Chronique Retour

Livre

05/04/17 - Pamalach

Adam Nergal Darski avec Mark Eglinton

Confessions d'un Hérétique - Le sacré et le profane : Behemoth et au-delà

LabelCamion Blanc
styleAutobiographie
formatAlbum
paysPologne
sortiefévrier 2017
La note de
Pamalach
8/10


Pamalach

"Les vrais savent, les vrais font".

Difficile de nier que même le monde de la musique extrême a son star system, les étoiles constellant le ciel obscur de sa sombre galaxie gardant un éclat tout particulier si on le compare à ce qui a communément été admiré par le commun des mélomanes. Vikernes, Gaahl, Euronymous, Nödtveidt ou Benton, longue est la liste de ceux qui ont franchi les limites des contrées metalliques pour aller bronzer sous les sunlights des médias mainstream avides de comportements fantasques et de sensations fortes. Sortant parfois de leur cantons metalliques pour d'obscures et sombres raisons, les quelques personnalités que j'ai citées ci dessus ont quelques fois été reniées par une partie du public qui ne tolère pas (non, il ne tolère pas) qu'on quitte le village natal pour aller batifoler dans le lit de la voisine du bourg d'à coté.
Mais la célébrité est une amante capricieuse qui ne récompense pas toujours ceux qui vendraient père et mère pour avoir ses faveurs et il arrive qu'elle jette son dévolu sur des damoiseaux pas toujours préparés à accueillir les protubérantes rondeurs de la redoutable amazone. Et en plus de 25 ans de carrière avec Behemoth, Nergal à eu le temps de tanner le cuir de sa bête démoniaque afin qu'elle résiste aux assauts les plus hardis.

Présenté sous la forme d'une longue interview découpée en plusieurs chapitres, "Confession d'un Hérétique" est l'autobiographie de Nergal, assisté pour l'occasion de Mark Ellington, journaliste s'étant déjà distingué avec plusieurs biographies de musiciens tel que James Hetfield et Rex Brown. Au départ, j'étais assez dubitatif sur l'idée de l’interview fleuve mais force est de constater que les chapitres sont savamment découpés et que les interviewers poussent le père Nergal plus loin dans ses retranchements que si les questions avaient été amenées par des scribouillards lambda. En effet, Kryzstof Azarewicz et Piotr Weltrowski sont des proches de Nergal et en qualité de bons camarades ils savent quels leviers manipuler pour titiller l'intérêt du chanteur/guitariste et lui faire lâcher un poil plus que ce qu'il ne raconte d'habitude.
Si il ne rechigne pas à répondre aux questions qu'on lui pose, Nergal nourrit cependant tout au long du livre une sorte de paradoxe assez étrange où sa franchise se heurte parfois aux portes de son jardin secret. Lorsqu'il parle de Nödtveidt par exemple, il garde une sorte de distance avec ce qu'il raconte comme s'il souhaitait garder pour lui tout une part de ce qu'il partageait avec le leader de Dissection. Raconter sans tricher... mais sans non plus trop en dire semblerait être le mot d'ordre de cette autobiographie, Nergal arrivant à susciter l’intérêt sans baver sur tout le monde. Mais ne croyez pas cependant que notre musicien fait sa mijaurée quand il s'agit d'affirmer ses positions. Que cela concerne son apostasie, sa leucémie, sa liaison avec la chanteuse Dorota Rabczewska ou l'épisode "The Voice", Nergal affirme clairement ses idées et opinions, tranchant dans le lard à chaque fois que nécessaire. On retrouve alors ce caractère radical et individualiste hérité de sa facette Black Metal, le musicien électrifiant sa verve dès lors qu'il parle de Behemoth ou tout ce qui est en lien avec le Metal. Si la musique se taille la part du lion, le combat qu'a du mener Nergal contre la maladie est aussi largement évoqué, cet événement ayant bien évidement eut un impact important sur son mode de vie et sa relation aux autres. 
Et au final, en refermant le livre, il me reste de Nergal l'image d'un musicien finalement assez cohérent avec lui-même. Il ne nie pas ses contradictions et si il garde des convictions fortes sur plusieurs sujets, il ne semble pas se la jouer "faites ce que je dis, pas ce que je fais" (du genre blackeux dépressif suicidaire encourageant a l'autodestruction... à plus de 40 balais avec une jolie petite vie sociale à coté de son activité de musicien "maudit"). Nergal ne se la joue pas philosophe du siècle mais livre quelques pistes de réflexion intéressantes sur plusieurs sujets et au final intéressera tout autant le fan de Behemoth que le mélomane lambda qui souhaite simplement en savoir plus sur cet artiste singulier.

J'ai eu l'occasion de voir Behemoth à divers moments de sa carrière. Je me rappelle que si les shows que j'ai vu étaient assez différents les uns des autres, ils gardaient néanmoins un dénominateur commun : la qualité. Les bons musiciens ne sont pas forcément des gens intéressants à lire où à écouter parler, mais en qualité d'éminence grise d'un groupe opiniâtre, Nergal nous propose ici un ouvrage fluide et très agréable à lire.