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Album

21/12/17 - S.A.D.E

ERDVE

Vaitojimas

LabelSeason Of Mist
stylePostcore/Black Metal
formatAlbum
paysLituanie
sortiefévrier 2018
La note de
S.A.D.E
8.5/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Coincés entre l'énorme scène scandinave et la très respectable scène polonaise, les groupes des pays baltiques franchissant les frontières ne sont pas légion. Et quand il s'agit de trouver un groupe qui ne soit pas sur un obscur label underground, c'est encore une autre paire de manches. Et pourtant, c'est bien sur un label qu'on peut raisonnablement qualifier d'important, Season Of Mist, que paraît le premier album du quatuor lituanien d'ERDVE.

Et quel premier album ! S'inscrivant dans la mouvance qui depuis quelques années maintenant cherche à brouiller les frontières entre Hardcore et Black Metal, ERDVE développe dès ce premier album une personnalité forte et un talent de composition assuré. On se retrouve face à quelque chose entre la lourdeur obèse d'un Black Sheep Wall des deux premiers albums et la noirceur vicieuse d'un Rorcal période actuelle. Si le titre éponyme qui ouvre l'album se rapproche clairement du Postcore lourd et sans finesse que proposent les Américains sus-mentionnés, la suite de l'album se veut plus variée, moins monolithique. En effet, dès Isnara et son introduction en arpèges grinçants, une composante Black Metal bien plus prégnante fait son apparition, glissant une touche de malaise dans une musique résolument puissante. Et cette petite infection Black Metal discrète mais bien amenée permet à ERDVE de nous offrir des ambiances changeantes, tantôt menaçantes (Isnara donc, ou Pilnatve), tantôt mélancoliques (la première partie de l'instrumental Apverktis). La variété du chant de Vaidotas permet également à chaque morceau, voire même à chaque passage au cœur d'un même morceau, d'avoir sa propre atmosphère : aussi à l'aise en beuglements bourrins que sur des cris plus typés Black, le frontman assure carrément. Détail (qui a néanmoins son importance conceptuelle) : le chant est en lituanien, et si ça n'aidera sans doute pas énormément de lecteurs pour approcher le sens de l'œuvre, voilà qui offre quand même une autre posture que celle, facile (mais pas inintéressante, loin de là) de l'anglais international pour faire passer un message.

Côté production, c'est hyper bien fait, le son est dense et puissant tout en gardant de la place pour des lignes de guitares plus fines. Mais quand ça doit cogner, ça cogne, et pas pour rire. Ecoutez Prievarta pour en convaincre : si le premier riff ne vous envoie pas au tapis, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Mais derrière cette première torgnole ultra burnée, vient l'aspect plus lancinant que savent parfaitement développer les Lituaniens (Atraja est également intéressant de ce point de vue) et la richesse et le travail sur le son éclatent au grand jour : dense, puissant, implacable sur la première partie, il devient obsédant et enveloppant sur la suite. Et ça sans même qu'on y prenne garde ou que l'on sente le basculement : tout se fait avec fluidité. La batterie tire bien son épingle du jeu dans le mix : assez peu triggée, elle offre une frappe organique qui sied aussi bien aux passages teintés Black Metal qu'aux amorces plus Hardocre/Postcore.

En clôture d'album, ERDVE nous offre un dernier titre excellent : on retrouve l'influence de Rorcal, mais également une ouverture sur quelque chose de plus dissonant dans cette boucle de guitare hypnotique, quelque chose que ne reniera pas un Terra Tenebrosa pour son aspect cauchemardesque et sans issue (même si on est loin de l'asphyxie prônée par les Suédois). Et pour boucler la boucle, impossible de ne pas s'arrêter sur le premier contact que vous aurez avec l'album : la pochette. Une sorte de mâchoire brulée/fondue, organique mais non terrestre, appartenant sans doute à une bestiole dont H.R. Giger a rêvé dans l'au-delà, se présente à vous dans toute sa laideur et toute sa finesse en même temps, donnant à la fois envie de savoir à quel monstre ces maxillaires appartiennent, tout en sachant qu'on est pas vraiment certain d'en réchapper si on croise la bête.

ERDVE place la barre très haut avec ce premier album : excellemment composé, parfaitement produit, homogène tout en évitant l'écueil du monolithe un peu indigeste, bourré de riffs béton et de passage prenants, Vaitojimas a tout pour faire partie du top des meilleures découvertes 2017... ah, on me dit dans l'oreillette qu'il sort en 2018. Et bien, il trônera dans un top 2018 alors, pas de problème !

Tracklit de Vaitojimas :
01.Vaitojimas
02.Isnara
03.Prievarta
04.Apverktis
05.Pilnatve
06.Atraja