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Album

03/07/17 - ZSK

SikTh

The Future In Whose Eyes?

LabelMillennium Night / Peaceville Records
styleProgressive Groove Metal
formatAlbum
paysAngleterre
sortiejuin 2017
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Comme je le disais dans une précédente chronique, nous sommes dans une époque triste où nous devons récemment newser assez régulièrement des splits de formations Metal de moyenne voire grande importance. Mais heureusement, ces séparations sont tout aussi souvent contrebalancées par des annonces de reformations. Sincères ou par appât du chèque bien garni proposé par le festival qui veut faire le buzz, là n’est pas la question, même si il faut souvent repasser pour la qualité de la musique… De reformation pour faire des concerts comme au bon vieux temps, on en arrive aussi à des groupes qui grâce à leur réunion, ont eu envie de refaire les choses en grand et de retourner en studio, comme au bon vieux temps aussi… Un cas qui s’applique aux Anglois de SikTh. Après leur split en 2008 qui avait suivi le départ des deux vocalistes Mikee Goodman et Justin Hill, le groupe annonça son retour à l’occasion du Download Festival de 2014 (là aussi, y’a-t-il eu un chèque…). Ce qui devait être au départ une reformation pour quelques dates s’est donc transformé en un retour en bonne et due forme, avec la sortie d’un EP en 2015, Opacities. Oui, SikTh est bel et bien de retour, même si finalement, Justin Hill mettra les voiles après Opacities, pour se consacrer à ses activités de producteur (Betraying The Martyrs, Heart Of A Coward…). L’occasion donc de réentendre un groupe assez révolutionnaire à son époque avec ses deux albums The Trees Are Dead And Dried Out, Wait For Something Wild (2003) et Death Of A Dead Day (2006), grand inspirateur du Djent (même s’il n’a lui-même jamais vraiment arboré toutes les caractéristiques du style) et dépositaire d’un genre unique de Groove-Metal progressif voire avant-gardiste, qui n’a pas eu de véritable successeur depuis 2008 si ce n’est les méconnus (Sic)monic (dont leur troisième album fait office d’arlésienne depuis plus de cinq ans) et le groupe que Graham « Pin » Pinney a formé après SikTh, le dispensable Aliases qui a tout de même livré l’an dernier un plutôt sympathique Derangeable et a surtout fourni le remplaçant de Justin Hill, Joe Rosser.

La question qui se pose maintenant, c’est est-ce que la reformation de SikTh est une réussite ou aurons-nous affaire à l’énième coup d’épée dans l’eau d’un groupe qui aurait du rester dans l’ombre après s’être arrêté en pleine gloire. Eh bien, concernant le retour de ces Anglais allumés, on dit un grand #OUI. Alors certes, Opacities était plus sympathique qu’indispensable, qui montrait d’ailleurs un SikTh assez gentillet par rapport à Death Of Dead Day mais toujours capable de groover sec et de manière complexe avec des brûlots comme "Behind the Doors" ou "Philistine Philosophies". Mais deux ans plus tard avec The Future In Whose Eyes?, ce qui est leur troisième full-length arrivant 11 ans après Death Of A Dead Day, SikTh va un peu changer en bien. Pas vraiment avec le changement Justin Hill - Joe Rosser, vu que les chants clairs ont toujours été présents et que Joe ne fait pas honte à son prédécesseur à ce niveau, et il assure aussi dans le registre des cris. D’ailleurs les premières écoutes nous font constater que le nouveau vocaliste a immédiatement retrouvé l’alchimie avec Mikee Goodman comme à la grande époque, les deux hurleurs étant en parfaite harmonie (à noter que par un subtil système de couleurs, le livret de l’album nous permet de savoir exactement qui chante quoi). Non, musicalement, SikTh a évolué en très bien, se trouvant un nouvel équilibre, plus soft sans être gnangnan, ne reniant rien de son passé tout en le complétant de choses fraîches. Toujours aussi foufou, le groupe est plus groovy et catchy que jamais, faisant l’effort avec The Future In Whose Eyes? de proposer d’énormes tubes, des morceaux très immédiats blindés de plans dinguos très inspirés, mais aussi des passages très accrocheurs avec notamment des refrains fédérateurs et irrésistibles. Ajoutez à ça la parfaite entente des chanteurs comme prévu, et un gros son qui décoiffe (par Dan Weller lui-même et Adam « Nolly » Getgood de Periphery), et on obtient l’album de l’été, ni plus ni moins. Une grosse baffe, un album qui déglingue.

En 46 minutes pour 9 vrais morceaux entrecoupés par des interludes narrés, The Future In Whose Eyes? est un album qui donne sacrément la bougeotte. Dès que "Vivid" est lancé, on retrouve toutes les caractéristiques rythmiques de SikTh pour un album qui va s’inspirer des passages les plus couillus de Death Of A Dead Day tout en y ajoutant de nombreuses accroches. Mikee et Joe sont déjà au top nous livrant des moments de pure folie vocale, et que dire du refrain haut perché et maîtrisé déjà inoubliable. SikTh n’est pas revenu pour faire de la soupe, mais bien pour capitaliser habilement sur son passé et lui redonner un coup de peps. Et enchaîne avec cette tuerie absolue qu’est "Century of the Narcissist?", assurément le morceau le plus percutant de cet opus avec des rythmiques virevoltantes qui en mettent plein la tronche dès qu’elles passent et repassent, et encore une fois les vocaux dans leur ensemble mettent le tout en valeur, qui est aussi accompagné par quelques jolis moments mélodiques. The Future In Whose Eyes? est un album hyper efficace mais aussi contrasté, en témoigne aussi ce hit absolu qu’est "The Aura", qui met l’emphase sur les chants les plus clairs pour au bout un très gros tube plus accessible mais marqué au fer rouge par le style SikTh à chaque instant, les riffs énormes sont donc au rendez-vous et le refrain est à nouveau parfait. La formation britannique est ultra motivée et continue ensuite à enchaîner les perles, du très dynamique "Weavers of Woe" (avec encore des lignes vocales formidables et des moments plus aérés) au classique mais mordant "No Wishbones" (avec son départ bien vrombissant) en passant par le plus frappadingue mais toujours tubesque "Riddles of Humanity" et en terminant par l’excellent "Ride the Illusion" et son final absolument génial.

The Future In Whose Eyes? a tout de l’album parfait en tous points mais au milieu de tous ces super tubes, j’ai un peu plus de mal avec le plus mélo "Cracks of Light" qui bénéficie de l’apport de Spencer Sotelo (Periphery) en guise d’invité mais sans réellement convaincre outre mesure ; ou encore avec "Golden Cufflinks", un single assez « grossier » et mid-tempo, qui n’est pas mauvais et même très original mais qui dénote vraiment avec le reste. Enfin, je ne suis pas convaincu par les interludes narrés que sont "This Ship Has Sailed", "The Moon’s Been Gone for Hours" et "When It Rains", qui font un peu baisser la tension de l’album et n’apportent pas vraiment quelque chose de significatif à ce disque qui apparemment n’est pas spécialement conceptuel, mélangeant sujets de société et aspirations plus psychologiques. Mais en tout, on a quand même 7 morceaux indispensables, et quels morceaux… que des hits, des grosses tueries, qui vous feront headbanguer comme un dératé au volant de votre voiture sous la canicule. Je regrette de ne pas m’être déplacé à Jarny pour les voir, même si je ne sais pas s’ils y avaient déjà joué des extraits de cet excellent The Future In Whose Eyes?. Je n’attendais rien de spécial de ce nouvel album de SikTh, ayant suffisamment écumé The Trees Are Dead And Dried Out, Wait For Something Wild et Death Of A Dead Day depuis le temps et Opacities ne m’avait pas retourné. Mais ici, c’est tout autre, SikTh a rendu son propos plus direct et accrocheur et a pondu quelque chose de gigantesque, en gardant son inspiration et son originalité (riffs groovy et complexes et duo de chants) et en intégrant parfaitement un nouveau vocaliste pour balancer cette fois-ci de vrais hits qui font passer un "Bland Street Bloom" pour un morceau plat et banal. Voilà une reformation qui a abouti à quelque chose de vraiment énorme, un album hyper couillu et très frais, blindé presque ras la gueule de pépites qui vont vous faire bouger pendant un bon moment. Ne cherchez plus l’album de Metal qui va vous accompagner tout l’été, il est là.

 

Tracklist de The Future In Whose Eyes? :

1. Vivid (4:28)
2. Century of the Narcissist? (4:09)
3. The Aura (4:03)
4. This Ship Has Sailed (1:19)
5. Weavers of Woe (5:31)
6. Cracks of Light (4:13)
7. Golden Cufflinks (4:07)
8. The Moon's Been Gone for Hours (2:46)
9. Riddles of Humanity (3:46)
10. No Wishbones (4:30)
11. Ride the Illusion (4:37)
12. When It Rains (2:35)