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Album

30/11/18 - ZSK

Nachtmystium

Resilient

LabelLupus Lounge / Prophecy Productions
styleBlack Metal atmosphérique
formatEP
paysUSA
sortienovembre 2018
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

SHEH. C’est la première chose que je me suis écrié lorsqu’en juin 2017, j’ai appris la reformation de Nachtmystium. Onomatopée djeunz qui est sortie de ma bouche en même temps que j’ai ressorti de ma collection le CD de The World We Left Behind où figure encore sur le boîtier, le sticker « The final studio album ». SHEH ! Bon ok, ce n’est ni le premier ni le dernier groupe à se reformer ou à continuer sa carrière après avoir pourtant annoncé haut et fort qu’elle était finie pour de bon (il n’y a qu’à regarder du côté de Ministry par exemple), mais bon, avec Nachtmystium, c’est assez particulier. Les déboires de Blake Judd, ses addictions, ses arnaques répétées et le malaise permanent que ça a pu créer, ont bien sabré la fin de carrière de Nachtmystium qui avait débuté en 2000 en plein cœur de l’USBM, avant de se poursuivre par une ascension fulgurante et un style tour à tour plus progressif, plus psychédélique, plus atmosphérique. Malgré la réputation bien entachée de Blake Judd, Nachtmystium, le groupe, a donc continué à sortir de bons et beaux albums, livrant un diptyque final de grande classe, Silencing Machine (2012) et The World We Left Behind (2014). On regrettera toujours les splits quand ils se produisent lors d’un pic créatif et qualitatif, mais Nachtmystium a au moins eu le mérite de partir au plus haut de sa gloire - musicale. Mais voilà, ce n’est pas fini. Et trois ans seulement après avoir « laissé le monde derrière lui », Nachtmystium est déjà (sic) de retour. Avec bien sûr Blake Judd aux commandes, entouré de deux musiciens peu connus, l’Allemand Martin Van Valkenstijn (Mosaic, Vivus Humar, Ysengrin ; mais surtout Empyrium, Sun Of The Sleepless et The Vision Bleak en Live) et le batteur Jean Graffio (Sumeria, ex-Krieg). Donc bon, on est reparti pour un tour. Avec un Blake Judd présenté comme « clean », même si MetalSucks y est déjà allé de sa petite enquête. Mais ne parlons pas de Blake Judd, parlons plutôt de l’entité Nachtmystium, qui semble encore avoir des choses à dire.

Outre quelques apparitions en Live, ce retour se fera aussi, dans un premier temps, en studio mais seulement sous la forme de Resilient, un EP 4 titres qui nous parvient via Prophecy. Historiquement, Nachtmystium a eu un spectre assez large, entre les débuts forcément cracra et très ancrés dans l’USBM à la Judas Iscariot et Krieg, marqués par le tout premier album Reign Of The Malicious (2002). Ensuite, Nachtmystium est devenu progressif à sa manière, avec les albums Demise (2004) et Instinct:Decay (2006). Avant de tomber dans un certain psychédélisme avec le diptyque Black Meddle (Assassins en 2008, Addicts en 2010), puis de converger vers un style plus décharné, atmosphérique et mélodique avec les sublimes Silencing Machine et The World We Left Behind. Sans grande surprise, même si le line-up a été à nouveau lavé, c’est dans la lignée de ces deux dernières œuvres que va se situer Resilient. Pas d’écart à la Doomsday Derelicts donc. Blake Judd n’a donc pas (re)viré sa cuti et a choisi, pertinemment, de refaire du Nachtmystium à son meilleur. La démarche est facile, et on ne peut pas lui en vouloir. Silencing Machine et The World We Left Behind se suffisaient à eux-mêmes, et à vrai dire, quelque part, on est pas contre en avoir encore un peu… Après l’intro assez ambiante "Conversion", qui bénéficie à nouveau d’une aura très apocalyptique, le morceau-titre lance Resilient avec brio et Nachtmystium n’a déjà rien perdu de la superbe de ses deux derniers précédents albums. De belles mélodies décharnées et des claviers enivrants jalonnent déjà les premières mesures du morceau, on retrouve la production rêche des deux dernières sorties, avec des riffs incisifs en fond mais bien sûr de nombreuses grattes acoustiques, et bien sûr le chant à fleur de peau de Blake Judd, toujours assez intelligible pour du Black-Metal. Dans l’esprit des morceaux les plus enlevés de The World We Left Behind donc, et la recette fonctionne toujours, avec à la clé des leads gracieux et même des vocaux clairs. La déception n’est pas de mise, ni même le gros fail auquel auraient pu s’attendre les plus sceptiques, Blake Judd arrive toujours à transmettre des émotions fortes et faire du Black atmosphérique assez accrocheur et même épique.

"Silver Lanterns" poursuit ce bel effort avec d’emblée, de nouvelles mélodies accompagnées de patterns de batterie qui font taper du pied comme aux meilleurs moments de Silencing Machine tel un "Borrowed Hope and Broken Dreams", et les trémolos et vocaux rugueux font le reste, Nachtmystium fait toujours du Black-Metal mais dans une version forcément très atmosphérique, même un peu plus que pour The World We Left Behind tant les mélopées sont ici très cotonneuses. Mais les rythmes entraînants sont toujours au rendez-vous pour ce qui est le morceau le plus complet de Resilient, même s’il ne surprend pas vraiment. Le principal, c’est que Blake Judd est en forme et inspiré, nous livrant des compos qui ne font pas honte aux deux glorieux albums qui ont précédé cet EP. Mais bon, ce n’est pas tout car Nachtmystium va quand même un peu en profiter pour se lâcher, avec la dernière composition de Resilient qu’est "Desert Illumination", un voyage de plus de 9 minutes très perché et psychédélique, presque encore plus que pour un Addicts en son temps. Le début va très loin dans l’ambiance mêlant trip champis/LSD avec une odeur de cigarettes qui font rire (littéralement d’ailleurs), et autant dire qu’il faut aimer. Le BM un peu plus frénétique à trémolos reprendra ses droits en milieu de course et avec une certaine efficacité, mais le moins qu’on puisse dire c’est que Nachtmystium a bien tiré sur la pipe. Ben mince alors, moi qui croyait que Blake Judd était redevenu « clean »… Trêve de plaisanteries, Nachtmystium s’offre donc un gros écart psyché dans un EP finalement classique mais bienvenu, car la qualité est bien là. On peut penser ce qu’on veut du retour de Blake Judd aux « affaires », mais Nachtmystium, c’est toujours de la bonne… de la bonne musique bien sûr. Rien ne dépasse encore Silencing Machine et The World We Left Behind, mais dans leur continuité avec quelques petits écarts, encore plus mélodiques ou carrément enfumés, Resilient fait le job. Ce retour n’est donc pas inutile car Nachtmystium semble encore être capable de faire quelque chose de la trempe de Silencing Machine et The World We Left Behind, et après tout on a envie de dire jamais deux sans trois… Difficile de savoir de quoi sera fait l’avenir à court terme de Nachtmystium vu le côté instable de son leader, mais force est d’avouer que ce groupe reste encore aujourd’hui ce qui se fait de meilleur en USBM, ici dans un versant toujours aussi atmosphérique et délicieusement décharné, et signe une résurrection certes un peu incongrue mais tout à fait réussie, pour le moment…

 

Tracklist de Resilient :

1. Conversion (1:38)
2. Resilient (6:42)
3. Silver Lanterns (7:10)
4. Desert Illumination (9:34)