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Album

07/02/18 - ZSK

Ocean Of Grief

Nightfall's Lament

LabelRain Without End Records
styleDoom/Death Metal mélodique
formatAlbum
paysGrèce
sortiejanvier 2018
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Je dois avouer que je ne m’intéresse pas des masses à la scène grecque. Septicflesh me déçoit fortement depuis deux albums, Rotting Christ fait un peu n’importe quoi par moments (le très hétérogène Rituals qui succédait au fantastique Κατά τον δαίμονα εαυτού), d’autres groupes que j’apprécie comme Nightfall ou Mencea dans un autre registre ne sont guère productifs… Il fallait donc un newcomer de poids pour vraiment me faire renouer avec la scène grecque. Et c’est Rain Without End, division de Naturmacht et label de certains de mes frenchies favoris (Enshine, Cold Insight et désormais Fractal Gates qui va bientôt y sortir un troisième album que j’attends avec grande impatience), qui a fait une belle découverte avec la formation Athénienne Ocean Of Grief. Formé en 2014 sur les cendres de Typhon (deux membres, le bassite Giannis Koskinas et le guitariste Filippos Koliopanos), le groupe complète son line-up au fur et à mesure avec notamment un ex-guitariste de Final Words Of Sorrow et un claviériste passé par Memorain, et le chanteur Charalabos Oikonomopoulos. Un EP, Fortress Of My Dark Self, sortira en 2016 et l’aventure Ocean Of Grief est lancée. Nous voici désormais avec entre nos oreilles le premier full-length de ce nouveau groupe grec, Nightfall’s Lament. Rien à avoir avec Nightfall ou alors très peu, Ocean Of Grief pratique un style qu’affectionne bien Rain Without End (il le classe aux côtés d’Enshine), le Doom/Death mélodique et mélancolique, à la scandinave mais pas seulement car Ocean Of Grief va amener son côté « grec ». Et se poser, sur toutes ces bases, comme une belle révélation.

Pour situer le truc, il va falloir imaginer. Imaginer un Septic Flesh qui, à l’époque de Sumerian Daemons et avec ses moyens d’époque, aurait choisi de faire un quasi-retour aux sources, de faire un bilan de ce qu’il avait fait entre Mystic Places Of Dawn et A Fallen Temple, en oubliant Revolution DNA et la direction Death sympho prise sur Sumerian Daemons. Le tout en mariant ses particularités propres avec la mélancolie scandinave et finlandaise et le goût mélodique d’un Slumber, même s’il aurait été visionnaire vu que Fallout l’unique album de Slumber est sorti en 2004 et Sumerian Daemons en 2003… Bref, Ocean Of Grief propose un voyage dans les temps, un voyage entre Nord et Sud de l’Europe, un voyage dans une musique mélodique et extrême très éthérée. Une production claire mais abrasive qui renvoie aux standards du Doom/Death du début des années 2000 mais avec une légère remise au goût du jour en termes de puissance, un unique chant growlé bien profond (pas de chants clairs ou de chants féminins comme Septic Flesh en faisait à une certaine époque), des riffs appuyés et bon nombre de mélodies lumineuses, voilà la composition de Nightfall’s Lament, album qui s’annonçait comme une perle de Doom/Death mélodique dès la parution des premiers extraits. Ocean Of Grief reste dans la lignée de son premier EP Fortress Of My Dark Self, mais s’améliore logiquement que ce soit dans la forme avec un son léché, ou dans le fond avec des compos inspirées et encore plus prenantes. Tout cela pour 46 minutes d’un Doom/Death mélodique assez divin.

En 46 minutes pour 7 morceaux, Nightfall’s Lament va s’avérer être un album très homogène. Tellement qu’il n’est pas facile d’en tirer un morceau de référence, ni un morceau plus faible, même si sur la fin "The Breeding of Death" est un peu longuet et "The Release of the Soul" n’apporte plus rien. Mais il n’y a rien à jeter de cet album qui s’apprécie à chaque instant pour la qualité de ses diverses mélodies, de ses guitares Doom/Death bien pesantes, et des excellents growls de Charalabos Oikonomopoulos, assez proches de ceux de Seth de Septic Flesh d’ailleurs. On se laisse emporter dès l’ouverture sur "In Bleakness", qui démarre de manière délicieusement épique avant de jouer avec brio sur l’alternance mélodies/growls/bons riffs. S’il n’y a pas de véritable tube sur Nightfall’s Lament, Ocean Of Grief excelle dans la mise en place de ses morceaux grâce notamment à leurs départs : "Eyes of Oblivion" respire le meilleur Septic Flesh dès la mise en place des growls, "Mourning Over Memories" respire lui le Slumber dès que les mélodies arrivent, même chose pour "Fiend of the Overlord" où l’on sent un côté Enshine/Cold Insight… et que dire du début de "Painting My Sorrow" avec ses rythmiques très prenantes et ses growls maîtrisés, et des splendides mélodies qui ouvrent "The Release of the Soul". Nightfall’s Lament devient vite irrésistible pour peu qu’on aime ce style, et s’il est assez linéaire cet album regorge tout de même de moments forts au milieu d’un déluge de mélodies épiques (notamment pour "Mourning Over Memories" et "Fiend of the Overlord"). On s’arrêtera donc facilement sur le côté très éthéré de "Eyes of Oblivion", les super rythmiques jalonnant "Painting My Sorrow", les growls profonds de "The Breeding of Death"… vraiment, ce premier opus de Ocean Of Grief est vraiment majestueux dans le domaine du Doom/Death mélodique.

Avec ses mélodies Slumberiennes enivrantes et ses growls bien sentis, ce premier album de Ocean Of Grief atténue pour moi la déception du second album des russes de Lorelei qui n’avait pas réussi à transformer l’essai du magnifique Угрюмые волны Студеного Моря (en partie à cause du fait que l’exceptionnel growler E.S. ne soit plus de la partie, il est vrai). Mais je crois que je dois être un des seuls types en France à connaître Lorelei alors qu’importe. Ocean Of Grief a réussi ici quelque chose de grand, marier l’esprit « grec » des 5 premiers albums de Septic Flesh avec une epicness mélancolique scandinave, sous le joug d’un Doom/Death mélodique ni vraiment old-school ni foncièrement moderne qui est en réussite sur toutes les composantes nécessaires (mélodies lumineuses, growls profonds, riffs inspirés). Certes, tout ceci n’a pas grande originalité tant les influences se ressentent à chaque instant. Mais Septicflesh ne pratique plus ce style bien plus proche du Doom/Death depuis plus de 10 ans, et les groupes qui suivent l’héritage de Slumber sont bien rares (j’ai envie de dire qu’hormis In Mourning, ils sont tous signés chez Rain Without End…). Nightfall’s Lament, en dépit d’une certaine linéarité, est un parfait modèle de Doom/Death mélodique, bénéficiant d’éléments principaux et cruciaux maîtrisés. Difficile de ne pas se laisser emporter par cet ensemble léché et raffiné de mélodies divines, avec des growls bien monumentaux. Un splendide album de Doom/Death mélodique, et un fantastique premier album bien que classique pour Ocean Of Grief, qui va très vite s’asseoir comme une référence du genre, c’est certain. De quoi redonner des couleurs à la Grèce, et Janvier 2018 est à peine terminé que nous avons déjà une des premières révélations retentissantes de l’année. Du très bel œuvre…

 

Tracklist de Nightfall's Lament :

1. In Bleakness (7:28)
2. Eyes of Oblivion (7:51)
3. Mourning Over Memories (6:07)
4. Fiend of the Overlord (5:26)
5. Painting My Sorrow (7:39)
6. The Breeding of Death (5:11)
7. The Release of the Soul (6:21)