Chronique Retour

Album

08/09/17 - ZSK

Atrox

Monocle

LabelDark Essence Records
styleAvant-garde Metal
formatAlbum
paysNorvège
sortieseptembre 2017
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Cela faisait tout de même 9 ans que nous n’avions pas eu de nouvelles d’Atrox, limite le groupe était totalement tombé dans l’oubli, et pour cause… beaucoup ont regretté le virage pris avec Binocular (2008) et surtout le départ de la chanteuse Monika Edvardsen. Groupe bien ancré dans la scène avant-gardiste norvégienne, Atrox y était pourtant presque totalement à part avec son style relativement plus barré et psychédélique. De leur inventivité et leur folie naîtra un trio d’albums presque culte, Contentum (2000), Terrestrials (2002) et Orgasm (2003). Quatre ans après le départ de Monika, Atrox était presque rentré dans le rang avec Binocular, avec un chanteur à la voix plus classique pour un album un peu plus classique aussi. Malgré sa signature chez Season of Mist à l’époque, Atrox avait déçu bon nombre de ses fans. Le groupe semblait donc voué à retomber dans l’anonymat et après 9 ans sans vraies nouvelles, leur retour était inespéré. Certes, il faut bien briser la glace, Monocle ne consistera pas en un retour aux sources, Monika n’est pas revenue et d’ailleurs le line-up de Binocular demeure inchangé, s’il s’articule toujours autour des guitaristes Eivind « -viNd- » Fjøseide (chez Manes depuis 2002) et Rune Sørgård tous deux présents depuis au moins le premier full-length Mesmerised (1997), il est par ailleurs mené par le chanteur Rune Folgerø qui officie pour Manes en Live et qui s’est fait remarquer il y a un peu moins d’un an sur l’excellent The Xun Protectorate de Khonsu. Atrox continue donc à tracer sa route au sein d’un Metal avant-gardiste plus classique et plus terre-à-terre que l’époque Contentum/Terrestrials/Orgasm. Mais le passé est le passé, et l’Atrox actuel n’est absolument pas dénué de qualités malgré tout, même si pour beaucoup, ce n’est plus tout à fait le même groupe, ce n’est plus du Atrox. Et si Monocle parvenait à remettre tout le monde d’accord ? Chiche !

Bon, je suis bon client à la base, ayant toujours trouvé que Binocular était un bon album, et n’étant pas spécialement un aficionado assumé de la période précédente. Atrox revient presque de nulle part et Monocle est pour ma part très vite passé du statut de simple curiosité à belle claque. Dès la première écoute en fait. Et même dès la mise en place par cet énormissime morceau d’ouverture qu’est "Mass". On y retrouve déjà le riffing assez âpre de Binocular mais le dynamisme de l’ensemble donne immédiatement une seconde jeunesse à Atrox qui va nous livrer un Binocular puissance 10. Et pas seulement… Sous couvert d’un franc retour au pur style avant-gardiste norvégien, Atrox va avec Monocle presque passer en revue tout ce qu’ont pu faire ses compatriotes avant-gardistes depuis près de 20 ans. Toutes les périodes d’Arcturus, Ved Buens Ende, Code, Vulture Industries, Fleurety voire même In The Woods… et Solefald, tout y passe dans un joyeux bordel décadent, un vrai patchwork à l’image de la pochette de l’album d’ailleurs. "Mass" est donc un énorme tube et se pose même comme le morceau le plus couillu qu’on a entendu pour le genre depuis bien longtemps. Atrox se permet même de moderniser légèrement le style. En prenant comme base le meilleur de Binocular, en y ajoutant bien plus d’inspiration et de variété (jusque dans le chant de Rune Folgerø assez différent de celui qu’il emploie pour Khonsu d’ailleurs) et en remettant donc une franche dose d’avant-gardisme débridé, Atrox est parti pour faire de Monocle une belle tuerie, en frappant là où ne l’attendait pas ou plus ou, justement et paradoxalement, en faisant exactement ce qu’on pouvait attendre de lui après un Binocular classique mais qui promettait mieux. Et 9 ans plus tard, ces promesses se concrétisent, et pour un groupe dont finalement on attendait pas grand-chose, la surprise n’en est que plus retentissante.

Si "Vacuum" nous permet de constater qu’Atrox maîtrise sans mal les carcans du style avant-gardiste norvégien et bonifie un certain classicisme avec de bonnes compos et ce qu’il faut de classe, le meilleur est encore à venir pour montrer que "Mass" n’était pas un one-shot et que le soufflé de Monocle ne va pas retomber de sitôt. "Heat" est déjà un nouveau hit, se montrant incroyablement entraînant dès les premières secondes, Rune Folgerø y excelle en véritable maître de cérémonie décadent, et les diverses petites touches électroniques elles aussi résolument avant-gardistes font mouche à chaque instant, et que dire des ambiances typiques du genre… Atrox détonne dans un registre plus direct mais également très riche et fouillé, en témoigneront encore plus tard les deux autres morceaux au format de poche que sont "Movie" avec son riffing déglingué et son côté théâtral et mystique (notamment porté par les effets électroniques et cet étrange break à spoken-words) puis le final génial qu’est "Target" avec son refrain transcendant. Entre temps, Atrox joue avec tous les éléments à sa disposition pour des morceaux plus aérés et passionnants. Et cela commence par "Finger", qui est assurément le morceau le plus prenant de Monocle, démarrant de manière chaleureuse avec un Rune Folgerø touchant et des moments épiques, avant de tutoyer le meilleur de La Masquerade Infernale et de Anomalia de Khonsu dans un final totalement décadent et irrésistible. Il sera encore question de décadence pour le plus pesant mais très mélodique "Suicide Days" (avec encore un Rune Folgerø au top que ce soit pour les couplets ou le refrain très enlevé) mais "For We Are Many", la piste la plus longue de Monocle, détonne aussi grâce à un aspect plus brumeux et psychédélique qui se conclut de manière plus stellaire, et surtout splendide.

Tout ceci en étant jamais avare en riffs abrasifs, ce qui maintient aussi une certaine tension tout au long des 40 minutes de l’album, ce qui peut paraître peu mais Monocle fait vraiment preuve d’une richesse insoupçonnée, même si on peut reprocher au groupe un manque de personnalité du fait qu’il applique à la lettre bon nombre de codes et de composantes connues du Metal avant-gardiste norvégien. Un petit Arcturus illustré, croisé avec une version Metal de Manes et aussi de Professor Fate, le méconnu projet de Mick Kenney d’Anaal Nathrakh. Et mine de rien, et finalement, il se dégage de l’ensemble une certaine folie qui descend quand même directement de la précédente période du groupe. Mais Monocle n’est ni un retour aux sources, ni un album perdu de transition entre Orgasm et Binocular, c’est presque à nouveau un nouveau Atrox, qui a pris comme base Binocular et a redigéré une bonne partie des influences de son voisinage musical pour se trouver un second souffle. Et le résultat marche du tonnerre. Arcturus avait réussi son retour avec Arcturian, Atrox réussit le sien avec Monocle, c’est aussi simple que ça. Un album irrésistible et entraînant qui regorge de moments qui tuent, entre riffs Metal bien sentis, lignes de chant maîtrisées et surtout une ribambelle d’éléments avant-gardistes et décadents qui fonctionnent à merveille pour un ensemble cohérent, dingue et imprévisible mais accrocheur et contrôlé. J’espère que cela sera suffisant pour réconcilier les fans de la première heure avec l’Atrox actuel, c’est sûr qu’il n’y plus Monika et que le groupe revient à un style plus classique dans l’absolu, mais l’essai de Binocular est tout de même transformé et Monocle est juste une des sensations de la rentrée, un album au niveau inespéré et une des surprises de l’année.

 

Tracklist de Monocle :

1. Mass (4:17)
2. Vacuum (4:12)
3. Heat (3:49)
4. Finger (6:28)
5. Suicide Days (5:20)
6. For We Are Many (7:23)
7. Movie (4:19)
8. Target (4:44)