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jeudi 19 juillet 2018 - Sleap

Chaos Descends 2018

Open Air - Crispendorf

Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Sleap : À l’heure où j’écris ces lignes, je m’en veux toujours de ne pas avoir saisi l’opportunité que j’avais eu en 2013 : celle de pouvoir aller au défunt Hell’s Pleasure. Fort heureusement, après la fin de ce festival, l’organisatrice avait choisi de continuer l’expérience sur un autre site, en changeant par la même occasion le nom de l’événement. C’est ainsi que, depuis 2015, cette nouvelle mouture, portant le nom de Chaos Descends, se déroule tous les mois de juillet dans le petit village de Crispendorf, perdu en Allemagne de l’Est.

S’étalant sur seulement deux jours, l’événement accueille à peine quelques centaines de festivaliers sur un modeste site perdu dans une petite vallée au milieu d’une immense forêt de conifères. Trouver le village de Crispendorf prend déjà un certain temps, mais trouver le site du festival est tout aussi ardu. Cependant, une fois installé, c’est un petit coin de paradis. La météo est en plus très clémente en ce week-end de mi-juillet : soleil le premier jour et nuages sans pluie le second.

Beaucoup de festivaliers arrivant dès le jeudi soir – la veille des hostilités –, le festival propose une sorte de before avec deux groupes dans un autre lieu puis un after sur le site du festival. Et cet « autre lieu » est à l’image du festival tout entier : perdu et insolite. Il s’agit en fait d’une grande piscine creusée désaffectée en plein milieu de la forêt. La nature a repris ses droits sur la faïence, et on voit ainsi des plantes et de la verdure pousser à travers les briques et la mosaïque du fond et des murs latéraux. Ainsi, les fans se rassemblent à l’extérieur tout autour, mais aussi sur les escaliers descendants et également une partie du fond. Le groupe, lui, joue dans l’intérieur de la piscine, sur toute sa largeur, face aux escaliers. Il y a très peu d’éclairage et des bougies sont disposées devant le groupe pour marquer la limite avec le public sur le sol de faïence. On est entourés d’immenses conifères, le ciel est d’une clarté étonnante en ce début de soirée, et on aperçoit un nombre impressionnant d’étoiles. Bref, un cadre absolument sublime ! Tous les ingrédients sont réunis pour que le groupe délivre une prestation inoubliable. Et quoi de mieux que des conditions pareilles pour un show de…

Chaos Echoes

Je pense ne pas exagérer en affirmant que Chaos Echoes est certainement l’un des projets français les plus intéressants de ces dernières années en matière de Metal extrême. Combinant une rugosité Death Metal à la Portal et des expérimentations rythmiques et mélodiques totalement extérieures au Metal, Chaoes Echoes propose un cocktail qui se révèle encore plus impressionnant en live qu’en studio. Mené d’une main de maitre par les frères Uibo (batterie et guitare lead), le groupe distille les influences jazz, prog, world ou classique de ses deux musiciens principaux dans la lourdeur et la noirceur Black Death de ses compositions. Nombreuses sont les particularités du combo. Un batteur pratiquement ambidextre qui propose des patterns tantôt rigides et hypnotiques, tantôt variés et progressifs ; une addition de trois guitares différentes qui assure un nombre astronomique de possibilités de composition et de jeu, le tout complété par tout un tas d’expérimentations sonores : un jeu de basse à l’archer sur certains passages, des claves et tambours en peau animale lors des parties ritualistes, des chants incantatoires superposant voix claire quasi-liturgique et vocaux growls, une guitare lap steel, et même des espèces d’osselets. Bref, tout un attirail musical qui, loin de faire office de décoration pour hipster parisien en manque d’originalité, participe activement aux compositions mêmes du groupe. Car, contre toute attente, très peu de place est laissée à l’improvisation ce soir.

En effet, contrairement à la date parisienne en première partie de Portal il y a quelques années, le groupe va nous délivrer un set calibré et ordonné sans trop d’improvisations. La durée de set explique peut-être cela, mais le show n’en est pas moins impressionnant. Il n’y a quasiment aucune pause entre les différents titres, et les transitions – qu’elles soient acoustiques ou non – sont toujours d’une fluidité déconcertante. Le groupe nous offre des titres de plus ou moins toutes leurs périodes : de Tone of Things to Come – avec un Black Mantra d’exception – jusqu’au dernier album, en passant par Transient. Les frères Uibo se retrouvent sur l’avant de la scène lors d’interludes aux claves couplées à un duo de chant presque tribal qui me reste encore en tête à l’heure actuelle. Le son est étonnamment excellent pour un cadre aussi insolite. Seul le kick de batterie ne jouit pas d’un son exemplaire – pour ne pas dire horrible. Le public est assez disparate : la majeure partie semble apprécier le concert, certains les yeux fermés, d’autres dansants, d’autres regardant le ciel étoilé, mais certains ne peuvent s’empêcher de parler ou même de crier, ce qui est assez dommage pour une prestation aussi intimiste que celle-ci. Personnellement je demeure la tête dans les étoiles pendant la plus grande partie du concert, hypnotisé par la musique à la fois dense et aérienne du combo français. Je mentionne tout de même la vitesse incroyable à laquelle gratte le guitariste de gauche. J’ai rarement vu un poignet riffer aussi vite et de manière si millimétrique. Ce show s’achève sur un duo de flute traditionnelle des frères Uibo avant que tout le monde soit replongé dans l’obscurité. Sans conteste la meilleure prestation que j’aie pu voir de Chaos Echoes. Et malgré les quelques points faibles évoqués plus haut, je reste perché pendant un bon moment après leur set et n’accorde même pas d’importance au groupe suivant. L’alcool semble être la seule et unique prochaine étape…

Jour 1

Bien que le réveil soit difficile après la nuit précédente – dont je tairai les péripéties –, les groupes ne commencent qu’assez tard dans l’après-midi en ce premier vrai jour de festival. Nous avons donc l’occasion de visiter un peu le site, parcourir le merch, boire au bar et même tester le petit train qui parcourt la totalité du festival. Mais voici maintenant l’heure du premier groupe qui m’intéresse…

Oraculum

Les Chiliens d’Oraculum jouissent déjà d’une certaine réputation dans le milieu underground, et ce malgré un parcours encore extrêmement modeste. Cela est certainement dû au fait que la formation comprend deux des membres fondateurs de Wrathprayer, un combo ayant déjà fait ses preuves au sein de la foisonnante scène extrême chilienne. Cependant, loin du Black Death – très en vogue en ce moment – du groupe suscité, Oraculum propose une musique bien plus orientée Death Metal qui va faire mouche en ce début de journée, du moins chez votre serviteur.

Il est vrai que le public est encore bien timide en ce début de festival, et nous sommes finalement assez peu à être rassemblés devant l’unique scène du site. Mais cela ne va pas empêcher le quatuor de nous délivrer une prestation exemplaire, sans fioritures. Très peu d’adresses au public de la part du frontman, mais plusieurs poings levés et signes aux fans de la part d’à peu près tous les musiciens durant la durée du set. Une attitude sobre qui ne détonne pas avec la musique jouée. Un Death Metal dense et extrêmement sombre, dont les gros riffs principaux – accordés plus bas que terre – sont ponctués çà et là de midtempi bien placés ou de leads tourmentés. Le tout alterne à merveille entre lenteur et rapidité, complété par un chant growl très profond. Le batteur semble vraiment peiner par moments, mais il parvient à terminer le set sans encombre.

Niveau sonore, le tout gagne à être amélioré, notamment les transitions au sein des morceaux qui paraissent très brouillonnes par moments, mais globalement tout reste perceptible. Outre les titres des deux EP – dont un excellent Semper Excelcius –, nous avons également droit à du nouveau, dont un extrait du premier full-length à paraitre prochainement. Le cadre est vraiment excellent, la scène est assez petite et les grands arbres entourent tout le petit site sur lequel nous ne sommes vraiment pas à l’étroit. On peut facilement accéder aux premiers rangs et circuler malgré la modeste taille du festival. Je reste ainsi assez proche de la scène alors que les festivaliers se font de plus en plus nombreux à mes côtés. La prestation des Chiliens semble donc avoir convaincu bien d’autres personnes que moi, et c’est tant mieux. J’attends avec impatience l’album !

Gospel of the Horns

Après une pause au camping, il est temps de réinvestir le site qui, étonnement, semble bien plus peuplé qu’auparavant. Évidemment, cela est dû au set d’un certain groupe qui est sur le point de débuter : celui de Gospel of the Horns. Pour ma part, il s’agit de ma principale, voire ma seule véritable attente du festival (bon ok, avec Pagan Altar), et je suis déjà bien placé alors que les fans se massent de plus en plus à l’avant de la scène. Et lorsque les Australiens arrivent, nous n’avons même pas le temps de manifester ne serait-ce qu’un signe ou cri quelconque que le set démarre déjà en trombe.

Ça riff dans tous les sens, ça balance des hurlements éraillés et des « UGH » de partout, ça martèle le kick de d-beat et de skank à n’en plus finir… Bref, tout ce qu’on attend d’un véritable groupe de Black Thrash. Gospel of the Horns était déjà en studio l’un de mes groupes favoris en la matière, mais le groupe va ne faire que confirmer ce sentiment pour ce qui est du live. Quelle branlée ! En plus des ex-membres de Deströyer 666, je m’aperçois que le second guitariste n’est autre que le frontman de Razor of Occam. Un vrai rassemblement de cadors ! Nous n’avons même pas le temps de souffler que l’on se prend déjà un Powers of Darkness en pleine tronche. Moi qui pensais qu’ils gardaient ce morceau pour la fin de set, je suis déjà pris dans la liesse qui emballe la quasi-totalité des premiers rangs. Grande est ma surprise, d’ailleurs, de ne pas voir de pit se former, mais cela n’empêche pas les fans de headbanger et de lever le point en hurlant les refrains pendant la totalité du concert. Le son de gratte n’est pas terrible, en particulier celle du soliste, mais quasiment toute l’assemblée connait les morceaux par cœur donc ce n’est pas un problème majeur pour le public. Coz, le chanteur et bassiste (gaucher !) ressemble vraiment à un père de famille maintenant qu’il s’est coupé les cheveux. Mais cela ne l’empêche pas de fédérer la totalité de l’audience, autant entre les morceaux que pendant. Bien que le groupe varie les titres – avec notamment Death Sentence, Gospel of the Horns ou l’énorme Desolation Descending –, c’est le chef-d’œuvre Call to Arms qui constitue la plus grande partie de la setlist : Slaves, Vengeance is Mine et un terrible final sur Absolute Power. L’absence de Chaosbringer sera mon seul regret du concert, mais c’est une broutille. Nous venons tout simplement d’assister au meilleur show du festival, ni plus ni moins.

Manilla Road

Cela commence à faire un paquet de fois que je dois écrire sur Manilla Road, donc je tacherai de faire court pour cette fois. Le son de gratte est encore plus horrible que d’habitude, mais ça n’empêche pas tout le monde d’être à fond du début à la fin. Toujours autant de synergie entre les musiciens et le public, toujours autant de poings levés et toujours autant de voix atroces tout autour de nous (incluant bien sûr la mienne) pour chaque couplet et chaque refrain. C’est l’un des rares groupes qui a compris qu’en live il faut éternellement rejouer les mêmes vieux classiques malgré le fait que l’on continue à sortir de nouveaux albums. Ce sera donc encore une fois le même (excellent) cocktail 1983-1987, avec le fameux enchainement Masque of the red Death by the Hammer of the Witches Brew (annoncé tel quel par le chanteur). Et après les sempiternels tubes d’ouverture de Crystal Logic, le groupe finit par un rappel sur Heavy Metal to the World. Toujours pareil, toujours excellent. Malgré le son de guitare, on passe une nouvelle fois un très bon moment devant les vieux briscards américains. Merci et à la revoyure !

Tormentor

Nous terminons enfin ce premier jour par une… curiosité. À titre personnel, j’ai toujours apprécié le premier album (ou démo selon le label) de Tormentor, mais je n’ai jamais ressenti le besoin absolu qu’ils se reforment pour que je puisse les voir en live… Ainsi, j’ai à la fois envie d’entendre les morceaux d’Anno Domini sur scène, mais je redoute en même temps ce que pourrait donner la prestation des Hongrois après je ne sais combien d’années de split et un parcours assez hasardeux pendant les années 90.

Le show commence sur l’intro de l’album avec le fameux thème de Phantasm – certainement un des thèmes cinématographiques les plus utilisés dans le Metal extrême au passage – et le groupe enchaine logiquement sur l’emblématique Tormentor – sans guest des mecs de Nifelheim, malgré leur présence sur cette même scène le lendemain. Personnellement, je ne sais pas si c’est la fatigue, l’alcool ou simplement la qualité du show, mais je ne suis absolument pas convaincu par le set des Hongrois. Le son n’est vraiment pas terrible à côté de la régie, particulièrement celui de la batterie (ce kick, quelle horreur !) et le jeu de scène d’Attila est presque aussi ridicule que lorsqu’il est avec Mayhem… Je parviens à tenir quelques morceaux mais je finis par débarrasser le plancher après Elisabeth Bathory. Me concernant, Tormentor en live, c’est définitivement un grand NON. Direction l’after !

Jour 2

Taphos

Taphos fait partie de cette jeune vague de groupes de Death Metal nordiques et germaniques aux multiples influences. Marchant dans les pas des Grands Anciens autant que dans ceux des Nouveaux, le récent combo danois ne souffre d’aucune comparaison dévalorisante. Certains passages rappellent les ultimes Kaamos, d’autres les plus récents Beyond ou Vorum, bref, un Death Metal violent, torturé et résolument sombre.

Je suis encore ensuqué de la veille, mais cela ne va pas m’empêcher d’apprécier comme il se doit la prestation des Danois. Les gars adoptent une attitude assez fermée sur scène mais font néanmoins quelques signes – ou plutôt devrais-je dire « gestes de guerre » © – au public durant leur set. Nous avons droit à quelques morceaux des démos, mais la part belle est évidemment faite au nouvel album tout juste paru. Pour ma part, ce sont les passages à deux voix qui m’éblouissent le plus, notamment sur l’énorme Ocular Blackness. Le son de guitare n’est pas ultra équilibré – celle du soliste est bien trop en avant – mais cela reste appréciable. Pour ma part, mes yeux restent surtout rivés sur le batteur au jeu assez insolite. Totalement ambidextre, celui-ci alterne entre la position snare / hi-hat classique, et un jeu gaucher tom basse / snare ultra véloce. Les coupures nettes entre deux parties avec reprises pile sur le temps – sans aucune annonce d’un quelconque musicien – sont également très impressionnantes. Je n’épilogue pas plus, Taphos est à n’en point douter l’un des nouveaux groupes à suivre dans cette récente scène germano-scandinave. Autant en studio qu’en live !

Indian Nightmare

Place maintenant à ce qui va être la claque de la journée pour beaucoup d’entre nous : Indian Nightmare ! Fondé en Allemagne par des musiciens italiens, mexicains, indonésiens ou encore turcs, le groupe nous a gratifié en 2017 d’une des galettes les plus rafraichissantes en matière de Metal Punk. J’emploie ces deux termes dans leur sens le plus pur, car en effet, la musique d’Indian Nightmare est un assortiment de tout ce qui fait la puissance des années 80 dans ces deux grands genres. Des morceaux courts et expéditifs alliant rythmique Punk Hardcore et riffing Heavy Speed, le tout couplé à des vocaux graves, aigus ou arrachés pour un cocktail des plus détonants ! Beaucoup de ceux qui les avaient découverts au fameux Courts of Chaos Festival avaient été bluffés, et j’espère bien, moi aussi, rester pantois après leur set d’aujourd’hui.

Les cinq musiciens déboulent sur scène avec une espèce de maquillage traditionnel natif américain, et des ossements autour du cou. Les coiffures du chanteur et du guitariste rythmique rappellent les heures les plus sombres du Speed Thrash japonais (Rosenfeld, Rommel, Mein Kampf et j’en passe) malgré l’opposition absolue de l’imagerie des groupes en question. Le vocaliste exhibe fièrement ses tatouages aztèques ou mayas sur toute la surface de son torse et de son ventre et exécutera même quelques chorégraphies traditionnelles à la gloire du soleil durant le show. On ne peut plus souriant, celui-ci ne va pas cesser de se déplacer partout sur scène, et même en contrebas, en parfaite osmose avec le public en liesse. Il fait tournoyer son micro, le jette en l’air, et finit même par l’exploser par terre à la fin du show. On le voit également mettre le feu à un sabre traditionnel en le brandissant en milieu de set… Bref, en ce qui concerne le show, nous en avons pour notre argent, c’est le moins que l’on puisse dire !

Concernant le musical, le groupe a la particularité de ravir autant les fans de Hardcore old school que ceux de Heavy Speed ou de Thrash Metal. Indian Nightmare est un parfait melting pot de tout ce que les 80’s ont de mieux à offrir en termes de violence : un batteur Crust Punk enchainant les rythmiques d-beat et skank beat sans discontinuer, un guitariste soliste oscillant à merveille entre Thrash et Heavy Speed, un gratteux rythmique très influencé Burning Spirit (il arbore d’ailleurs pour l’occasion un t-shirt Death Side), et un chanteur alternant entre vocaux criards Speed Thrash et cris Heavy tantôt graves et profonds, tantôt très aigus et puissants. Bref, un cocktail de Metal Punk 80’s absolument parfait en live ! Le bassiste – aux faux airs de Joey d’Hexecutor – semble le seul membre à ne pas être hyper à fond pendant le concert, mais pour ce qui est du reste, c’est un véritable festival d’hyperactivité sur scène ! La fosse, au début encore timide, finit par exploser très rapidement. De plus en plus de monde s’approche au fil du concert et nombreux sont les poings levés et les refrains scandés en chœur (celui de War-Metal-Punx en tête). La plus grande partie du concert est évidemment réservée à l’unique album Taking back the Land, avec entre autres Circles of Fire, Betrayers ou Riders of Doom joué en fin de set, mais le groupe nous balance également quelques vieux titres inédits comme Land of the Damned. Pour ma part, et c’est le cas pour beaucoup d’autres, c’est l’ultime Fire Meets Steel qui me met à genoux. Certainement l’un des points d’orgue du show ! Mélodies entêtantes, breaks ultra groovies, chorus fédérateurs, et j’en passe. Ce groupe possède absolument tout ce qu’il faut pour le live. Indian Nightmare était pour moi l’une des claques studio de 2017, ce sera définitivement l’une de mes claques live 2018. Chapeau bas !

Hällas

Nous y voilà. Hällas. LA hype de 2017. LE groupe à propos duquel tous les branleurs d’internet n’en finissent pas de s’étriper. Révélation pour certains, usurpation pour d’autres, Hällas déchaine les passions et gagne par la même occasion toujours plus en popularité. Il n’y a qu’à voir le stand de merch officiel en ce second jour de festival, qui est à pratiquement 80% constitué de merch à l’effigie des Suédois. Pour ma part, je concède aux soi-disant puristes que le groupe n’a rien inventé, mais cela n’enlève en rien la qualité de plusieurs de leurs compositions, du moins pour ce qui est du récent album. Pour les paysans de très haute montagne qui auraient été épargnés par la hype, Hällas est un quintet suédois pratiquant un Hard Rock typiquement 70’s. Le son de guitare rappelle instantanément celui de Wishbone Ash, mais les nappes de synthé et effets sonores apportent une ambiance presque psychédélique par moments. La voix du chanteur est également assez spéciale : un accent suédois à couper au couteau et certaines intonations qui sonnent presque volontairement faux.

Sur scène en revanche, c’est le visuel qui frappe le plus. Le backdrop – sur lequel aucun logo n’est affiché d’ailleurs – me fait légèrement penser aux premiers Jonathan de Cosey. Mais c’est véritablement le look des musiciens qui interpelle le plus : maquillage et paillettes argentées sous les yeux, bottes brillantes à talons, vêtements moulants en velours bleu et grandes capes… C’est… C’est une autre culture… Le set commence à ma grande surprise sur mes deux titres favoris : The Astral Seer et The Golden City of Semyra. C’est bon, je peux partir. Non pas que les autres titres soient mauvais, mais personnellement ce sont uniquement ces deux-là qui me font vraiment de l’effet. Je reste donc assez dubitatif durant le reste du concert. Il y a pas mal de monde devant la scène en cette fin d’après-midi, mais quasiment personne n’est à fond devant les Suédois. Moi qui pensais voir une armée de fans chantant en chœur tous les morceaux… Le groupe ne serait-il pas aussi populaire qu’on le pensait ? Ou alors dans le mauvais sens du terme ? Ou encore le public du Chaos Descends ne connaitrait-il pas assez le groupe ? Bref, au niveau ambiance ce n’est clairement pas ce que je pensais vivre. Les musiciens sont également très scolaires sur scène. Mis à part le chanteur, tous les membres sont inexpressifs au possible et exécutent leurs titres sans la moindre conviction. De plus, de là où je suis, je ne parviens pas à voir le claviériste, qui est pour moi l’un des rares éléments intéressants du groupe en live – notamment avec les effets à la Hawkwind sur la fin de set. Et mis à part le final sur Hällas et le « tube » Star Rider – qui, je le reconnais, fonctionne assez bien en live –, le public ne montre que très peu d’enthousiasme. Bref, un vrai pétard mouillé me concernant, et je pense que c’est aussi le cas pour beaucoup d’autres. Tout ça pour ça ?

Demilich

Certains d’entre vous le savent déjà, mais Demilich est mon groupe finlandais préféré. Et, contrairement à ce que beaucoup pensent savoir, leur popularité au sein de la modeste – quoi qu’en disent les détracteurs – scène finlandaise, n’est absolument pas due à un quelconque statut culte ou à un split précoce après un seul album. Non. Demilich est tout simplement l’un des groupes de Death début 90’s à mélanger le feeling carcassien d’une partie de leur scène de l’époque avec une technicité et une complexité de composition encore inédite dans le paysage FinnDeath et même ailleurs. Sans parler des vocaux, parmi les plus uniques qu’on ait pu entendre à l’époque, et encore aujourd’hui. Quoi qu’on puisse leur reprocher, leur Death Metal est instantanément reconnaissable et, bien qu’il ne plaise pas à tout le monde, mérite amplement la récente popularité du groupe – bien qu’encore une fois, « popularité » soit un bien grand mot…

Ce petit laïus fini, je vais à présent pouvoir, aux yeux de tous, descendre en flèche l’un de mes groupes préférés de l’affiche. Bon… Peut-être pas descendre en flèche, mais il s’agit de très loin de la moins bonne prestation des Finlandais que j’aie pu voir à ce jour. Premièrement le son. Celui-ci est toujours aussi inégal que pour beaucoup d’autres groupes du week-end. Les nombreux leads – pourtant indispensables pour s’imprégner du style du groupe – ne sont quasiment pas audibles. Ce qui enlève d’emblée toute une partie de l’aspect technique et mélodique des compos du groupe en live. Et je ne parle pas des nombreux larsens qui rendent le tout encore plus insupportable. Le seul vrai bon moment du set est pour moi le vieux titre Slimy Flying Creatures… durant lequel on comprend à peu près tout. Pourtant, la setlist n’est vraiment pas mal, avec en plus mes deux titres préférés en ouverture et fermeture de set (respectivement Inherited Bowel Levitation et Embalmed Beauty Sleep). Avec en vrac The Planet…, And you’ll Remain…, When the Sun…, Sixteenth-Six Tooth…, Vanishing of Emptiness, Putrefying Road… et Within the Chamber… Mais pour couronner le tout, Antti est beaucoup trop saoul en ce début de soirée. Il se perd ainsi dans de nombreux speechs sans fin entre chaque morceau, cela à tel point que certains fans lui disent même de la fermer et jouer – ce que je peux clairement comprendre… Bien qu’il soit toujours aussi marrant et sympathique, ses nombreuses digressions alcoolisées lui coutent une partie de la fin de set. Résultat : The Echo ne peut même pas être fini, et The Cry passe à la trappe. J’ai beau adorer le groupe, c’est vraiment la pire fois que je vois Demilich

Nifelheim

Cela fait également un paquet de fois que j’écris sur Nifelheim, donc je serai une fois encore très bref. La régie connait bien les frères Gustavsson et c’est donc du Iron Maiden qui passe pendant la totalité des balances. Et lorsque tout est réglé c’est un furieux Black Evil qui ouvre les hostilités. Les refrains sont repris par la foule tout aussi possédée que les musiciens. Et lorsqu’arrive l’ouverture d’Infernal Flame of Destruction un violent pit se forme instantanément. Ça se bouscule, ça tombe, ça saute, ça presse des oranges invisibles, ça grimace et ça hurle à n’en plus finir… Bref, comme d’habitude. Les frérots sont toujours aussi énergiques sur scène et nous gratifient encore de leurs mimiques et de leurs gestes de guerre © typiques. Malgré la présence d’un certain nombre de déchets dans le pit – et je ne parle pas d’objets –, le public reste à fond du début à la fin. Comme d’habitude on a droit à Storm of the Reaper et à tous les tubes du premier album dont Sodomizer, Satanic Sacrifice, Storm of Satan’s Fire et un final sur Possessed by Evil. Je n’en dis pas plus : du grand Nifelheim, comme à l’accoutumée. Merci au revoir !

Pagan Altar

Et maintenant le clou du spectacle. Ma principale attente de ce deuxième et dernier jour de fest. Un groupe que je ne pensais pas avoir l’occasion de voir après le tragique événement de 2015. Mais ils sont bien là, devant moi. Aidés par l’excellent chanteur de Magic Circle, le groupe du fils Jones va rendre un magnifique hommage au papa décédé il y a trois ans.

Et cela commence par un enchainement de trois titres du premier monument, à savoir Pagan Altar, In the Wake of Armadeus et The Black Mass. Le premier titre éponyme est d’ailleurs joué encore plus lentement, ce qui rend le tout plus poignant qu’en studio. Malheureusement la voix du nouveau chanteur n’est que très peu perceptible sur tout le début de set. Fort dommage au vu de la qualité de son chant. Le vocaliste de Magic Circle et de tout un tas d’autres projets est tout simplement bluffant. Celui-ci se rapproche à la fois des vocaux du défunt Terry Jones, et possède en même temps un timbre tellement unique. Le passage « hooves of black plumed horses are silent… » de Sentinels of Hate me met presque les larmes aux yeux tellement la voix du chanteur est belle. Dommage que le son du micro ne soit pas adéquat, on a même quelques larsens disgracieux qui viennent polluer ce set pourtant magnifique.

En dehors de ça, c’est véritablement Alan Jones qui demeure le centre d’attention. Son jeu de guitare est parmi les plus uniques de la scène NWOBHM. Les leads mélodiques 80’s et même 70’s qu’il ajoute sur la rythmique lente et mélancolique du riffing principal sont tout simplement à tomber par terre. Quelle dextérité ! Avec son sempiternel béret, il ne regarde que très peu le public – pourtant très éclairé par les spots en cette tombée de jour – et garde tout du long les yeux rivés sur sa guitare. Les lights sont d’ailleurs très agréables lors de ce concert. Là où il ne m’avait pas marqué pour les autres prestations nocturnes du festival, le jeu de lumière est cette fois-ci très plaisant, oscillant entre le rouge et les tons clairs. Les musiciens sont tous en léger contre-jour, entourés par des halos aux teintes changeantes. Une beauté en adéquation avec la musique jouée. Le batteur, bien qu’il ne soit pas l’un des éléments les plus significatifs du groupe, possède un jeu très ample et énergique sur scène. La messe s’achève sur l’emblématique Judgement of the Dead et finit en ovation générale. C’est clairement le plus beau concert de la journée. Une musique restituée à la perfection sur scène grâce notamment à un Alan Jones des grands soirs, et une interprétation tout simplement intersidérale de la part du nouveau vocaliste. Je peux maintenant mourir en paix.

***

Ainsi s’achève cette édition 2018 du Chaos Descends. Un festival qui, comme tous les ans, propose une affiche variée mais pas trop chargée. Nous avons droit sur deux jours à un assortiment de Black, Death, Thrash, Speed, Heavy Doom et dérivés, couplé à quelques formations un peu plus spéciales, pour ne pas dire totalement inattendues selon les années (Rock, Drone, musique expérimentale et j’en passe). Sur deux jours nous assistons à un nombre satisfaisant de prestations et avons tout autant de temps pour visiter, boire et passer de bons moments avec les autres festivaliers.

Le Chaos Descends continue donc à merveille le projet du Hell’s Pleasure et nous offre deux jours et demi de bonne musique dans un cadre vraiment unique. Il y en a pour tous les gouts, du moment qu’on aime fouiller un peu partout, et il y a autant de groupes « confirmés » que de jeunes formations. Le site n’accueille que quelques centaines de festivaliers et reste vraiment assez petit et intimiste. La forêt environnante est splendide et il y a même une petite rivière longeant le camping où l’on peut se tremper les pieds en buvant un coup, et même se baigner pour les plus téméraires.

Bien que, pour ma part, les affiches de chaque édition oscillent entre le « j’aime bien mais déjà vu » et « j’aime bien mais la flemme d’aller jusque là bas pour eux », je suis extrêmement content de m’être enfin décidé à sauter le pas. Je ne regrette vraiment pas cette expérience et la retenterai volontiers dans les années à venir. À toi qui n’a plus le gout des trop gros festivals et qui commence à avoir fait le tour de plus ou moins tout ce que tu voulais voir en live, je ne saurais que trop te conseiller le Chaos Descends Festival !