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Album

09/12/14 - U-Zine

Triptykon

Eparistera Daimones

LabelProwling Death Records - Century Media
styleDoom - Dark - Death metal
formatAlbum
sortiemars 2010
La note de
U-Zine
9/10


U-Zine

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Il y a des ruptures qui laissent d’irrémédiables traces néfastes sur des membres unis au préalable, et d’autres ruptures bénéfiques pour l’avenir. Tom Gabriel Warrior, leader de Celtic Frost depuis 1984, a décidé en mai 2008 d’asséner le coup de poignard final au groupe suisse. Il y avait déjà eu une tentative entre 1993 et 2001, qui avait abouti à une reformation du groupe et un fantastique album, Monotheist. Mais là, le fossé entre Warrior et ses acolytes Ain et Sesa semble creusé à jamais. Pendant que les deux derniers gambergent pour trouver autre chose à faire musicalement, Tom Gabriel Warrior a créé une nouvelle formation : Triptykon. Symboliquement, il s’est entouré d’un ancien membre de Celtic Frost, Reed St. Mark à la batterie et d’un musicien session du groupe, V. Santura (Dark Fortress) à la guitare, mais rapidement, le batteur a été remplacé par Norman Lonhard (Fear My Thought). Après beaucoup de mystères sur ce nouveau groupe qu’est Triptykon, l’écoute d’une piste mystique sans instrument de musique (comme « Totengott » sur Monotheist) et de nombreuses allégories au travail de l’artiste HR Giger, Eparistera Daimones a vu le jour. Ce nouvel album du cru Warrior est déterminant pour son avenir : soit il a eu raison de tenter ce nouveau projet, soit il s’est trompé. Nous allons essayer de voir à travers cette chronique dans quel cas il se positionne :

Pour commencer, la pochette intitulée Vlad Tepes, est l’œuvre de HR Giger, fascinateur fascinant pour Tom Gabriel Warrior (dessinateur pour l’album To Mega Therion de Celtic Frost aussi). Le livret de 28 pages quant à lui a été grandement supervisé par Warrior. Il a même repris la structure du livret de Monotheist, avec la même mise en page, la même présentation des pistes, etc.. Aussi, en page centrale est remise l’œuvre de HR Giger, et des zooms sur celle-ci sont placés pour illustrer chaque morceau. Enfin, les textes des morceaux sont tous à la première personne du singulier : on reste donc dans la continuité de Monotheist. C’est justement la comparaison avec cet album, référence pour certains, qui va déterminer si Eparistera Daimones vaut la peine d’être acheté ou pas ?

Tout d’abord, on s’auto satisfaisait de l’écoute de Monotheist en disant que le son était merveilleux. Et bien sachez que Tom Gabriel Warrior et V. Santura sont allés aussi loin dans ce nouvel album. Le travail sur le son est vraiment fabuleux, si bien qu’à chaque nouvelle écoute on découvre des détails non perçus auparavant. On constate que l’impression de puissance, d’oppression et d’enfermement est là, comme sur Monotheist. Les guitares sont ici des monstres aliénants, la basse de la suissesse Vanja Slajh est un énorme marteau nous enfonçant dans le sol, les voix nous endoctrinent et la batterie de Norman Lonhard nous frappe en plein cœur. Mais aussi, d’autres détails font fortement se ressembler Eparistera Daimones et Monotheist :
Il y a par exemple le choix de l’ultime morceau, « The Prolonging » et ses 19 minutes : il joue le même rôle que le triptyque « Totengott » - « Synagoga Satanae » - « Winter » dans Monotheist. Le son y est très saturé, limite acide : il nous attaque, mais très lentement, car c’est un morceau doom très sombre. Aussi, toujours du côté du doom, on peut constater que les morceaux qui en tirent la quintessence sont dans la lignée de ceux de Monotheist. On peut citer par exemple « Abyss Within My Soul » ou « The Prolonging ». De même, il y a une efficacité identique dans les riffs : tout se mémorise simplement et rapidement, pour un seul but : nous contrôler. Ne recherchez pas de technique ici, il n’y en a que très peu. Mais Tom Gabriel Warrior a toujours su pallier à sa technique instrumentale grâce à une composition sans faille.
Par ailleurs, toujours dans les similitudes, Simone Vollenweider a été une nouvelle fois appelée pour apporter une contribution vocale féminine à l’album. Son chant y est subtil, raffiné et apaisant. Sur le morceau « My Pain », très personnel, elle nous invite notamment à nous endormir dans ses bras et à ne plus jamais nous réveiller, pour oublier nos souffrances. Tom Gabriel Warrior n’a jamais été aussi proche de nous que dans ce morceau.

Mais Eparistera Daimones a aussi des différences par rapport à Monotheist : par exemple, le travail sur les voix y est supérieur. Au passage, la voix death de V. Santura apparaît sur certains morceaux (« Goetia », le très accrocheur « A Thousand Lies » renvoyant à la rupture de Celtic Frost), ce qui change un peu de l’ère Celtic Frost. Ce changement est plus qu’appréciable, car il apporte une épaisseur supplémentaire à la cuirasse d’Eparistera Daimones. Puis, ce premier album sous l’ère Triptykon a un autre atout non négligeable : il est plus couillu que le dernier opus de Celtic Frost. On a ainsi droit à des soli de guitares dans cet album, alors que dans Monotheist il n’y en avait pas, mais aussi à de la batterie plus rapide. Cette vitesse, c’est la vélocité du death metal old school (« A Thousand Lies », fin de « Descendant »).Mais aussi l’ajout d’une coupure inattendue fait varier par rapport à l’ère Celtic Frost (le piano sur la fin de « Myopic Empire »). Il y a encore l’introduction de « In Shrouds Decayed », en guitare sans distorsion et en chant parlé, qui est innovant chez Warrior (en réalité, l’idée est venue de V. Santura d’après le livret). Voici là des nouveaux moyens de décrire la souffrance. Enfin, avec 1 heure 12 minutes au compteur, Eparistera Daimones est supérieur à l’heure et 8 minutes de Monotheist. Mais vous pourriez dire que ça ne change pas grand-chose… On est d’accord !

Vous l’avez compris, Eparistera Daimones est une réussite : Il est au moins aussi bon que Monotheist, de Celtic Frost : en plus du côté froid, il y a maintenant la colère qui se répand dans cet album. Après, c’est une histoire de goût : certains n’aimeront pas les petits changements apportés cette fois-ci, tandis que d’autres les trouveront judicieux. Il y aura aussi celles et ceux qui jugeront que cet album ressemble à Monotheist, et ils auront raison. Mais, pour clore le débat sur les changements, une symbolique étrange est apparue sur ce nouvel album : par le passé, Warrior n’a jamais parlé en 28 ans de carrière de « Satan ». Là, c’est le premier mot de l’album… On pourrait même aller plus loin en disant que sur Monotheist, le mot le plus utilisé est… « God » (après « My » et « I »). Une page s'est tournée... Tout un symbole !
Hellhammer avait une âme, Celtic Frost avait une âme, Triptykon a une âme.
Only Death is Real...

1. Goetia
2. Abyss Within My Soul
3. In Shrouds Decayed
4. Shrine
5. A Thousand Lies
6. Descendant
7. Myopic Empire
8. My Pain
9. The Prolonging