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samedi 18 novembre 2017 - Rodolphe

Persefone - GroFest 2017

Carlos Lozano Quintanilla et Miguel Espinoza

Rodolphe

Ancien de Spirit Of Metal. Passionné de Grunge, de Post-Grunge et de Metal Alternatif.

Propos traduits par Storyteller.

Programmé en tête d'affiche de la seconde édition du GroFest le 7 octobre dernier, le groupe de death progressif d'Andorre Persefone m'a accordé cette interview. Le guitariste Carlos Lozano Quintanilla et le claviériste-chanteur Miguel Espinoza ont répondu à mes questions, portant sur Aathma, leur dernier album.

Dans un peu moins d'un mois, vous allez partir en tournée au Japon (le 3 novembre à Nagoya et le 4 à Tokyo). Êtes-vous impatients de jouer là-bas ?

Carlos : On est super contents de retourner au Japon. C'est un moment très particulier pour un musicien. En fait, ça ne nous arrive pas tous les ans donc on est vraiment impatients d'aller là-bas. C'est un public très enthousiaste.

Vous avez publié votre quatrième album au début de l'année. Mais on a l'impression qu'avec cet artwork très marquant et toutes les chroniques qui ont été écrites depuis, Aathma est sorti il y a trois ans. Qu'en pensez-vous ?

Miguel : Il est sorti en février et on est vraiment contents du résultat. Les retours sont bons. On a essayé de progresser en terme d'écriture, de composition, de son etc... Cet album a vu le jour grâce à un financement participatif lancé auprès de nos fans. Ce qui veut dire que lorsque nous avons débuté l'enregistrement, on savait qu'il y aurait une véritable attente derrière. Et ça nous a fait pousser des ailes. 

Carlos : Ça fait un moment qu'on existe et on a sorti quatre albums. Jusqu'à Spiritual Migration, on a galéré pour se faire connaître et faire en sorte que les gens écoutent notre musique. Je ne sais pas pourquoi mais c'est cet album en particulier qui a fait que les gens se sont intéressés à notre musique. Ensuite, petit à petit, on a eu de nouveaux musiciens et ça a été un moment un peu difficile dans notre carrière. Comme tu le sais, on a deux nouveaux membres, et pour la première fois, les gens avaient de vraies attentes parce qu'ils connaissaient Spiritual Migration.  Leur message, c'était : « tiens on va voir ce dont ils sont capables avec ces deux nouveaux musiciens ! » 

Les morceaux d'Aathma semblent plus "progressifs" que l'album précédent. Y-a-t-il une raison particulière à cela ?

Carlos : Je ne sais pas trop. On a toujours dit que nous ne sommes que de simples humains. On a tous des expériences qui nous sont propres. Trois ans séparent Spiritual Migration d'Aathma. On a eu le temps de vivre plein de choses. Et on a peut-être été influencés par de la musique progressive au moment de l'écriture de l'album. On a simplement tenté de montrer qui on était. 

Y-a-t-il un lien entre les chansons plus progressives de cet album et le nouveau line-up comprenant Sergi Verdeguer à la batterie et Filipe Baldaia à la guitare, qui font tous deux partis de Nami ?

Carlos : Je ne suis pas sûr. Ils sont nouveaux dans le groupe mais pas dans nos vies. Ce sont tous les deux des amis de longue date. Bien sûr, ils ont apporté leurs goûts musicaux personnels sur Aathma, mais ils avaient dès leur intégration compris le sens de l'identité musicale de Persefone. Ils connaissaient les albums précédents et je pense que ce fut le processus d'écriture le plus simple qu'on ait jamais eu.

 

                                               Crédit photo :  L'Atelier d'Hervé

                                                     (Offerte par l'AMPLI)

 

Pourquoi avoir choisi d'évoluer d'un concept autour du Japon sur Shin-Ken à une sorte de fascination pour le cosmos sur vos deux derniers albums, et en particulier sur Aathma ?

Miguel : Je pense qu'on peut parler d'évolution logique. Quand on écrivait Shin-Ken, on se documentait beaucoup sur les samouraïs, leur mode de vie, leur philosophie, leurs combats...

Carlos : On n'avait pas vraiment d'idées pour les thématiques de nos morceaux. On voulait faire de la musique de qualité et avoir de bonnes lyrics, mais aussi éviter de parler de sujets comme la religion ou la politique, car ça aurait pu polariser notre audience. Pour Shin-Ken, on n'avait pas vraiment de sujets particuliers à aborder, mais on aime la culture japonaise. Et certains d'entre nous sont fans de méditation et d'arts martiaux. J'adore le groupe Cacophony et pleins d'autres formations qui parlent de cette culture, tout comme de la musique traditionnelle. D'une certaine manière, de s'informer sur la culture japonaise, cela a donné de la matière à nos morceaux, et quand on joue ces titres en live, tout a une place et un sens, même les paroles. Shin-Ken parlait aussi de notre vision de la vie. C'était presque une forme de philosophie. Du coup, on a repris cette méthode de travail pour composer Spiritual Migration et depuis, on a gardé la même. 

A certains moments, Spiritual Migration me rappelle un peu Shin-Ken dans ce mélange d'une musique extrême et d'influences asiatiques. Par exemple, Flying Sea DragonsMind As Universe ainsi que les deux parties de Meditation (Zazen Meditation et Metta Meditation). Ces titres sonnent comme du Shin-Ken alors que Spiritual Migration a été publié plusieurs années après. Pourquoi ?

Carlos : Ça a commencé avec le concept de Shin-Ken, quand on travaillait autour de la philosophie des samouraïs. Quelques-uns d'entre nous ont commencé la méditation ainsi qu'à apprendre des choses sur la culture zen. Ensuite, on s'est lentement dirigés vers le concept de Spiritual Migration. Puis on s'est dit qu'il fallait qu'on change de discours. Avec Aathma on est allés tout aussi loin mais sur un autre concept. C'était une façon plus naturelle de faire les choses.

La chanson la plus étrange d'Aathma est Living Waves, car elle est marquée par la voix du fondateur de Cynic, Paul Masvidal, qui est à la fois belle et perturbante. Est-ce l'effet que vous souhaitiez produire ?

Carlos : Pour moi c'est impossible de savoir la manière dont va sonner une chanson avant de l'avoir mixée et de pouvoir la jouer en concert bien après l'enregistrement. Quand tu enregistres, ton esprit est focalisé sur plein de choses : tu t'occupes du son, des paroles et tu as plein de trucs dans la tête qui t'empêchent de voir le tableau final. Forcément, la présence de Paul Masvidal sur ce titre a encore changé bien des choses. Des fans nous ont dit ne pas avoir aimé le vocoder. Pour moi, ce titre est plutôt accessible si tu  le compares à certains titres de Spiritual Migration. Mais la collaboration a été plutôt cool.

Miguel : Quand tu écris une chanson, tu as une idée de ce que tu recherches, mais tu ne le ressens pas tant que ce n'est pas fini. Plus tu enregistres, plus tu découvres. Parfois, tu adores une partie du morceau, puis le lendemain tu rajoutes un truc et tu ne l'aimes plus. Puis trois jours après ça va mieux. C'est sans fin. Et puis arrive le point final où, avec du recul, tu peux enfin voir tout le tableau.

 

 

Avez-vous écouté du jazz ou de la musique classique pour écrire cet album ? Parce qu'il contient de nombreuses influences, à l'image d'Aathma Part Four(...Many of One) avec la voix féminine d'Merethe Soltvedt ?

Carlos : Je crois qu'on a tous un bon régime musical. Mais on n'écoute pas vraiment de metal. On ne fait qu'en jouer. On aime le jazz, l'électro, le funk, le blues, la pop, les BO... Tout en fait. On kiffe la palette musicale du metal car tu peux faire ce que tu veux : du jazz et après, de la musique extrême. C'est une belle façon de s'exprimer. Quand tu joues de la pop, tu ne joues pas aussi vite. Quand tu joues du jazz, tu es technique mais tu perds en punch. On aime se creuser la tête en tant que musiciens, trouver de nouvelles idées, écouter de nouvelles choses. Au final, on mélange tout dans un album. C'est ce qui est arrivé avec cette influence jazz qui est présente dans Aathma.

Dans quelques années, de la même façon que Katatonia, Opeth ou Anathema, peut-on s'attendre à ce que vous jouiez de la musique atmosphèrique mêlée à du jazz, du blues et de l'acoustique... mais sans parties de metal ?

Carlos : Je ne pense pas. Ça dépendra de l'humeur du groupe. C'est drôle le metal moderne. ...Parce qu'on est six dans le groupe avec des goûts très différents. Il y en a un qui ne connait rien à la scène metal actuelle car il est resté coincé à l'époque de Slaughter of the Soul d'At the Gates, mais c'est cool. Quant à Bobby et Felipe, ils n'écoutent pas de metal. Ils aiment le style, aiment en jouer mais c'est tout. Ils écoutent du post-rock et du drone. On aime tous Taylor Swift et l'un d'entre nous est fan de musique country. On n'est pas très attentifs aux autres groupes autour de nous. On a tout ce qu'il nous faut pour écrire, on met tout ensemble et advienne que pourra. On parle du nouvel album mais on ne sait pas encore de quoi il sera fait.

Quand pensez-vous commencer à travailler dessus ?

Carlos : On parle en ce moment de la direction à prendre, mais on a besoin d'une étincelle. Je ne suis pas fan d'écrire pour écrire et de faire de la musique sans qu'elle ait un sens. J'aime bien penser au producteur, au son, à tout ce qui me plaît dans la musique. Je prends des notes et après, j'essaie d'écrire quelque chose qui reprend cette idée. On pense que le prochain album sera prêt pour 2019.

Y-a-t-il beaucoup de groupes en Andorre ?

Miguel : Non. Il y a Nami dans lequel la moitié du groupe joue. Autrefois, il y en avait plein, mais parfois les gens ne sont pas super sérieux. Ils jouent un peu - un ou deux concerts, et c'est terminé.

Carlos : L'Andorre, c'est vraiment petit. Il y avait un groupe de black metal, un groupe de metal sudiste, un de deathcore, de grindcore... On a aussi eu un groupe de punk qui a été à l'Eurovision.

Miguel : Les gens disent que la musique c'est toute leur vie jusqu'à ce qu'ils se marient et aient des enfants. La majorité abandonne à la trentaine quand leur vie change. C'est comme ça !

L'interview est terminée, merci à vous. Je vous laisse dire ce que vous voulez !

Carlos : Vraiment ? Ok. Je viens d'acheter une Nintendo Nes Mini et je suis super impatient de rentrer à la maison pour pouvoir jouer à Mega Man X toute la nuit en mangeant de la pizza ! Bizarre mais véridique !

Miguel : Merci beaucoup pour cette interview. C'est toujours super de voir que les gens n'hésitent pas à prendre de leur temps pour poser des questions intéressantes et de les retranscrire. J'espère que vos lecteurs apprécieront notre musique ! Bonne journée !

 

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ENGLISH VERSION

 

You are going to do a tour in Japan in about a month. Are you looking forward  to doing it ?

Carlos : Yes, we are happy to come back there because, you know, it is a very special environment for a musician. In fact it is something that doesn't happen every year, so we are eager to go there and play. It is a passionate audience.

At the beginning of this year, your fourth album was released. With this striking artwork and reviews, it’s like the album has been released three years ago. What do you think about this ?

Miguel : It was released in February and we are actually very happy with the result and the reviews are good. Also we crowdfunded this album with the fans. So the moment we started recording the album, we felt that people were really wanting this album so we felt encouraged to make it. So yes we are happy with the results because we tried to move forward in songwriting and the sound and all the new media we have on that. So far it seems that people enjoy it. So far so good.

Carlos : We've been around for many years now and we have four albums. We have been struggling to make a name out there and make people listen to what we are do until we recorded Spiritual Migration. I don't know why it was the one that made people care about the band and listen to our music. After some time, we changed members, it was a difficult moment in our careers so this album was critical. As you know we have two new members and people were expecting something for the first time since everyone knew Spiritual Migration. They were like « oh let's see what you can do with two new members ».

Songs are more progressive than your previous album. Why ?

Carlos : I don't know. We've always said that we are just human beings, we have our own experience  and there are always three years between albums, it is a really long period of time, it is a pretty huge gap. So we have lots of experiences during that time, so maybe we were influenced by more progressive music by the time we were writing the album. We are trying to express ourselves at the moment we are writing.

Is there a link between more progressive songs of this album and the new line-up (Sergi Verdeguer at the drums and Filipe Baldaia at the rhythmic guitar) who also take part in Nami ?

Carlos : I don't know, they are new in the band but they are not new in our lives because they both have been friends with us, our families forever. Of course, they have put their own musical tastes on the album but somehow they had understood from the beginning what it meant to be a part of Persefone, musicwise. They knew the previous albums, and I think this time was the smoothest writing process ever.

Why have you decided to move from Japanese concept on Shin-Ken to a cosmos fascination with your two last albums, especially the last ?

Miguel : I think it was a step forward that had to happen because when we were writing Shin-Ken, we were learning about the samurai, the way they lived, their philosophy, their struggles.

Carlos : Since the beginning, we didn't really know what to write about (lyricwise). We wanted to do great music and put good lyrics on it but avoid some lyrics like politics and religion, nothing that could polarize people listening to our music. For Shin-Ken, we didn't have any topic to write about, some of us are into meditation and martial arts, we like Japanese culture, I love the band Cacophony and other Japanese-themed bands and traditional music. So we started writing and digging into Japanese philosophy, somehow it gave the lyrics consistance and when we played the songs live, every lyric had a meaning, it was like a philosophical environment. It was also a place to put our vision on life. That's what we talked about and then Spiritual Migration came in and since then it is the path we are comfortable working with because we feel more related to the lyrics because now  we are telling something we feel strongly about.

Because sometimes, Spiritual Migration reminds me of Shin-Ken with mixture of extreme music and Asian influences. For example Flying Sea Dragons, Mind As Universe and two parts of Meditation (Zazen Meditation, Metta Meditation). These songs sound like Shin-Ken even though Spiritual Migration was released a few years after. Why ?

Carlos : It all started with the Shin-Ken stuff when we were working around this samurai philosophy, and some of us started doing meditation and learning about Zen philosophy so we were digging deeper and deeper into that. That's when everything started moving towards the Spiritual Migration concept. And after this album, we felt that there was something else we wanted to say, so in Aathma we went deeper into some concept we wanted to do. It was the natural way of moving forward.

The strangest track of this new record Aathma is Living Waves because the voice of Cynic’s founder, Paul Masvidal, is beautiful but disturbing. Was it done on purpose ?

Carlos : To me, you cannot feel the way a song is done until you mix it and you can listen to it or play it way after the recording. Because when you record it your mind is set on many different things : you want to go all over the sound, the lyrics, you have many things in mind so you don't see the big picture. So since we had Paul Masvidal singing on the song, it was really different. Some fans said they didn't like the vocoder thing. To me, this song is very easy to listen to if you compare other songs from Spiritual Migration. But it was very smooth, we did it and it felt right

Miguel : When you are writing the songs, you have an idea of what you want to achieve, but you can't feel it before it is done, you are discovering it as long as you record it. Sometimes you fall in love with a part, then the next day you add something and you don't like it anymore until the day after. It is a neverending process. Not until the end, when you have some perspective, can you see the full picture.

Have you listened to some jazz or classic music to write this album ? Because it contains various influences, more particularly in Aathma Part Four (Many of One) with this female singer.

Carlos : I think that all of us have a good diet of music, actually we don't listen to metal that often, we play it but we don't really listen to it. We are into jazz, electronic music, funk, blues, pop, soundtracks... Everything ! And we love that. We love the metal palette because you can do anything you want : you can put some funk or jazz and put some extreme parts. It is a very beautiful way to express yourself. When you play pop, you cannot go as fast, or when you play jazz you play technical but you lose the punch. We like to study a lot as musicians, new ideas, listen to new stuff and in the end all of us put everything together in the album, that's why something happened with Aathma Part Four with the jazz influence.

In a few years, could we expect to hear atmospheric music including soft music (jazz, blues, acoustic) without metal  like Katatonia, Opeth or Anathema?

Carlos : I don't think so, it all depends on the mood of the band. It's funny you know, we are 6 people in the band and the tastes are really different. This guy doesn't know shit about the metal scene nowadays. He is stuck at the At The Gates« Slaughter of the Soul » era, which is fine. Bobby and Felipe are not into metal at all. They like it, they like playing it but they are into post-rock, drone. We all like Taylor Swift, this guy is into Southern Country Music. We don't really pay attention to other bands, we used to when we were young. But now we have the tools we need, so we simply put them together and see what happens. We are talking about the new album, but we don't know yet what it will be like.

When will you start working on the new album ?

Carlos : We are now only talking about the directions, you need a spark you know. I don't like just sitting down and make music without any direction. I also like to think about the sound producer, the kind of sound I would like to achieve. What I like doing is thinking of all the music I like and I start taking notes about the things I appreciate and then I try to write music catching that essence. We are expecting to have everything ready for 2019.

Are there lots of metal bands in Andorra ?

Miguel : No, there is Nami, and half of it is here with us. Back then, there were lots of bands and young people playing, but sometimes people don't take it seriously, they play a couple of shows and that's it.

Carlos : It is a really tiny place. There used to be a black metal band, a southern metal band, a deathcore, grindcore one. We also had a punk rock band who went to Eurovision.

Miguel : People often say music is my life until they get married and have kids, most of them are in their thirties when their life changes and then they quit. That's the way it goes ! 

This interview is over. Thank you very much. You can talk about what you want.

Carlos : Really anything ? Ok. I have just bought my Nintendo Nes Mini and I am looking forward to coming back to Andorra tomorrow to play Mega Man X all night long with a pizza. That was random but true !

Miguel : Ok thank you so much for this interview ! It is always amazing that people take some personal time to ask beautiful questions and then to write them down ! I hope that anyone who will read it will enjoy our music and have a great day !