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Album

09/02/18 - Di Sab

Turbonegro

Rock'N'Roll Machine

LabelBurger Records
styleDeathPunk
formatAlbum
paysNorvège
sortiefévrier 2018
La note de
Di Sab
4/10


Di Sab

Le 20 Novembre 2015, exactement une semaine après le Bataclan, Turbonegro sortait de son silence pour offrir au public le parfait et plus que bienvenu Hot for Nietzsche. Dans cette période de grand désarroi, il fut tellement appréciable de pouvoir compter sur une des plus grosses machines à hits du rock. Tous ceux qui, chaque samedi soir, enfilaient des pantalons un peu moulants pour posséder la nuit jusqu’à s’effondrer, l’œil torve et l’âme fatiguée, dans les premiers métros avaient désormais une raison de ne plus s’en faire. Qu’importe les regards inquisiteurs de la France qui se lève tôt, qu’importe le fait de se prendre une balle le dimanche, you got nothing to lose.

Quelle ne fut pas la surprise de ces noceurs, tous de denim vêtus lorsqu’ils découvrirent le poussif et artificiel Special Education quelques mois plus tard.  La dualité (non antagoniste) rock/disco a toujours été présente chez Turbonegro que ce soit dans les paroles (Wasted Again) ou l’esthétique très Village People. Les deux pôles ne se sont jamais autant rapprochés que lors de ce Rock N Roll Machine.

En soi, le concept de Rock N Roll Machine où chair et mécanique se rejoignent n’est pas trop mal et d’ailleurs dialogue avec pas mal de titres de la littérature rock : on pense à Rose Poussière de Jean Jacques Schuhl, roman expérimental du début des 70’s qui décrit l’avènement de l’être humain mécanique, remplaçable et où les groupes de rock ne sont là que pour faire écouter de l’électricité. Et surtout, c’est bien le Little Heroes de Norman Spinrad traduit en français par… Rock Machine qui se rappelle à notre bon souvenir, roman de SF où l’industrie du rock produit des Rock Stars mécaniques.

Factuellement, chez Turbonegro cela se concrétise par un virage à 180° par rapport à Sexual Harassment. Là où le premier album post Hank Von Helvete sorti en 2012 bénéficiait d’une production assez rêche et de titres très directs, où l’agressivité prenait le pas sur les fioritures ici c’est l’exact inverse. C’est acté dès l’artwork, l’album sera un hommage aux années 80, à ses couleurs criardes, à ses productions aseptisées, à son hard rock FM et surtout à ses claviers. Pour le meilleur et pour le pire.

Pour le meilleur car je considère Turbonegro comme le groupe le plus efficace du monde. Meilleurs que tous dans la production de hits catchys dont les refrains peuvent se hurler après une écoute. Partant de ce postulat, comment un groupe si bon dans ce domaine pouvait se foirer en s’inspirant de la décennie où la notion d’efficacité était la clé de voûte de la production rock mainstream ?

Pour le pire, car au final, Rock N Roll Machine me fait l’effet d’un pétard semi-mouillé, et que le groupe ne nous avait jamais habitués à un si mauvais rendement. Surtout que les titres les moins bons sont bien ceux qui s’inscrivent dans ce filon 80’s à claviers qu’ils semblent vouloir développer. Que dire à propos de Special Education ? Que dire de Skinhead Rock N Roll ? De Let the Punishment Fit the Behind ?  De ne pas les écouter ? De rester sur Shot in the Dark ou Fire of Unknown Origins si vous aimez le hard rock à synthés ? A la rigueur on sauvera John Carpenter Powder Ballad tellement over the top qu’elle en devient géniale. Les fans de Synthwave et de trucs type Stranger Things, Kung Fu Fury ou autres Turbo Kids apprécieront.   

Comme toujours, tout n’est pas tout noir. Hot for Nietzsche et surtout Hurry Up and Die sont de vrais monuments. Les très in your face The Rag et Fist City sont franchement réussies mais c’est bien parce qu’elles renouent avec le glorieux passé des Norvégiens (riffing direct/couplets section rythmique + chant). A propos de passé, on retrouve également une pléiade de références à toute l’histoire du rock, de Mayhem à Dead Kennedys (une parodie d’Holiday in CambodiaPol Pot devient fort logiquement Smoke Pot) en passant par Black Sabbath (la toux d’Iommi) ce qui rend l’album assez ludique et s’inscrit dans la continuité de What is Rock ? On se prend facilement au jeu d’essayer de relever tous les clins d’oeil alors que l’on mémorise les paroles. Celles-ci n’ont pas changé, du pur Turbonegro, caustiques, grivoises et totalement stupides, on attendait rien d’autre.

Le Relika de la semaine a mis en lumière une question intéressante : comment se comporter face à ses groupes favoris lorsqu’ils ne sont que l’ombre d’eux-mêmes ? Certains sont intransigeants, d’autres sont heureux de prendre ce qu’ils peuvent. J’ai tendance à adopter une position médiane et à trancher au cas par cas. Cela me laisse un peu pantois devant ce Turbonegro pas dénué de toute qualité, mais franchement pas incroyable. Il y a fort à parier que la nouvelle importance des synthés va diviser. Tout en n’étant pas convaincu, j’ai conscience que l’album s’inscrit dans son temps et fera la joie de milliers de Turbojugends à travers le monde. En attendant, laissons les médiocres crus décanter, voyons ce qu’il y a à sauver et continuons d’écouter Apocalypse Dudes, sorti exactement 20 ans avant Rock N Roll Machine, avant chaque soirée.   

Tracklist

01. The Rock And Roll Machine Suite Part I: Chrome Ozone Creation
02. The Rock And Roll Machine Suite Part II: Well Hello
03. The Rock And Roll Machine Suite Part III: RockNRoll Machine
04. Hurry Up & Die
05. Fist City
06. Skinhead Rock & Roll
07. Hot For Nietzsche
08. On the Rag
09. Let the Punishment Fit the Behind
10. John Carpenter Powder Ballad
11. Special Education