meilleur Motocultor. La faute non pas à l'organisation du festival, qui a quand même le mérite de s'être grandement améliorée depuis les premières éditions auxquelles j'ai pu assister ! Le premier point est tout à fait personnel : des soucis de santé rendent le weekend de 4 jours très difficile à tenir, notamment en station debout devant les concerts... Je m'excuse d'ailleurs à ceux qui auraient espéré un report plus complet, avec plus de groupes vus au compteur : il m'était impossible de voir tout ce qui m'intriguait à cause de cela.

Mais il faut dire que la pluie a aussi gâché pas mal de moments qui auraient pu s'avérer bien cool : entre l'incapacité de circuler facilement sur le site, le fait que la troisième scène soit toujours en plein air sans chapiteau tandis que les deux autres sont de véritables immenses abris pour festivaliers... Et finalement aucun autre espace où s'abriter ! Si certains ont accès au VIP pour se poser au sec, les festivaliers n'ont pas vraiment d'équivalent agréable, alors que je me souvenais en 2016 d'au moins une grande tonnelle d'aire de restauration assise, qui avait bien aidé pendant quelques grosses averses.

Mais ce weekend-là, ce ne sera pas juste quelques averses, mais bien plusieurs journées presque complètes de pluie, rendant le site boueux au possible malgré la paille ajoutée pendant les instants d'accalmie, rendant les gens assez irritables, les bénévoles à bout de force pour certains, et même les artistes trempés ! Oui, quelle idée d'avoir mis tous les groupes de Black Metal sur la petite scène du fond : musiciens comme festivaliers amateurs de cette musique passeront le weekend trempés, avec un son assez discutable dû au vent assez fort qui soufflait tout le weekend. On peut au moins dire que les soirées étaient globalement plus calmes, le temps ne poussant pas à déambuler sur le camping une fois les concerts terminés.

Cette année, les points forts sont le côté pratique de la cashless (je n'aurais pas imaginé combien de jetons perdus dans la boue sinon), ainsi que l'augmentation du nombre de toilettes et leur relative propreté tout au long du weekend. Mais aussi les stands de restauration ! Plus de choix au stand officiel du Motocultor avec notamment un plat du jour et des burgers vegan (parce qu'on est beaucoup à aimer manger des légumes en festival ou au quotidien, oui), un foodtruck sur l'espace VIP (délicieux), et des foodtrucks sur le site du festival avec libanais & spätzle notamment. Et un stand de pizza sur le camping que je n'aurai pas eu le temps de tester. Malheureusement, l'attente était encore une fois énorme (manque de bénévoles ? pas assez de foodtrucks ?) et il ne restait plus grand chose le dimanche soir... Même souci au stand « petit dej » du matin, sur le camping, un souci pointé du doigt depuis bien longtemps : une attente interminable pour avoir un café (heureux et heureuses soient les buveurs et buveuses de thé) et plus rien à manger à partir d'une certaine heure. Encore une fois, la question de la gestion des bénévoles et de leur manque, bénévoles qui peinent à rester fidèles au festival année après année, se pose !

La grande surprise pour tout le monde était le partenariat assumé avec 8.6, la fameuse bière qui n'est pas réputée pour son goût... Mais la brasserie Bavaria tente de réinvestir certains milieux et l'étape du Motocultor n'était donc pas étonnante. Finalement, ça reste une bière à plus de 8% à la pression donc le prix suit, et il restait la « Motok » (une pils à 4,8% pas immonde), ainsi que du vin et du cidre. Les amateurs de bière resteront quand même déçus et c'est normal : interdiction du verre sur le camping et peu de choix au bar (alors qu'il me semble avoir déjà vu de l'ambrée ou de la blanche par le passé aux bars du Motocultor).

Oaks Crown

 

 

Mars Red Sky

Dolorès : Les Français n'auront pas tente comble pour le premier concert du vendredi. Pourtant, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas appréciés, mais bien parce que la file d'attente pour entrer sur le festival est immense ! Je n'ose pas imaginer combien de temps certains ont dû attendre pour pouvoir entrer, comme la veille pour accéder au camping.

Toujours est-il que le site est bien tranquille pour Mars Red Sky, qui ont sans doute préféré jouer sur la Campstage dans le camping la veille au soir (eh oui ils étaient bien programmés deux fois!) devant un public plus dynamique (et sans doute plus alcoolisé). Je dois avouer que le son est plutôt bon et que ça joue bien, mais le Stoner / Psyché n'est définitivement pas pour moi.

Extermination Dismemberment

GazaG : Début de cette journée de vendredi devant une Supositor clairsemée. Les Biélorusses d’Extermination Dismemberment viennent servir le petit déj’ avec un bol de céréales 100% Slam. Les drops de basse et les guitares archi compactes et rouillées invitent à poser calmement son cerveau et recevoir les tartines envoyées en série, sans temps mort. Le groupe est motivé et se démène sur scène. Le front-man mange son micro, le coude bien haut, la main sur le genou. Les gratteux sortent des visages de mecs pas contents, les jambes fléchies, des hommes-crabes.

  

Le riffing est tout sauf simpliste, avec des passages dans les aigus surprenants, même si l’intérêt s’effrite à mesure que le set s’égrène. Le son, plutôt correct, est néanmoins injuste avec certains instruments, notamment la batterie et ses cymbales, constamment inaudibles. On voit le batteur frapper ses disques métalliques, mais rien ne parvient jusqu’aux oreilles, à moins de chercher le son originel depuis les crash-barrières. Une ouverture correcte et immanquable pour les adaptes du genre, qui n’ont pas attendu le déjeuner pour s’enjailler dans le mosh-pit en ce vendredi midi.

Dolorès Je ne connais toujours rien au Slam Death mais c'était très sympa.

  

 

Mustach

 

 

Au-Dessus

Dolorès : J'écoute les Lituaniens d'une oreille, en bordure du chapiteau de la scène, me disant que je les ai déjà vus deux fois (voire trois ?). Pourtant, j'apprécie tout à fait ce que j'écoute : les petits jeunes ont encore gagné en assurance et en maturité ! A vrai dire, il ne manquait pas grand chose : je me souviens avoir été surprise par leur professionnalisme lors du Fall of Summer 2017, alors qu'ils avaient visuellement l'air d'une bande de petits jeunes qui débutent.

Je ne vois malheureusement par leurs silhouettes sur scène de là où je suis, mais le son est puissant et ça me suffit pour m'immerger dans leurs compositions. Cependant, celles-ci datent déjà de 2017, on attend la suite ! Sinon, le public risque de commencer à se lasser de les voir à l'affiche de nombreux festivals sans apporter de nouveauté... Toutefois, leur page Facebook laisse entendre que le groupe se concentrera justement sur un nouveau chapitre après les festivals de cet été.

 

1000Mods

 

 

Iron Reagan

GazaG : Entre Municipal Waste et Iron Reagan, on choisit les seconds. C’est donc avec une excitation non dissimulée que le cap est mis sur la Supositor Stage. Quand le set de la bande à Tony Foresta débute, America, fuck yeah, les bières sont projetées, visibles dans les airs, provenant du pit. C’est un rafraîchissement bienvenu, dans l’attente de la catastrophe naturelle qui attend le Motocultor. Restez simple, ne cherchez pas de complications. Il s’agit de la première date française de la tournée, les cuves sont remplies raz -la-gueule d’énergie, les guitaristes tournent sur eux-même, sans heurter les cymbales et sans emmêler les jacks.

 

Le pit est sacrément content, la saison des slams est ouverte. Puka puka puis puka puka, ne vous méprenez pas, les variations sont néanmoins présentes, avec une setlist qui semble tirer sans discrimination sur toute la discographie du groupe. Fuck The Neighbours est un moment marquant, mais c’est occulter l’espiègle sucrerie vers la fin du concert : A Skull Full of Maggots de Cannibal Corpse. Enfin, Miserable Failure vient sonner la fin de la récré, pour un set qui se termine dix minutes avant sa fin théorique. Définitivement trop court, on en revient au principal défaut des festivals, les temps de jeu rachitiques. 

  

 

Death Angel

GazaG : Un des meilleurs concert du festival. Death Angel remplit tout toutes les cases en ce vendredi après-midi. Case numéro un, la fosse. Remplie sans être dense, il est aisé de se placer près de la sono pour chopper le meilleur son, puis partir dans le pit faire son cross-fit, et enfin remonter toute la foule pour aider à catapulter un slam depuis les derniers rangs.

  

 

Le son est au rendez-vous, les balances sont quasi-parfaites. La setlist est super variée, avec Humanicide, titre éponyme du dernier disque, joué en dernier : la classe. Les qualités de composition sont toujours présentes, inutile de rappeler que le jeu est clair, précis et affuté, comme un Opinel fraîchement sorti d’atelier. Le pit est vénère tout du long, les breaks joués par les Américains rappellent de l’huile jetée sur le feu, en contrebas. Brasier d’os et de chair que le groupe remerciera fréquemment. Groupe mené par le charismatique Mark Osegueda, cinquante piges et toujours à fond de cale, à base de grands écarts et de regards noirs, accusateurs. La communication est démonstrative, flirtant parfois avec le pastiche, mais sans jamais tomber dans ses travers.

 

A tout concert mémorable ses moments uniques. Ici, c’est le batteur qui se distingue. Visiblement en grande forme, il perce la peau de sa caisse claire, occasionnant un moment de flottement le temps du remplacement. Mark prend le micro et meuble parfaitement cette pause, présentant le lineup et tournant la situation en ridicule. Enfin viennent les lumières, en rythme, toujours dans le ton, en apportant des variations qui accentuent la force de la musique. Mention spéciale au stroboscope, souvent utilisé à outrance, mais ici déclenché par petites touches, comme des frappes chirurgicales difficiles à anticiper. Le formulaire est rempli, aucun faux-pas. Aujourd’hui, Death Angel c’est vingt sur vingt.

 

Tribulation

Dolorès : Comme bien d'autres festivaliers, l'annonce du running order signifie l'annonce des fameux « clash ». J'avais autant envie de voir Tribulation qu'Ange. Je débute donc par la moitié du set de Tribulation, le genre de groupe qui sort le grand jeu entre les artworks sur scène, les costumes à la The Crow et toutes les compos les plus goth de leur discographie. Il manquerait presque une déco kitsch pour rappeler qu'Halloween, c'est pour bientôt.

Bon, déjà il est problématique de faire jouer ce groupe en plein jour sur la scène non couverte. L'immersion est difficile, disons-le. L'attitude des musiciens ne prend pas tout à fait, et l'attitude du public semble confirmer mon impression personnelle. Ensuite, encore et toujours ce vent qui empêchera le son d'être bon pendant tout le weekend sur cette scène isolée. On entend toutefois pas mal la basse, un point indispensable dans une prestation de Tribulation.

Je n'ai pas encore véritablement écouté Down Below, le dernier album sorti en 2018 dont ils tireront la majorité de leur setlist, mais je reconnais des titres de The Children of the Night et j'en suis ravie. Je décide toutefois d'écourter mon passage de ce côté du site pour aller voir Ange !

 

Ange

Dolorès : Je n'étais pas au courant que le projet culte des années 70 avait sorti un album en 2018 (Heureux !). Il n'est donc pas étonnant qu'ils choisissent d'en présenter les titres, mais comme une petite partie du public, je m'attendais à quelques vieux titres. Et ils en ont joué ! Une partie en début de set, lorsque j'étais devant Tribulation avec « Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti sorcier », puis « Ode à Emile ». Aucun titre de l'album Au-Delà du Délire qui est pour moi une merveille absolue qui se portait tout à fait à être joué devant un public « metalleux ».

 

Pourtant, même si les morceaux ne sont pas ceux que j'attendais, la prestation est incroyable ! Christian Décamps est toujours aussi fou et talentueux, et si sa voix a évolué avec le temps, on retrouve toujours ses intonations singulières et identiques. J'imagine l'émotion que peuvent ressentir ceux qui ont écouté Ange dès les années 70, et je pense qu'il y en a dans le public ! Les musiciens sont eux aussi assez dynamiques, et en plus de ça, extrêmement bons. Une affaire de famille, ce groupe, puisque du duo originel des frères Décamps, l'un des deux a cédé sa place à son neveu, Tristan Décamps aux claviers. Une petite touche de fraîcheur, bien qu'Ange ne fasse pas son âge contrairement à d'autres groupes du weekend.

Le temps passe incroyablement vite ! Et c'est déjà le dernier titre, que je n'aurais pas imaginé voir joué ce soir : une interprétation de « Ces Gens-Là » de Jacques Brel. Très émouvante et presque un regret de ne pas avoir rejoint la scène sous chapiteau plus tôt !

 

Hypocrisy

GazaG : Bienvenue dans cette découverte d’Hypocrisy en live. Principalement emballé par le vieux matos moins mélodique des Suédois, Osculum Obscenum en tête, direction les tentes, pour découvrir une scénographie imposante. Batterie rehaussée par un socle métallique bourré de lumières ; amplis protégés par des cages où figure, au centre, le logo du groupe, Hypocrisy met les petits plats dans les grands, mais semble avoir oublié son ingé-son sur l’aire d’autoroute.

 

Les guitares ne sont jamais vraiment audibles. Absentes en début de set, le curseur a beau être monté piste après piste, le compte n’y est pas. Le synthé est trop haut, tout comme la batterie. Ainsi, quand le groupe recherche la lourdeur, la puissance, ces problèmes de balances éclatent au grand jour, et la mayonnaise ne prend pas. La communication est en plastique interchangeable, les choix dans la setlist laissent un goût amer, même en s’y étant préparé. Le concert est en passe de devenir désagréable.

Cependant, avec la ferveur d’une Dave Mustage bien dodue, et la mise en scène atypique, l’honneur est sauf. Les lumières sauvent la mise en mettant parfaitement en relief les décorations atypiques. Roswell 47 réveille les oreilles, pour un concert qui tente sa chance, perd, mais possède des arguments.

  

 

Magma

Dolorès : On continue la soirée « groupes que mes parents écoutaient », après Ange place à Magma. Même si le groupe joue un style musical tout à fait singulier, qu'il a inventé pour ceux qui ne connaîtraient pas l'originalité du projet (avec sa propre langue et ses propres sonorités !), il commence à se faire habituel en festival de metal ou porté par Garmonbozia par exemple. Je connais très peu les albums du groupe, que j'avais véritablement découvert au dernier Fall of Summer en 2017. Sous un déluge digne de l'apocalypse, j'avais tenté de résister en restant devant la performance qui m'a laissé un souvenir mémorable. Mais je n'avais pas réussi à rester le set entier. Cette fois, je suis bien décidée à revoir Magma, en entier et dans de meilleures conditions.

La météo chaotique avait peut-être apporté une dimension supplémentaire au groupe en live, cependant. Je ne retrouve pas exactement le même ressenti aujourd'hui et je mets pas mal de temps à rentrer dans l'atmosphère proposée par le projet culte de Christian Vander. Mais si cela prend du temps, je finirai toutefois dans un état pas si loin de la transe, pas mécontente d'être restée et d'avoir insisté. Il est presque impossible de retranscrire les sonorités ou le ressenti face à Magma par des mots dans un live-report, aussi vous dirai-je de tenter l'expérience par vous-même si vous n'êtes pas encore familier.

 

NOFX

  

 

Turbonegro

Dolorès : C'est presque devenu un genre de running gag entre le chroniqueur Di Sab et moi : je n'aime pas Turbonegro (et lui si). Et ce jour-là, il pleut et tous les amis qui m'accompagnent sur la soirée vont voir Turbonegro. Bon, quel meilleur moment pour me confronter au groupe, que je n'ai encore jamais vu en live, et peut-être réviser mon jugement ?

Je ne pensais pas si bien dire, c'était carrément fun. Les tubes rendent très bien en live, leur attitude scénique est à la fois drôle et attachante, le public est au rendez-vous. Je connaissais bien évidemment rapidement « I Got Erection » mais c'est surtout « City of Satan » qui m'est restée en tête tout le weekend. Bon, la faute à des copains de camping qui la chantaient constamment, en changeant parfois les paroles. Je ne m'attendais pas du tout, par contre, à entendre une reprise d'Alice Cooper ! Et « School's Out » est un morceau si entêtant que je me retrouve devant Turbonegro à chanter, comme tout le monde. Voilà, j'avoue tout.

 

A ce moment-là, on ne se doute pas que lendemain sera marqué d'une petite accalmie matinale puis du déluge absolu !


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Crédits :
Textes par l'équipe Horns Up.
Crédits photos : GazaG