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samedi 2 décembre 2017

Enter Shikari + Lower Than Atlantis + Astroid Boys

Élysée Montmartre - Paris

Lactance

 

Samedi 2 décembre, l'Élysée Montmartre proposait une affiche 100% britannique réunissant Enter Shikari, Lower Than Atlantis et Astroid Boys. Retour en textes et en photos sur cette folle soirée, placée sous le signe de l'éclectisme musical, mais pas seulement.

 

Astroid Boys

Lactance : 19h00, c’est l’heure d’entamer le premier live de la soirée en compagnie d’Astroid Boys. Formés il y a cinq ans dans les quartiers de Cardiff, les Gallois sont devenus en quelques années un véritable phénomène en Grande-Bretagne, avec leur cocktail détonnant mêlant metal-hardcore, hip-hop et electro.

Une fois les six membres en possession de la scène (un DJ, un guitariste, un batteur et trois MCs), le crew passe à l'action en nous expédiant son astucieux mélange à base de riffs palm-mutés, d'instrus grime bien chées-per, de scratchs old-school et autres textes rappés (avec un bon accent gallois à la clé). Si je vous ai un peu perdus à ce stade avec mes termes, dites-vous qu'Astroid Boys, c'est comme un groupe de néo qui s'assumerait pas trop et qui se serait perdu dans une rave-party londonienne.

En tout cas, j'avoue que le projet s'avère plutôt intéressant sur le papier, pour peu qu'on s'intéresse à des formations comme Ho99o9, Dälek ou $uicideboy$, qui font actuellement fureur chez certains fans de metal ouverts au hip-hop (même si on ne se situe pas non plus sur le même level de qualité, je précise). Après, à bien y regarder, je noterai tout de même de gros progrès à faire en terme de scéno et de mixage. Vraiment dommage de ne pas pouvoir entendre la guitare dès que ça scratch juste un peu ou que ça balance des basses. Et pas la peine de trop épiloguer non plus sur le troisième MC, qui préfère taper la jactance plutôt que d'assurer ses sections comme un grand... À part ça, plutôt prometteur dans l'ensemble.

                    

 

Lower Than Atlantis

Lactance : On poursuit tranquillement avec Lower Than Atlantis, de retour dans la capitale quelques mois après son passage au Badaboum (avec Young Guns en première partie). Cette fois-ci, exit les textes rappés, les instrus electro et autres scratchs en tout genre et place au traditionnel trio guitare/basse/batterie.

À la croisée de Kings Of Leon, Biffy Clyro et A Day To Remember, les Britanniques optent pour un brassage des styles plutôt polyvalent, en sillonnant les eaux mouvementées du rock indé, du rock alternatif et du punk rock. Des riffs énergiques (sans trop faire dans l'agressivité non plus), des leads mélodiques pour booster les refrains, quelques passages plus punchy sur certains breaks, le tout agrémenté de sing-along savamment dosé... Autant dire que le groupe parvient plutôt à me convaincre avec son esthétique moderne et ses sonorités fraîches à l'écoute, qui digèrent naturellement leurs influences.

Mention spéciale enfin à Mike Duce, qui ne quitte pas son costume de frontman pendant tout le set, sans même prendre le temps de souffler un coup entre les différents morceaux. À chaque titre, même combat pour le chanteur, toujours en première ligne pour chauffer le public parisien, invité à clapper des mains, à jumper ou à lancer un circle pit (très timide à se mettre en place au départ toutefois). Bonne découverte pour ma part, d'autant plus que je n'ai pas trop l'habitude de me positionner sur ce créneau "rock de stade".

                    

 

Enter Shikari

Lactance : S'il y a bien un péché mignon musical que j'ai désormais du mal à cacher, ce serait sans l'ombre d'un doute Enter Shikari. Pourtant pas très convaincu lors de mes premières écoutes de Take To The Skies, il y a de ça presque dix piges, j’avoue que la persévérance a fini par payer lorsque j’ai retenté ma chance avec le monumental A Flash Flood Of Colour (2012). C'est donc en toute logique que, deux albums plus tard, me voilà de nouveau en train de patienter pour revoir le combo de St Albans à l'oeuvre.

Après une intro d’environ dix minutes tenant du pur sadisme pour les spectateurs, les quatre Britanniques débarquent enfin sur scène sous un déluge d’applaudissements et de hurlements hystériques, provoqués par la foule en délire. Quelques notes de synthés retentissent et c’est finalement The Sights qui sort en premier du lot. Très rapidement, le morceau d’ouverture plonge le public parisien dans l'ambiance, avec son énergie festive, ses refrains pop euphorisants et ses mélodies contagieuses, plutôt représentatifs du nouvel album dont il est extrait (The Spark).

                    

Mais lorsqu'il s'agit de partir en vrille, ce sont les classiques qui remportent toujours le plus franc succès ce soir. Tout au long du concert, Enter Shikari nous sort ainsi le grand jeu sur quelques hits comme Solidarity, Arguing With Thermometers ou bien Anaesthesist. Des morceaux plus costauds, grâce à leurs sonorités drum'n'bass ou uk garage plus affirmées, soutenues par des rythmiques post-hardcore à la guitare. De l'autre côté des barrières, on a donc souvent le droit à quelques bousculades en règle dans le pit, sous le regard bienveillant de "Rou" Reynolds, sapé comme jamais avec son élégant costard (qui dépareille avec sa tignasse mal coiffée).

Beaucoup plus calme dans son style, le chanteur crée également la surprise en poursuivant avec Airfield, magnifique chanson construite en dialogue piano-voix, issue du dernier opus. Un moment particulièrement intense et riche en émotions durant ce concert, parfois gâché par les bruits intempestifs du public cependant (qui a du mal à tenir en place décidément).

                   

Petit regret aussi concernant les décors et la scéno, puisque le groupe nous a habitué à un peu mieux par le passé. Cette fois les synthés farfelus, les néons et les strobes ont laissé la place à des spots moins tape-à-l’oeil, braqués sur une simple toile de fond, où s’enchaînent des animations aux motifs circulaires. Un désir de sobriété peut-être plus en adéquation avec l’esprit du dernier album (plus pop et plus mature étonnamment) ? Il y a de fortes chances, mais j'admets que je m'attendais à un poil mieux en terme d'effets visuels.

On termine enfin avec le dernier highlight du concert, qui prend la forme ce soir d'un medley rocambolesque de Sorry You’re Not A Winner, Sssnakepit, ... Meltdown et Antwerpen. Probablement l'enchaînement le plus spectaculaire du groupe en live, piochant quatre titres parmi les plus sportifs et les plus incendiaires de toute leur disco'. Pendant huit bonnes minutes en fin de set, la fosse se transforme ainsi en véritable défouloir, où une majorité des spectacteurs décident de jouer le jeu en lâchant totalement prise.

                    

Pourtant moins fou-fou et plus millimétré que le dernier show parisien au Trabendo, ce nouveau rendez-vous avec Enter Shikari aura donc tenu, une nouvelle fois, ses promesses. Toujours aussi généreux avec leur public, les Anglais ont parfaitement compris les enjeux de leur musique en live, pourtant si particulière à retranscrire, en conservant la même audace sur scène qu'en studio. À titre purement personnel, j'ai toujours pensé que le groupe pourrait faire une excellente sous tête d'affiche au Download France. À voir si ça se confirme dans les prochains mois ou lors d'une prochaine édition !

 

 

Merci à l'équipe d'Alternative Live, de l'Élysée Montmartre et à Mathilde Miossec pour ses photos (Page FB).

Photos