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Album

29/12/18 - ZSK

The Browning

Geist

LabelSpinefarm Records
styleDeath-Metalcore futuriste
formatAlbum
paysUSA
sortieoctobre 2018
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Amis du bon goût, bienvenue dans cette chronique du dernier album de The Browning, un des plus fins spécialistes quand il s’agit de marier Metalcore bien basique et Electro bien kitschouille. Affilié au mouvement Trancecore, même si ça n’est peut-être pas tout à fait juste (pas tellement en commun avec un Enter Shikari par exemple), le groupe du Missouri traîne ses guêtres dans la scène depuis presque 10 ans, ou plus car il existe depuis 2005 mais n’est apparu qu’en 2010 avec sa démo éponyme. Parti d’un Rap-Metal disons le assez médiocre, The Browning s’est donc tourné vers un Metalcore/Deathcore avec de fortes injections électroniques. Earache Records s’était entiché du groupe, qui faisait vraiment tache dans son catalogue, au mieux électron libre (c’est le moins que l’on puisse dire). Entre un Death-Metalcore assez bas du front et flirtant avec la binarité d’Emmure et des passages Electro/Techno/Trance parfois grossiers, The Browning n’a pas que des fans. Pourtant, la mixture fonctionne un minimum. Proposant un style assez redondant, parfois efficace mais souvent à la limite du supportable quand l’« électro » s’emballe, The Browning n’a pas vraiment brillé jusque-là, même s’il a bien évidemment eu un certain succès à son niveau. Il n’y a finalement pas grand-chose de significatif à tirer de ses 3 premiers albums, Burn This World (2011), Hypernova (2013) et Isolation (2016). A chaque fois, on écoute la nouvelle fournée des Américains par curiosité, mais c’est typiquement un style qui rentre par une oreille et ressort par l’autre. Un plaisir coupable, histoire de se défouler sur quelques riffs Metalcore bien couillus. Mais il manque toujours un truc pour que l’ensemble se détache d’un Death-Metalcore bicorde avec du blip-blip dancefloor, qui demeure sympathique à sa manière, mais sans plus. Alors encore une fois, on déguste la nouvelle offrande de The Browning avec un attrait morbide, en attendant que peut-être, la surprise arrive. Et là, miracle !

Disons-le tout de suite, Geist (deuxième album à paraître chez Spinefarm Records), est largement le meilleur album de The Browning à ce jour. Car enfin, le groupe américain va évoluer un tantinet et faire quelque chose qui va sortir du cadre d’un Metalcore neuneu avec de l’électro anarchique. Certes, The Browning n’est pas le groupe de Death-Metalcore le plus subtil de la planète Terre et ne virera jamais vers la technique d’un Between The Buried And Me ou n’importe quel groupe de Deathcore un peu plus complexe que la moyenne. Mais Geist va déjà lui permettre de varier son jeu, de pondre des morceaux plus mémorables que l’alignement de pistes toutes plus semblables les unes que les autres du passé encore récent. Et il va également se calmer au niveau de l’électro, proposant quelque chose de plus contrôlé et cohérent, avec d’ailleurs un véritable apparat futuriste qui va en sus se déporter sur d’autres composantes musicales. De petit plaisir coupable Death-Metalcore, The Browning va passer vers un statut plus intéressant et ambitieux. Rien ne change dans le fond, mais tout va changer grâce à de meilleurs dosages et de belles petites nouveautés. Geist se lance avec "Sick Minds" et l’on constate déjà que le groupe bénéficie toujours d’un son triple épaisseur qui dégomme, ce qui était déjà un de ses points forts. Lourd, un peu evil même, avec un chant hurlé classique mais convaincant, The Browning fait toujours un minimum mouche dans le registre Death-Metalcore bien puissant, et l’on remarque déjà une intégration de l’électro plus poussée et plus pertinente que sur les précédents opus. Et aussi ce côté plus futuriste avec quelques discrets passages vocaux robotisés ou encore un break plus aéré. Mais on connaît The Browning, il est tout à fait capable de répéter encore 11 fois la recette et s’en contenter. Mais non, Geist est l’album de la révolution pour The Browning et s’apprête à vraiment surprendre.

C’est ainsi que "Beyond Stone" introduit quelques bonnes nouveautés. Si les gros synthés bien fluo sont toujours de mise, on les apprécie bien vite, et The Browning en profite pour franchir le rubicond du refrain en chant quasi-clair qui sonne hyper bien sans problèmes. Mais ce n’est pas tout car nous aurons également droit à un peu de chant féminin légèrement vocodé qui fonctionne admirablement bien. C’est de cette manière que The Browning se transforme en une sorte de Death-Metalcore du futur particulièrement réussi, d’autant que les musiciens sont inspirés et vont faire de Geist un album éminemment moins répétitif que ses prédécesseurs, même s’il se base sur quelques compos clichesques en mode « breakdown-core » avec de gros passages bien lourds ("Final Breath", "Hellblade", "Carnage", "Geist"), attendus mais tout de même percutants. On aura aussi le droit et dès ce "Beyond Stone" à des moments plus Mélodeath, que l’on retrouvera encore notablement sur "Everlost" (avec à la clé un des moments les plus mordants du disque), "Hellblade" ou encore "Amnesia". Bref, The Browning élargit sa palette et ça fait vraiment plaisir, flirtant par ailleurs avec du Deathcore à la Thy Art Is Murder ou Fit For An Autopsy de la bonne période ("Optophobia" notamment). "Final Breath" finit déjà de nous convaincre que le nouveau The Browning est presque révolutionnaire, avec un pur tube ultra épique, uniquement en chant clair mi-hurlé très maîtrisé. D’ailleurs tous les morceaux proposant un refrain en chant clair (partiellement ou totalement, robotisé ou pas) sont autant de véritables hits en puissance ("Optophobia", l’hyper épico-futuriste "Awaken the Omega", "Hellblade", l’excellent "Noctis"). The Browning fait un peu bouger ses codes et parvient donc aisément à se sortir de sa torpeur passée, pétant ses limites avec un style nettement plus varié et multipliant les moments forts et les morceaux vraiment singuliers. Vraiment, c’est un régal, avec en plus ce côté futuriste bien troussé et tout bonnement mortel.

La composante électro, parfois insupportable par le passé, est donc bien mieux dosée, se faisant même discrète lorsque c’est nécessaire, et proposant de beaux moments par ailleurs ("Hellblade", "Noctis"), toujours bien calés dans l’ambiance futuriste globale. Mais ça ne fonctionne pas à tous les coups, et le naturel de The Browning revient parfois au galop avec quelques passages encore dispensables (le break Techno suivi de chant rappé sur "Carnage", le morceau-titre qui est un peu plus anecdotique, "Amnesia" qui est vraiment la seule faute du disque avec de la Techno kitschouille façon 666). Quoi qu’il en soit, Geist demeure l’album le plus inspiré de The Browning et ce de très loin, que ce soit pour toute la composante électro-futuriste, les chants et bien sûr le côté strictement Death-Metalcore qui est plus efficace que jamais (citons encore le départ bien lourd de "Everlost" ou le riffing bien incisif de "Carnage"). Et comme si ça ne suffisait pas dans un album où il n’y pas grand-chose à jeter et où les bons vrais tubes sont légion, Geist va se finir sur un improbable mais jouissif "Skybreaker". Ici il n’est presque plus question de Death-Metalcore, plutôt d’un pur Electro-Metal supra-épique (limite sympho avec des synthés qui se lâchent) et 100% futuriste, avec une savante alternance de vocaux masculins et féminins trafiqués, presque dans l’esprit de certains morceaux de Mechina comme "Cryoshock". Un fantastique générique de fin qui clôt un album très surprenant, car on attendait pas un The Browning si inspiré et ambitieux, rien ne laissait présager une telle évolution et la claque n’en est que plus grande. Certes, on ne va pas s’enflammer, The Browning reste tout de même englué dans quelques clichés Metalcore dont il est compliqué de sortir, mais Geist est déjà un énorme pas en avant après trois albums sympathiques mais dispensables. Certes encore, il faut aimer cette base, ces riffs Deathcore/Metalcore/chug-chug-breakdown et ces synthés sucrés (et même tout l’apparat futuriste de cet opus), ce qui réduit le panel potentiel. Mais au diable le bon goût et le Metal autrement plus trve, pour ce qu’il est, Death-Metalcore futuriste varié et enfin tubesque, Geist est une petite tuerie qui dépasse facilement le stade de plaisir coupable de Metal fluorescent.

 

Tracklist de Geist :

1. Sick Minds (3:36)
2. Beyond Stone (4:27)
3. Final Breath (3:37)
4. Everlost (3:13)
5. Optophobia (3:07)
6. Awaken the Omega (4:03)
7. Hellblade (4:05)
8. Carnage (3:04)
9. Geist (3:45)
10. Noctis (3:49)
11. Amnesia (3:07)
12. Skybreaker (4:15)