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Album

25/08/17 - ZSK

Limbonic Art

Spectre Abysm

LabelCandlelight Records
styleErsatz de Limbonic Art
formatAlbum
paysNorvège
sortiejuillet 2017
La note de
ZSK
4.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Limbonic Art. Un nom bien connu et culte de la scène norvégienne et du Black sympho en particulier. Le duo formé par Daemon et Morfeus a su se forger au fil des années une discographie solide, notamment débutée par les inoubliables Moon In The Scorpio (1996) et In Abhorrence Dementia (1997), et également marquée par l’excellent Ad Noctum - Dynasty Of Death (1999) qui voyait le groupe élargir son spectre Black-Metal vers un peu plus de violence, après les symphonies omniprésentes des débuts. Un groupe culte devant l’éternel qui, aujourd’hui en 2017, est en passe de vraiment gâcher sa fin de carrière voire salir son nom, l’associer à un groupe en bout de bout de course, qui frôle le ridicule. C’est le triste constat que l’on doit faire en ce jour. Limbonic Art a connu quelques fortunes diverses, et s’est retrouvé bien mis à mal. Le duo avait su splitter au bon moment, en 2003 suivant l’album The Ultimate Death Worship (2002), album (qui devait être) final un peu raté, même si personnellement, je l’ai toujours défendu même s’il faut passer outre sa prod hors de propos pour apprécier les bonnes compositions. Il était donc parti sur cette note moyenne mais qui ne lui faisait pas honte mais non, 3 ans plus tard, Limbonic Art était déjà de retour. Et là patatras : Legacy Of Evil (2007), quoique correct, avait été mal jugé par beaucoup. Un comble quand on sait que certains avaient prétendu que le groupe s’était reformé sous la pression des fans ! Il fallait bien avouer que Limbonic Art n’était a priori plus capable de pondre quelque chose d’équivalent à ses 4 premiers albums (sortis en 4 ans, faut-il le rappeler). Mais contre vents et marées, Limbonic Art continue d’exister, même s’il a du affronter un cataclysme…

En 2009, on apprendra donc que suite à une dispute entre Dameon et Morfeus, ce dernier quitta le groupe séance tenante. On pensait alors que Limbonic Art allait s’arrêter là pour la seconde et la dernière fois, mais non, Daemon choisira de poursuivre l’aventure… tout seul. Duo emblématique, qui évoluera sous ce format aussi bien en studio qu’en Live, Limbonic Art devient donc à compter de 2009 un one-man band. On ne peut que saluer le courage de Daemon de vouloir porter Limbonic Art à bout de bras, surtout qu’il reste historiquement le seul membre fondateur de la formation, mais hélas, quand on voit le résultat, on se dit qu’il aurait pu éviter et laisser le nom de Limbonic Art au passé. Arrivera alors en 2010 Phantasmagoria, premier album de Limbonic Art « demi format », où Dameon montrera bien vite toutes ses faiblesses : production, compositions, inspiration, chant… si faire du Black sympho tout seul n’a finalement rien d’exceptionnel dans un genre où les one-man bands pullulent, il faut croire qu’avec Limbonic Art c’était trop difficile. Malgré quelques morceaux intéressants et encourageants, Phantasmagoria était un album à oublier, se situant à des années-lumière de ce que le « nom » Limbonic Art a pu produire jusqu’à son premier split en 2003 (il est sûr que maintenant beaucoup pourraient trouver que The Ultimate Death Worship n’était pas si mal que ça…). Daemon n’a plus la forme musicale nécessaire pour maintenir en vie un groupe comme Limbonic Art. D’ailleurs depuis 2010 nous n’avions plus vraiment eu de nouvelles du néo-projet. Mais 7 ans plus tard, la réalité est là : oui, Limbonic Art existe toujours, Daemon est toujours tout seul, et voici Spectre Abysm, le 8ème album de la formation norvégienne. Pour le meill… non, pour le pire seulement.

Notons déjà que Spectre Abysm ne dure que 47 minutes, soit le deuxième album le plus court de Limbonic Art après Epitome Of Illusions, et sachant que la plupart atteignaient ou dépassaient l’heure… et Dameon restait sur un Phantasmagoria de plus de 70 minutes. Pourtant, les morceaux proposés sont généreux vu qu’ils font 6-7 minutes en moyenne, et d’ailleurs l’ouverture se fait sur les 10 minutes de "Demonic Resurrection". C’est déjà là que le bât blesse et non, nous n’assisterons pas à la résurrection musicale de Daemon… Si les morceaux sont relativement longs, on est loin des moments passionnants de Moon In The Scorpio. D’ailleurs on ne sait trop comment situer Spectre Abysm. La violence de Ad Noctum - Dynasty Of Death n’est pas de mise, de même que les envolées symphoniques des deux premiers albums du combo. Cet album n’est donc ni brutal (et certainement pas intense), ni particulièrement symphonique (et encore moins épique) et le terme « symphonique » est même discutable tant les synthés sont relégués au fond et les moments où ils sont plus remarquables trop rares ("Omega Doom" et l’interlude "Requiem Sempiternam" qui suit sont relativement plus sympho, sinon à part l’outro de "Triumph of Sacrilege" et le début de "Disciplina Arcani"…). Pendant 47 minutes, Daemon procède surtout à un alignement de trémolos BM. Tout ceci sans grande saveur et surtout de manière archi répétitive, ce qui fait de Spectre Abysm un album d’une platitude confondante. Daemon est bien peu inspiré et cela nous donne un album de Black mélo vaguement sympho très redondant et vite lassant. Pour couronner le tout, et ce malgré que la production soit un poil meilleure que celle de Phantasmagoria, on se souviendra qu’à l’époque, c’était Morfeus qui programmait la BAR… et à l’instar de Phantasmagoria, Daemon ne n’est de nouveau pas foulé, le son de BAR de Spectre Abysm est linéaire au possible en plus d’être bien trop claquant. Avant, ça faisait le charme du groupe, ici ça ne fait que rajouter au côté répétitif et poussif des compositions. Quand ça veut pas…

Si Phantasmagoria était péniblement sauvé par quelques morceaux plus mordants en bout de course, ici on ne retient absolument rien de ces 47 minutes archi linéaires et inintéressantes, si ce n’est un riff Thrashisant plus efficace par ici, un break ou une intro qui amène un tant soit peu de variété par là… Et si Daemon a un peu retrouvé a voix par rapport à Phantasmagoria, il a eu la mauvaise idée de parfois l’accompagner de voix claires ou plus théâtrales assez pompeuses. Rien ne va et si on pouvait au moins espérer que Spectre Abysm relève un peu le niveau de Phantasmagoria, il réussit presque à faire encore pire. Limbonic Art a définitivement perdu de sa superbe, même le quasi-abandon de tout le côté symphonique est un énorme aveu de faiblesse. Même pour du Black sympho « old school », ça ne passe pas. Oh, on peut trouver pire dans la myriade de groupes de BM underground mais justement, le problème, c’est que Limbonic Art n’est plus underground depuis longtemps, et a su pendant longtemps faire quelque chose de « bombastic » à sa manière, sans tomber dans la grosse production stérile. Ici, rien n’est digne du Limbonic Art d’antan, c’est un ersatz de Limbonic Art fatigué auquel nous avons affaire. Quand on voit ce qu’on pu faire Amiensus et Shade Empire récemment sans complètement copier leur style et en le modernisant même, on regrette que Limbonic Art n’a pas su vivre avec son temps. Daemon malgré sa longue expérience n’avait pas/plus le bagage pour faire perdurer correctement Limbonic Art, c’est une certitude. Il n’en résulte qu’un nouvel album médiocre qui fait franchement tache dans la carrière du nom « Limbonic Art », se situant à bon nombre d’unités astronomiques des albums passés, même des albums mal considérés comme The Ultimate Death Worship et Legacy Of Evil. C’est plus triste qu’autre chose, et là il ne semble rester que deux alternatives : soit Morfeus (qui fait encore de bonnes choses avec Dimension F3H) revient en oubliant les géguerres passées, soit Limbonic Art retourne dans sa tombe, et on restera juste nostalgique des illustres productions passées… Mais Limbonic Art version « demi », non, ça ne va pas.

 

Tracklist de Spectre Abysm :

1. Demonic Resurrection (10:21)
2. Ethereal Traveller (7:06)
3. Omega Doom (7:45)
4. Requiem Sempiternam (2:43)
5. Triumph of Sacrilege (4:42)
6. Disciplina Arcani (5:40)
7. Through the Vast Profundity Obscure (8:46)

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