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mercredi 28 février 2018 - Malice

Hantaoma - Cernunnos Pagan Fest 2018

Patrick & Patrice

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Le Cernunnos Pagan Festival était l'occasion d'assister aux premiers pas sur scène de Hantaoma, le side project de Patrick et Patrice de Stille Volk. Un premier concert après lequel nous avons retrouvé les deux hommes, rapidement accompagnés de tout le groupe.


 

Alors, tout d'abord, comme je vous happe à la sortie de votre concert ou presque, l'occasion est idéale pour un débriefing : comment ça s'est passé ?

Patrick : Ca s'est bien passé, franchement. Pour une première date, on est contents. Les musiciens qui ont intégré le groupe sont des gars qu'on a rencontrés assez récemment, on a fait deux répétitions ... donc on peut dire que ça s'est bien passé !

Patrice : La réponse du public a été bonne. On ne savait pas trop à quoi s'attendre puisque la version studio de Hantaoma comporte quand même pas mal d'instruments traditionnels, qu'on a décidé de laisser complètement de côté... On est partis sur une mise en place 100% metal sans savoir comment ça allait être perçu, mais apparemment, ça a plu. Maintenant, les gens qui ont découvert Hantaoma sur scène vont aussi être surpris dans l'autre sens, en découvrant le côté pagan/folk sur album, ce sera intéressant.
 

A quel moment, justement, décidez-vous d'abandonner cette partie assez importante de la musique de Hantaoma pour vous focaliser sur la facette plus metal ?

Patrice : L'expérience qu'on a avec Stille Volk fait qu'on sait une chose : accorder et gérer des instruments acoustiques est très difficile. Gérer les instruments folk et le côté metal nécessite d'être 7 ou 8 sur scène, un peu comme Eluveitie. On a opté pour une approche un peu « à la Primordial ».

Patrick : Après, ce n'est pas quelque chose d'exclu du tout. On voulait d'abord voir comment ça se passerait sur scène, mais à l'avenir, rien n'empêche qu'on intègre des instruments trad'.
 

Et je suppose qu'en tant que musiciens habitués à jouer d'instruments traditionnels, les bandes, c'est exclu...

Patrick : C'est rédhibitoire.

Patrice : Oui, c'est complètement exclu. Il faut jouer au clic, en plus, alors qu'on aime cette possibilité d'accélérer si on le sent...

Patrick : Ca tue un peu le feeling, je trouve.


N'est-ce pas aussi une façon de vous détacher de Stille Volk et de prendre un peu d'air, en fait ?

Patrick : (sourire) Complètement.

Patrice : Ca nous manque de jouer du metal. On se l'est dit avec Patrick : ça fait depuis 1998 qu'on a pas fait de concert de metal ! Stille Volk occupait tout notre temps.

Patrick : C'était ma première en chant extrême, aussi. En live, du moins. Studio, c'est facile, j'ai enregistré l'album, mais il fallait voir comment ça se passe en live et je ne suis pas mécontent (rires).
 


 

La question qu'on va vous poser mille fois, désormais : qu'est-ce qui explique le temps entre les deux albums d'Hantaoma ? (Malamort sort treize ans après Malombra, nda)

Patrick : Oh, on a fait des enfants, plein de choses ... La vie (rires).

Patrice : On ne savait pas trop s'il y aurait une suite, mais on avait quand même signé pour deux albums. Après, la majorité des morceaux de Malamort datent de 2005 ou 2006, quand même. J'ai toujours composé, au bout d'un moment on s'est donc retrouvés avec une dizaine de morceaux... Mais il fallait trouver des musiciens, d'abord : ceux du premier album n'étaient plus intéressés. Ca nous a pris deux-trois ans déjà, pour trouver un batteur ... Ensuite, il a fallu écrire et trouver des textes, on voulait que l'album ne contienne que des textes jamais mis en musique. Et derrière, il a fallu enregistrer.

Patrick : L'enregistrement a pris deux ans avec tout un tas de périples qu'on ne va pas raconter ici... Ca a été un vrai chemin de croix, c'est fou.

Patrice : Sur la fin, ça a été vite, parce qu'on a récupéré le mix final en décembre et l'album sort dans quinze jours.


En live, vous avez déjà décidé de jouer pas mal d'extraits de cet album pas encore paru. C'est un risque ...

Patrick : On a joué les morceaux qui nous plaisaient, sans se stresser. Trois du premier album, les plus emblématiques, même s'il y en a d'autres ...

Patrice : Disons qu'en effet, si l'album était sorti avant, ça aurait été mieux. Mais le point positif est qu'on l'a déjà aujourd'hui sur le merch'. Sans ça, on n'aurait eu aucun merch' à proposer (rires).


C'est quand on laisse autant de temps s'écouler entre deux albums qu'on se rend compte de l'attente qui grandit et du succès qu'a eu le premier ?

Patrick : Non, on s'en était déjà rendu compte à l'époque. Mais c'est vrai qu'on a été fort concentrés sur Stille Volk et qu'on ne courait pas vraiment après cette scène pagan qui s'est développée entre temps de manière exponentielle. On n'avait pas de plan de carrière (rires).

Patrice : On a un peu passé l'âge d'imaginer avoir un succès (sourire). On se fait plaisir.


Sur ces entrefaites, le reste du groupe, Patrick (guitare), Damien (batterie) et Alex (basse) rejoint l'interview. J'interviewe donc deux Patrick et un Patrice sueurs froides.

***
 

On va donc en profiter pour demander aux nouveaux venus comment ils ont intégré Hantaoma ...

Patrick (guitare) : Notre bassiste, Fabrice, devait à la base jouer dans Hantaoma. Il a proposé à Damien de l'accompagner (batterie), mais lui-même n'a pas pu jouer, donc il a proposé à Alex (basse). Quant à moi, l'idée de retrouver cette base Khaos Dei (Patrick et Damien jouent dans Khaos Dei, nda) me plaisait bien. J'écoutais déjà Stille Volk quand j'étais petit ... (les autres se marrent)

Patrice : T'avais quoi, quatorze ans ?

Patrick (guitare) : Voilà, et maintenant j'en ai 36 (rires). Ca s'est fait simplement, au final. J'ai la chance de jouer de la guitare live avec des gens dont j'étais fan quand j'étais jeune. Ca me parle, ce groupe en occitan, moi qui suis Toulousain d'origine...


Vous deux, Damien et Alex, le pagan, c'est un style qui vous parlait à l'origine ?

Damien : Alors là, pas du tout ! Je ne connaissais ni Hantaoma ni Stille Volk, ça m'intéressait aussi, l'idée d'y mettre éventuellement ma patte ...

Patrice : Et pour nous, c'est intéressant aussi, cet aspect. D'avoir des musiciens venus d'un autre style, qui jouent très bien et qui savent jouer sans nous (rires). C'est rassurant de s'appuyer sur des musiciens de qualité après être parfois tombé sur des tocards ces vingt dernières années. Ca fait plaisir.
 


Tant qu'on évoque le pagan en tant que style, quelle est votre opinion sur cette scène ?

Patrick : On n'en a plus (rires). Plus sérieusement, il y a tout un côté surfait, mainstream... Bien sûr, il y a des bonnes choses, des vraies surprises, mais je ne m'y intéresse plus forcément comme avant. Je reste un peu en dehors du truc. C'est un courant comme un autre aujourd'hui, ça va grossir jusqu'à dégueuler.

Patrice : Et ce qui restera, ce seront des groupes comme Primordial, Cruachan ... les groupes de vieux, quoi. Pour moi, Primordial, c'est LE groupe pagan (Patrick approuve). Quand on s'est lancés à l'époque, avec Stille Volk, en 1994, on faisait partie des seuls dans ce créneau en France. Bon, ça a été un peu récupéré par quelques petits fachos à l'époque, heureusement, ça s'est calmé.


Le chant en occitan, c'est quelque chose d'incontournable dans votre musique ?

Patrick : Absolument, c'est un parti pris. Hantaoma chantera toujours en occitan, ça amène cette magie, ce mysticisme ...

Patrice : Mon intérêt pour la sorcellerie me vient de ma grand-mère, qui me racontait des histoires du Grand Albert (un livre de magie, nda), du bouc qui courait autour de l'autel du village ... Des histoires auxquelles elle croyait, attention ! Et elle me les racontait en occitan. L'occitan, ce n'est pas forcément un outil que je vais utiliser pour correspondre, c'est ce que ça véhicule en termes d'imagerie, ces histoires...


Ces langues régionales, c'est quelque chose qui se perd ?

Patrick : Plus vraiment, non. Ca revient, même.

Patrick(guitare) : Moi, à l'époque, j'avais des cours d'occitan en option.

Patrice : On va dire que ça ne se perd plus. Après, il faut se méfier de ceux qui vont te faire un petit laïus sur l'occitan et sa culture alors qu'ils le connaissent depuis deux ans ...


Plus tôt, j'ai demandé à Patrice et Patrick comment s'était passé le concert pour eux, je vous pose donc la question, Patrick, Damien et Alex ...

Patrick(guitare): Super bien pour ma part. Ce qui me fait du bien, c'est de n'avoir que la guitare à gérer alors que dans Khaos Dei, je dois aussi gérer le chant. Damien m'a dit qu'à un moment du concert, on aurait dit que j'étais en pantoufles (rires). J'étais à l'aise. J'ai connu ça à l'époque de Diapsiquir, le fait de ne jouer que de la guitare, ça me détend. Puis le pagan, moi, je ne connaissais absolument pas, donc j'ai dû apprendre ça sur le tas et c'est plutôt chouette à jouer ! Les gens sont cool, pas prise de tête, je ne suis pas déçu.

Alex : Je suis celui qui a le moins d'expérience ici, il y avait un défi pour moi. En plus je suis guitariste, à la base... Ca faisait donc deux défis, j'avais peut-être un peu plus de pression qu'eux. Et au final, pas déçu non plus ! Vivement la prochaine (sourire).


La prochaine, parlons-en : quels sont les projets ? Une tournée ?

Patrice : La prochaine c'est le Hellfest, mais pour l'instant, rien d'autre. Mais le fait d'avoir joué pour une première fois va déclencher quelque chose. Plutôt quelques concerts ponctuels, je pense... Toute bonne proposition sera étudiée (sourire).


D'autant qu'il y a les actualités des autres groupes à gérer en même temps...

Patrice : En ce moment, on enregistre avec Stille Volk.

Patrick(guitare) : L'actu de Khaos Dei est assez chargée, avec un album sorti l'année passée et ... Bon, c'est la première fois qu'on en parle, mais le prochain est en bonne voie également. On fait une petite pause pour Hantaoma parce que ça méritait toute notre attention puis derrière, on prendra quand même notre temps. On a été rapidement signés chez Osmose et on s'est retrouvés comme des connards avec six pauvres morceaux composés (rires), donc on a dû rusher un peu à l'époque pour sortir deux albums. Maintenant qu'on est un peu rodés, on va bien travailler sur le troisième qui va sonner beaucoup plus mature, je pense.

Patrice : En fait, tout arrive en même temps. Après, pendant dix ans, il ne va plus rien se passer (rires).


Comme prochaine échéance, le Hellfest, c'est pas si mal.

Patrick(guitare) : On va faire une troisième répète, quand même (rires généraux).

Patrice : On a l'appui de la maison de disques, c'est notre chance. On l'a déjà joué deux fois avec Stille Volk, là ça fera la troisième ...

Patrick : C'est déjà pas si mal !

Patrick(guitare) : C'est ma première fois aussi. Ma seule petite déception est que Hantaoma joue le Hellfest avant que Khaos Dei y parvienne... Mais je suis très content d'y jouer ! Il y a si peu de groupes français qui y arrivent, franchement, je ne sais pas quoi dire.

Patrick : Ca reste une expérience à vivre.

Patrice : Je me rappelle que la première fois où on y a joué, vers 11h du matin, il y avait 10.000 personnes. On jouait après un groupe de black et on se demandait un peu ce qu'on faisait là et au final, ça s'est très bien passé. C'est comme être dans ta chambre avec tous tes posters autour de toi ! Tu regardes à côté de toi et tu vois Ventor (Kreator) qui joue au babyfoot ...

Patrick (guitare) : Il me tarde de chier à côté de David Vincent et de montrer ma bite à Shagrath (rires). Après, je ne cours pas après les stars et tout ce monde-là, un mec, c'est un mec, mais bon, c'est le prestige.

Patrice : Non, mais bon, croiser Biff de Saxon ou le gratteux d'Accept, ça fait quelque chose ...

Patrick : Et t'as pris une photo avec Andy LaRocque (King Diamond), quand même !

Patrice : Oui, c'est vrai (rires). C'est un truc de gamin, quoi, je prends la photo avec lui et je redeviens un gosse de 14 ans. Le Hellfest, c'est une expérience. En plus, on est super bien accueillis. Je n'irais pas forcément en tant que festivalier, il y a trop de monde, mais pour les artistes, c'est nickel.


Bon, je vous laisse le mot de la fin, comme d'habitude !

Patrick (guitare) : Merci au Cernunnos de nous avoir invités, déjà. Et merci au groupe de nous avoir fait confiance !

Patrice : C'est vrai qu'on perd un peu l'habitude de remercier les orgas mais pour nous, ça fait la quatrième fois ici, ça fait dix ans qu'ils veulent nous faire jouer avec Hantaoma... Jouer ici pour notre première est une façon de les remercier. Sans le Cernunnos, on aurait certainement attendu pour jouer, mais là, on avait une deadline, ce qui n'est pas plus mal.

Merci à vous !