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Album

25/09/18 - ZSK

Blood Of Serpents

Sulphur Sovereign

LabelNon Serviam Records
styleBlack Metal brutal
formatAlbum
paysSuède
sortieseptembre 2018
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

À peine s’est-on remis de la bataille à (courte) distance entre Marduk et Funeral Mist que l’on va déjà se reprendre une rasade du Black-Metal suédois le plus offensif. Et ça sera de l’œuvre d’un newcomer, qui semble vraiment avoir les crocs. Trouvaille du label néerlandais Non Serviam qui a souvent le nez creux en matière de Black/Death (il a notamment eu dans son roster le groupe français Bliss Of Flesh), voici Blood Of Serpents, originaire du comté de Kalmar. Le groupe naît en 2012 sous l’impulsion des guitaristes Fredrik Nilsson et Kristian Roupe (qui a tout d’abord été batteur avant de laisser la place à Christoffer Andersson). Après deux EPs, le groupe sort en 2014 son premier full-length intitulé Black Dawn, aujourd’hui laissé en téléchargement libre sur bandcamp. Un premier album finalement assez anecdotique, car le meilleur est à venir. Après quelques ajustements de line-up, notamment l’arrivée du chanteur Thomas Clifford (Abscession, Throne Of Heresy), Blood Of Serpents va véritablement se lancer avec Sulphur Sovereign, second album superbement illustré par Khaos Diktator, influencé par l’œuvre de Gustave Doré. Produit par l’école Marduk (Lars Broddesson puis l’inévitable Devo au mixage et mastering), Blood Of Serpents a donc tout du bon petit élève suédois qui va nous délivrer un Black-Metal appliqué. Mélodique, plus orienté Black/Death ? Non, Blood Of Serpents se situe nettement dans l’école la plus brutale du genre, qui descend bien évidemment de Marduk et de Dark Funeral. Avec un touché un peu plus épique à la The Legion mais aussi, histoire de déborder des frontières scandinaves, d’une certaine urgence et d’une violence qui évoquent les groupes allemands comme Endstille et Negator. Rien de bien original me direz-vous, pourtant Sulphur Sovereign va se poser comme un album inspiré et efficace, qui bute menu. Et Blood Of Serpents de se montrer comme une des révélations de l’année. Oui !

Marduk a perdu son mojo depuis Frontschwein, Dark Funeral ne convainc plus passé Attera Totus Sanctus ? Pas grave, voilà de quoi compenser et assez largement. Inutile de vraiment décrire en détail la musique de Blood Of Serpents sur Sulphur Sovereign, qui n’a déjà plus grand-chose à voir avec celle de Black Dawn. Il ne faut guère s’attendre qu’à un Black-Metal très virulent mais classieux, avec quelques leads bien sentis au milieu de ce déluge de blasts presque continu, ne se calmant que lorsque le groupe aère un peu son propos mais ça sera relativement rare. Sinon, ça mitraille dans une intensité assez folle. Tout est classique, jusque dans le chant de Thomas Clifford, mais ça fonctionne du tonnerre. Blood Of Serpents n’est pas là pour rigoler et dès "Mater Tenebris", le groupe suédois montre de quel bois il se chauffe, une petite intro histoire de faire vibrer quelques cordes et ensuite c’est la guerre, entre riffs rangés et blasts incessants, et solo épique au bout. La sonorisation est parfaite pour le genre, et Blood Of Serpents est lancé pour exécuter une tuerie en bonne et due forme. Et livre déjà "In Darkness, Brotherhood", un génial tube de Black-Metal suédois avec un refrain ravageur, s’extirpant de cet alignement jouissif de riffs incisifs et de gros blasts. Sulphur Sovereign enchaîne donc de sacrées bombes, du premier single bien mordant "Devil’s Tongue" jusqu’au final très puissant qu’est "A Void Between Worlds", en passant par le rouleau-compresseur qu’est "Evictor of Christ" et l’excellentissime "As Nocturnal Dimensions Beckon" qui lui aussi bourre sec. On pourra trouver le style un peu répétitif mais Blood Of Serpents fait montre d’une énergie qui semble inépuisable, avec une inspiration au rendez-vous qui a accouché de formidables pistes de Black brutal suédois. Intense et sans compromis tout en étant un minimum raffiné (on ne peut pas dire que cet album soit bas du front), Sulphur Sovereign est une franche réussite et on peut même dire qu’on a pas entendu quelque chose d’aussi efficace dans le genre depuis un petit moment.

Et puis Blood Of Serpents n’est pas bête et méchant ni ne joue la carte du blast à 100%. Le reste des morceaux de Sulphur Sovereign va donc un peu varier les plaisirs, en commençant par le plus long "As the Temple Burns" qui propose des compos plus mid-tempo et plus mélodiques plutôt bien vues, mais il s’agit surtout du morceau le plus complet de l’album car il s’autorise aussi quelques passages encore une fois très salvateurs. Les atmosphères sont donc aussi de la partie et cette piste sera d’ailleurs suivie d’un interlude assez mystique et sinistre, "Canticle". Plus loin, ce sont "Upon Waters Dark" et "Prophet of A False Faith" qui vont se démarquer, le premier pour son côté plus épique avec des mélodies lumineuses ainsi que des variations de tempo ; le second pour son aspect 100% mid-tempo cette fois, même si ça sera du coup le morceau de trop de l’album, tranchant avec la déferlante du reste. Car l’on retient bien évidemment l’aspect le plus brutal et expéditif de la musique de Blood Of Serpents, et c’est cette intensité qui lui permet de se démarquer. Entre du Dark Funeral de l’époque Diabolis Interium et Attera Totus Sanctus, le Marduk période Legion dès Heaven Shall Burn…, et donc la violence blastante d’Endstille et Negator, Blood Of Serpents frappe fort avec ce brûlot qu’est Sulphur Sovereign. Avec même quelques tubes, potentiels ou véritables, Blood Of Serpents vient donc de mettre un coup de pied tout autant qu’un vent frais au sein de la scène BM suédoise la plus brutale. On pourra trouver que l’ensemble manque d’originalité, mais le groupe tutoie déjà le niveau des plus grands, voire l’a atteint bien vite. A coups de blasts terrassants, de riffs mortels et d’une frénésie entraînante, baignée dans une inspiration de tous les instants. Une bonne grosse tuerie de Black-Metal suédois pour ce qui est un des albums de la rentrée pour vous donner du peps, au rythme de quelques bombes comme "In Darkness, Brotherhood" ou "As Nocturnal Dimensions Beckon". Prometteur à ce stade de sa carrière, Blood Of Serpents vient donc mine de rien de pondre un des meilleurs albums de Black-Metal de l’année, et il peut encore aller très loin. Notez-le dans vos carnets, Blood Of Serpents est une des nouvelles sensations en matière de Black-Metal offensif, et l’excellence de Sulphur Sovereign lui offre un statut de révélation et de monstre de Metal extrême en puissance.

 

Tracklist de Sulphur Sovereign :

1. Mater Tenebris (5:03)
2. In Darkness, Brotherhood (4:05)
3. Devil's Tongue (4:04)
4. Evictor of Christ (5:03)
5. As the Temple Burns (7:12)
6. Canticle (2:32)
7. As Nocturnal Dimensions Beckon (4:58)
8. Upon Waters Dark (5:41)
9. Prophet of A False Faith (4:39)
10. A Void Between Worlds (4:54)