Chronique Retour

Album

23/12/18 - Nostalmaniac

Wulkanaz

Wulkanaz

LabelHelter Skelter Productions (?) / Brugmanziah
styleBlack Metal
formatAlbum
paysSuède
sortiedécembre 2018
La note de
Nostalmaniac
9/10


Nostalmaniac

Le Max de l'ombre. 29 ans. Rédacteur en chef de Horns Up (2015-2020) / Fondateur de Heavy / Thrash Nostalmania (2013)

Voilà près de deux décennies que Wagner Ödegård alias Komulonimbus sévit dans l’underground suédois, développant ainsi sa vision singulière de l’art noir aussi bien musicalement que visuellement et cultivant par la même occasion le mystère en plus d’une certaine fascination à travers de nombreuses sorties dans des formats divers. D’abord avec Tomhet en 2001 (avec la démo éponyme) puis avec d’autres projets en solo comme Semilanceata et Dughpa dans un registre Dark Ambient voir experimental mais surtout Wulkanaz devenu en quelque sorte son projet phare, ou du moins le plus prolifique.

Initialement prévu sur Helter Skelter Productions mais leaké, il semble que Wagner ait décidé de sortir ce quatrième opus éponyme par ses propres moyens via son label Brugmanziah, sans plus d’informations. Néanmoins, je ne pouvais pas passer à côté, surtout après l’excellent « Paralys » en 2017.

Excellent mais avec un goût d'inachevé, comme si le projet pouvait aller encore plus loin et encore mieux exploiter son incroyable potentiel. Alors oui, la pochette dit une partie du contenu : c’est raw et sans artifice. Cependant, Wagner ne fait pas juste du raw black comme mille projets qui naissent (et meurent) sur Bandcamp, il met ce son au service de sa vision. Autant le dire pour les non-initiés, une vision et un son bien différents de ses compatriotes de Marduk ou Dark Funeral. Oubliez le côté carré, on est plus proche (au moins philosophiquement) d'un Arckanum (qui vient "étrangement" de la même ville, Mora). Ce que propose Wulkanaz est beaucoup plus déroutant, à l'image du format. Une quinzaine de titres et que des titres courts (entre 1 et 3 minutes) dont les transitions (et même plutôt l'absence de transitions) sont parfois surprenantes. En effet, Wagner utilise plusieurs productions aux qualités variables et ajoute à certains moments des samples, sorte de spoken words en proto-germanique ou/et suédois, ce qui donne à l'album une ambiance très... spéciale. Hors du temps et lugubre.

Décousu, l'album l'est complètement. D'une part à cause des différences de prod entre les morceaux (on a l'impression d'une collection de plusieurs sessions) et d'autre part, il n'y a pas véritablement de fil rouge mais un sentiment de folie prédominant du début à la fin. Quelque chose de maladif, incessant et intense qui ne donne pas envie de décrocher. 
On retrouve ce son de guitare cradingue caractéristique du projet, mais surtout ce feeling punk et folk souvent en même temps sur les riffs. Ce n'est pas sans m'évoquer certains albums d'Ildjarn comme le mythique « Forest Poetry », le côté noisy et monolithique en moins. Ici pas de mur du son, chaque titre est vraiment distinct et il y a des riffs en pagaille. Sorte d'interlude sinistre, "Det Svultna Gap" nous rappelle aussi le goût de Wagner pour l'experimental et les ambiances sombres, et ça fonctionne très bien même en enchaînant avec le surprenant "Stiärnväv" (qui figure sur une démo-rehearsal de 2014 dans une version plus crue) qui nous démontre qu'il a n'a pas peur d'user de riffs et de rythmiques atypiques. Il faut d'ailleurs souligner le travail de son batteur de session Daniel Rockmyr (ex-Craft), dans un style chaotique mais maîtrisé. On dirait qu'il a encore plus de liberté depuis « Paralys » et ça s'associe tellement bien avec l'esprit de l'opus. "Dvälma i Dvas" témoigne ainsi de beaucoup vélocité mais aussi d'un rendu pittoresque et sinistre. 

Ce qui me plaît beaucoup avec cet album c'est qu'il ne tente pas de se ranger dans une case. C'est quelque part du Raw Black car le son est volontairement abrasif mais il y a d'autres éléments qui viennent se greffer (punk, folk, rock, dark ambient). Ce que Wagner semble entièrement assumer et il a bien raison tant il a trouvé le bon équilibre. Une certaine originalité sans non plus trop d'artifices. Certains auront peut-être du mal avec le côté décousu ou pas assez travaillé mais je trouve que c'est justement sa force. Décousu mais paradoxalement captivant. Je dirais même que l'album se nourrit de ses paradoxes et que le grain de folie qu'il manquait à « Paralys » éclate complètement ici. Malgré son côté expéditif, l'album est vraiment fou et original sans trahir les fondamentaux du style avec ce qu'il faut d'imperfections pour me plaire et plaire à ceux qui ont encore foi en un Black Metal dépouillé et brut. Certes cru mais sans aucune forme de concession, aussi bien sur la forme que dans le fond.

Ce disque représente pour moi la quintessence de Wulkanaz et au-delà des projets de Wagner Ödegård. Sa vision du Black Metal me touche particulièrement et je conseille absolument de se plonger dans sa discographie. Outre « Paralys », « Paúrpura Fræovíbôkôs » (2013), son deuxième long format, est bluffant aussi. Facilement trouvable sur les Internets (beaucoup moins en physique même si sortie aux formats CD, vinyle et K7), la compilation « Samblade sotkvæden » (2013) retrace la discographie de Tomhet, dans un Black plus pur mais non moins digne d'intérêt et il n'est pas impossible que j'écrive dessus. Et si sa facette plus Dark Ambient vous intéresse, sachez qu'il a également un projet qui porte son nom et qu'un album est sorti en 2017, « Nidvintern ». Qu'on se le dise : l'underground suédois est bien vivant et il a plusieurs visages ! Comme souvent, il suffit de fouiller...

Tracklist:

1. Mårgnanens väv
2. Himlin
3. Ur djupet stiga kvav
4. Stävjedag
5. Lykta och bloss
6. Det svultna gap
7. Stiärnväv
8. Fandens måna
9. Till dagagagn
10. Gryningsgrå
11. Dvälma i dvas
12. Andanom
13. Vit
14. Skymmeng
15. Bixmulin