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The Allins

lundi 8 octobre 2018 - Prout
Prout

Chroniqueur musiques du monde. Parfois Brutal Death / Black / Grind mais rien au dessous de 300BPM sinon c'est trop mou et je m'endors.

Faut-il encore présenter GG Allin ? Alors que Diapsiquir raconte dans une interview que ce GG a déjà tout fait et qu'à part se tirer une balle sur scène on n'irait pas plus loin ; sortent presque au même moment un tout nouveau livre chez Camion Blanc intitulé "GG Allin, Antéchrist de l'Extrême" et un tout nouveau documentaire "The Allins", fraîchement diffusé à L'Etrange Festival, un festival de cinéma de genre ou du moins assez intimiste. Il existe une pléthore d'écrits concernant GG, d'interviews, de documentaires, de dvd de tournée etc. Et pourtant, il semblerait qu'il y ait encore à dire sur GG, cette figure emblématique du Punk des années 70 / 80 qui ferait passer Sid Vicious pour une princesse du Moyen Âge. C'est en tout cas comme ça que l'auteur de "The Allins", Sami Saif, voit les choses.

Tout commence par des footages home-made de "fans" urinant, déféquant, crachant ou encore vomissant sur la tombe de notre défunt GG, enchaînant sur Merle Allin, le grand frère de GG, explosant une guitare sur la gueule d'un de ces gars. Ok le ton est donné. Documentaire ou mocumentaire ? La ligne transgressive est très maigre tellement certaines scènes sont burlesques et paraissent totalement irréelles. Néanmoins le réalisateur danois apporte un regard nouveau sur GG Allin, loin de proposer comme à l'accoutumée une simple compilation grotesque des fresques excentriques de GG. On se rapproche principalement d'Arleta, la mère de Kevin Michael Allin, alias GG, et Merle, son grand frère. Leurs portraits sont décrits comme aimant, et vivant encore douloureusement leur deuil, à leur façon. Arleta est très touchante tout le long du documentaire, et elle raconte avec une très grande vivacité d'esprit et d'objectivité, sa mauvaise expérience GG, au profit de son amour et admiration pour Kevin Michael. GG Allin était-il schizo ? S'il n'a jamais été déclaré cliniquement comme tel, il ne devait pas en être si loin ; quoiqu'on a tous cette part de Rock'n'Roll en nous, qu'on combat tous les jours "normaux" de notre vie avec plus ou moins de succès. La mère de GG est tendre, douce, on sent sa tristesse et sa détresse mais pas une seule fois on ne se dit que si GG était aussi niqué du ciboulot, ce fut sa faute.

Littleton, New Hampshire (USA) : la tombe de GG, avant qu'elle ne soit retirée par le prêtre en charge du cimetière, exténué par toutes les dégradations de la part des fans

En effet, pauvre, dans une vieille bicoque de campagne isolée sans eau courante ni électricité, GG grandit éloigné de tout. Se raccrochant à son frère et sans doute son père, le début de la vie de GG Allin ne sentait pas bon. Papa GG, Merle Allin Senior, sans doute plus fondu que son fils en réalité, décida d'appeler son mioche Jesus Christ Allin, car un ange serait venu lui dire que son second fils serait un nouveau messie. Dans l'idée, il n’avait pas tort, mais pas sûr que ce soit dans ce sens-là qu'il voyait les choses. De plus en plus taré, violent et alcoolique, Arleta décida non sans mal de prendre la fuite avec ses deux gamins et aucun sou en poche, après s'être faite tabasser, violer et menacer avec ses enfants d’un gun pointé par son charmant mari (elle en profita pour changer le prénom de GG). Ce qui est important à noter ici, c'est que GG n'a jamais utilisé cette excuse pour expliquer son comportement, et d'un avis très personnel, le manque de moyens financiers a sans doute plus joué sur la déchéance de GG nourrie à grands coups de désillusions.

GG et son frère Merle

Le Rock'n'Roll est pour beaucoup une échappatoire, un moyen artistique de singularisation, de rejet de la norme. Un autre excellent documentaire du genre, "Dead Hands Dig Deep", avait été diffusé à la dernière édition du Sadique Master Festival, un autre festival de cinéma très particulier. Dans celui-ci on pouvait suivre la déchéance de Edwin Borsheim, frontman du groupe Kettle Cadaver, sociopathe dans l'âme, rongé par la vieillesse et le côté punk de la force. On en parlait déjà dans nos pages et je vous invite à en (re)lire l’article. A son instar, on suit également ici les tribulations d'un simple mortel totalement dépassé par la transcendance de son art, qu'il porte pourtant de manière primaire à son paroxysme. GG rejette tout. GG n'aime rien. Tout le fait chier. Tout l'emmerde. La bienséance le fait chier. La normalité l'agace. Même ses amis l'ennuient, sa vie l'ennuie. C'est sans doute pourquoi il n'aura de cesse d'aller toujours plus loin, dans une certaine pureté masochiste néanmoins. On ne peut qu'applaudir sa constance, sa détermination à aller jusqu'au bout, à vivre son rôle de réel libérateur du Rock'n'Roll. C'est un vrai génie, un génie du mauvais goût et de la haine, haine d'une société illogique et monstrueuse. Sa rage, il la fera exploser sur scène, en interview, en soirée, au pieu et dans la vie de tous les jours. Ce qui lui vaudra d'être accusé de viol, de vol à main armée, de violence aggravée et ainsi d'enchaîner des allers-retours en prison, ce qui le sauva plusieurs fois de suicides programmés. Car oui, qui d'autre que GG aurait pu annoncer son propre suicide en donnant la date des années en amont ? Seuls ses séjours en prison à ces dates-là semblaient pouvoir le retenir en vie. GG en était là. Comme toujours, ce sera la drogue qui permettra à l’esprit de GG de s’envoler encore plus loin, plus haut, jusqu’à ce qu’une trop grande prise et une fatigue constante l’emporte vers d’autres cieux, pratiquement nu, couvert de sang et d’excréments comme après chaque concert ou presque. Par respect envers GG, son corps sera posé à la vue de tous dans son cercueil, accompagné d’une bouteille de Jim Beam, pas lavé, pas maquillé, puant toujours la merde mais avec un walkman sur les oreilles et une copie de « Suicide Sessions », son sixième disque studio, on aime la musique jusqu’à la mort ou on ne l’aime pas.

Merle et Arleta, à un concert des Murder Junkies

Son frère Merle nous raconte cette triste fin de manière glauque et aussi glaciale qu’il pourrait le digérer. Comme il le dit, ces gens qui le suivirent ce soir-là n’étaient pas ses amis, juste des fans, des gens impressionnés par l’image GG. Habitué des tournées avortées, des concerts annulés, raccourcis, soit par l’intrusion de la police, de la part de la salle, du public voire du groupe lui-même, Merle garde malgré tout un bon souvenir de la scène, mélange d’amour d’un mode de vie Rock’n’Roll et d’une profonde fascination pour son défunt frère. Ceci dit Merle a une façon très lucrative de faire son deuil. Tout le long du reportage, on ne le voit pratiquement que vendre des trucs ayant appartenu à GG, des premières éditions de disques, produire du merch, et continuer les tournées du fameux groupe de GG Allin « The Murder Junkies » tout en tenant le stand de merch justement, et ne parlant tout le temps que de thune. Il a trouvé son filon le filou. Il va même jusqu’à vendre les baguettes que son batteur s’enfonce dans le cul à la fin des concerts, ou plutôt dont le batteur invite le public féminin à venir y enfoncer les objets de délits. Evidemment, The Murder Junkies sans GG semble juste être un vieux délire voyeuriste, histoire de se dire « je l’ai fait ». Le nouveau chanteur ne se mutile pas comme GG le faisait, ne se bat pas avec toute l’assemblée, ne se chie pas dessus, ne jette pas son caca à la gueule du premier rang ou leur pisse dessus. Mais la rage est toujours là, The Murder Junkies reste un symbole, une croisade contre cette normalité totalement anormale et badante. Même si la scène Metal devient de plus en plus aseptisée, il restera toujours des groupes vrais, et émergeront ainsi de nouvelles scènes toujours plus pures et spontanées.

The Murder Junkies, aujourd'hui

Tout ça pour dire que la popularité de GG ne décroit pas, preuve en veut ce nouveau documentaire, et sa légende continue de se construire, encore et toujours. Néanmoins on n’assiste pas ici à un simple documentaire putassier. L’auteur a voulu montrer autre chose, un autre GG, ou plutôt ce qui reste aujourd’hui autour de GG, tantôt avec humour, tantôt avec drame, mais toujours avec justesse. Un documentaire à regarder absolument !

Merle dans toute sa splendeur