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Album

24/01/17 - ZSK

Diablerie

The Catalyst Vol I.: Control

LabelPrimitive Reaction
styleElectro-Metal
formatAlbum
paysFinlande
sortiejanvier 2017
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

16 ans. C’est le temps qu’il a fallu attendre pour que Diablerie ponde un successeur à Seraphyde (2001). Un album culte à plus d’un titre, sensation d’Electro-Metal qui témoignait de l’émergence d’expérimentations au tout début des années 2000, aux côtés du A.M. G.O.D. d’…And Oceans, du Mutant Star de Demimonde, du New Era Viral Order de Thee Maldoror Kollective, de The Kovenant bien sûr voire aussi des débuts de Ram-Zet et d’Ensoph, et tant d’autres qui se trouvaient dans les catalogues Adipocere et Holy Records pour qui aimait tenter l’aventure parmi les étiquettes bizarres genre « Cyber Avantgarde Post-Futuristic Metal ». Depuis, les années ont passé et faire de l’Electro-Metal n’est plus révolutionnaire, c’est même kitsch pour certains, mais il y a toujours eu des sorties intéressantes dans le style, entre les rares groupes équivalents d’époque qui ont continué dont certains mentionnés plus haut, ou ceux qui ont pris la relève de Diablerie dans un style relativement approchant, comme Neurotech ou encore les compatriotes de Turmion Kätilöt voire Scorngrain (où l’éminent HV officie désormais d’ailleurs). C’est tout de même un peu maigre mais faire pareil style n’intéresse pas forcément grand monde. Et il y a bien du y avoir une « relève » vu que dès Seraphyde passé, Diablerie s’est mis en retrait. Les autres groupes des musiciens en place ont pris plus d’importance et en 2003 c’en était déjà fini de Diablerie. Même si Henri « HV » Villberg avait encore quelques idées derrière la tête…

Poussé par son collègue de Rapture Tomi Ullgrén (aussi dans Impaled Nazarene et Shape Of Despair et passé par Finntroll et Thy Serpent entre autres), HV envisagera de sortir de nouvelles compos sous le nom Diablerie. Et en 2007 le groupe sera réactivé avec la sortie d’un EP logiquement nommé Reactivation avec notamment l’excellent inédit "White Collar Privilege" qui prouvait que Diablerie était bien de retour et avait encore des choses à dire. Une démo, Demo I/MMVII, sortira un an plus tard avec encore 4 morceaux terribles dont la superbe reprise de Dismantled. Puis le temps passera… et la promesse d’avoir affaire un jour à un vrai second album de Diablerie deviendra petit à petit une arlésienne. Un EP nommé Transition verra le jour en 2012, reprenant les morceaux démo sortis depuis 2007 avec un line-up presque tout neuf autour de HV (dont Tomi, le guitariste d’origine Kimmo Tukiainen aussi dans Rapture, et le batteur Petri Mäkipää). Puis 3 morceaux géniaux seront balancés en 2013 sur SoundCloud, formant une nouvelle démo. La sortie d’un nouvel album semblait imminente mais il aura encore une fois fallu être patient vu que ce n’est que presque 4 ans plus tard que nous parviennent les versions définitives accompagnées d’autres nouvelles compos dans un album tout beau tout chaud. Le fait que le groupe avait annoncé en juin 2016 que tout était prêt et que l’album sortirait « à l’automne » me faisait même prendre de grosses pincettes, on a déjà vu d’autres effets d’annonce bien peu concrets et au stade d’attente où nous en étions, il valait mieux attendre d’avoir la bête entre les mains ou au moins des 0 et 1 entre les oreilles. D’ailleurs il aura fallu encore attendre jusque janvier 2017 pour la vraie délivrance. Voilà, enfin, le tant attendu second full-length de Diablerie, The Catalyst Vol I.: Control.

La première question à se poser, c’est à quoi ressemble Diablerie 16 ans après la sortie de Seraphyde ? Bon, tous les morceaux démo sortis depuis 2007 nous permettaient déjà de nous donner une idée, surtout que les fans les plus acharnés les ont écouté encore et encore. Le groupe finlandais n’a pas franchement viré sa cuti mais a su se moderniser. Toutefois Seraphyde était presque en avance sur son temps donc la marge n’est pas si importante… Parti d’un background Black Sympho, Diablerie avait su épicer sa mixture Electro/Indus avec de nombreux éléments de Metal extrême, gothique et avant-gardiste. Sa version 2017 garde bien évidemment le goût pour les nombreux synthés et autres effets électro, le Metal lui se trimballe entre Indus et Thrash/Death extrême (difficile de réellement parler de Black-Metal), avec une vraie constante, la voix de HV, qui n’a pas évolué d’un pouce depuis 2001 même si le bougre se permet de nouvelles variations notamment dans le domaine clair. L’Electro-Metal de Diablerie demeure donc dynamique, efficace, énergique et inspiré, capable de nous balancer des riffs bien mordants tout comme se balader sur le dancefloor et proposer des refrains imparables. Toutefois, Seraphyde était plus varié et expérimental, et The Catalyst Vol I.: Control est plus terre-à-terre, plus conçu pour faire de l’Electro-Metal immédiat et burné plutôt que d’aller dans des terres presque avant-gardistes. On s’inspire donc plus de pièces comme "Dystopia Show", "Astronomicon" ou "Death-Wired to the Bleak", même si l’esprit des "Nervine", "Weltschmerz" ou encore "Nations Collide" demeure présent. En somme, Diablerie est reconnaissable et est resté le même, mais il a su s’immiscer dans la modernité notamment au niveau Metal, contrairement à un Mysticum par exemple qui n’avait pas bougé d’un poil en 18 ans d’absence (ce qui n’est pas un reproche). Mais encore une fois, Seraphyde était tellement en avance sur son temps que l’Electro-Metal pondu par Diablerie que ça soit maintenant, il y a 16 ou 10 ans, est résolument « actuel », futuriste et jamais kitsch…

L’intro de luxe "Hexordium : The Final Realisation That You Don’t Matter" a la charge de nous (re)mettre dans l’ambiance de Diablerie et aussi de (re)poser les bases : de l’électro et des riffs, les synthés et les vocaux variés de HV. On constate déjà que le combo finlandais a envie de bien faire les choses pour son grand retour, et embraye sur "Selves" qui figurait sur la démo de 2013 et remet déjà bien Diablerie sur le devant de la scène avec un pur tube d’Electro-Metal dont ils ont le secret, avec des couplets bien percutants et un refrain au top, bref tout y est, riffs Indus mordants comme synthés électro entraînants. Mais dès "Rabid (Dogs of Church and State)" (lui aussi issu de la démo de 2013), on découvre l’autre visage de Diablerie qui va tout de même illuminer une partie de The Catalyst Vol I.: Control, c’est-à-dire quelque chose de plus bastos, qui assume son côté Thrash/Death extrême. Ce morceau très cossu et tranchant semble même clairement influencé par le Impaled Nazarene de Tomi Ullgrén, et encore mieux Mika Luttinen s’invite à la gueulante ! On a jamais vu un Diablerie aussi rapide et incisif, mais c’est quand même Diablerie alors on aura un beau break électro-futuriste et même du chant clair pour tempérer le tout en milieu de course. Mais le groupe finlandais a sorti les riffs pour son retour, et c’est le moins qu’on puisse dire avec des brûlots comme le rentre-dedans "Odium Generis Humani" (aux passages électro géniaux) ou encore le remuant et presque Cyber "This Drastic Clique", ainsi que quelques moments gras dans le reste de l’album. Le Diablerie v.2017 a opté pour l’efficacité et va droit au but, sans renier les particularités qu’il avait introduites avec Seraphyde.

Et le Diablerie v.2017 a sorti un album de 48 minutes qui devient vite irrésistible et terriblement accrocheur pour quiconque aime l’Electro-Metal ou même le Metal Indus de manière générale, passé le fait que nous n’avons pas strictement affaire à une suite de Seraphyde mais bien quelque chose d’un peu différent, moins expérimental et plus direct. On peut ainsi apprécier les vrais hits que sont, outre "Selves", l’excellent "Wear My Crown" et surtout le fantastique "Grey", vraiment la piste inoubliable de cet opus avec un refrain majestueux. Diablerie, après 16 ans d’absence, reprend donc facilement le trône de l’Electro-Metal, chassant un peu sur les terres du tout premier album de Neurotech. Surtout que niveau électro, le groupe finlandais est également au top de sa forme, en témoigne encore le somptueux interlude "You Stop You Die" ainsi que le plus fouillé "Osiris", perle de Metal futuriste de plus de 7 minutes et dernier morceau de la démo de 2013 à être repris ici. L’album se finit également tout en ambiances avec le fleuve "I Am the Catalyst", partant d’un ambiant cotonneux là aussi résolument futuriste, avant un déluge d’électro lumineuse ponctué par une dernière explosion riffique très épique. Bref, Diablerie a livré un manifeste d’Electro-Metal, alors qu’on se serait presque contenté d’un album sans prétention qui aurait juste permis de le remettre sur le devant de la scène à l’aide de quelques morceaux bien sympathiques. Non, Diablerie a fait plus que ça, et a non seulement pondu quelque chose de digne de ses démos produites depuis 2007, mais a su également se renouveler sans se réinventer totalement, grâce à un habile mariage fluide et cohérent entre des bons riffs Indus/extrême de derrière-les-fagots et de l’électro léchée, pour balancer des bonnes tueries d’un Electro-Metal qui vit avec son temps.

The Catalyst Vol I.: Control a quand même quelques légers accrocs mais c’est de l’ordre du détail, la prod est un peu sèche et aurait pu être plus puissante, le chant clair de HV est parfois un peu limite, "Selves" était plus dynamique en démo (notamment pour les parties électro du refrain), bref ce second full-length de Diablerie n’est pas irréprochable, mais se bonifie avec les écoutes, passant de simple bon retour du groupe à monstre d’Electro-Metal. Si bien qu’essayer de savoir s’il est meilleur que Seraphyde est un peu hors de propos. L’approche et surtout l’époque est différente, de l’eau a coulé sous les ponts, et Diablerie a même un peu perdu de sa personnalité pour un album parfois marqué par le son de ses propres successeurs pendant ses 16 années d’absence discographique, je pense en particulier à "Wear My Crown" qui ressemble plus à du Turmion Kätilöt qu’à du Diablerie - et en plus MC Raaka Pee est invité sur ce morceau. The Catalyst Vol I.: Control n’est peut-être pas le chef d’œuvre attendu, mais on avait pas entendu quelque chose d’aussi couillu en Electro-Metal depuis un moment et que ça soit du fait de Diablerie, c’est la cerise sur le gâteau. Un grand retour, digne et inspiré, voilà ce qu’il faut retenir de The Catalyst Vol I.: Control. 16 ans de void entrecoupés par quelques démos qui ont servi de base à cet excellent album, signant le retour en fanfare d’un groupe qui avait inventé pas mal de choses à l’époque, et qui a certes tempéré cette inventivité mais pour en gagner le double en efficacité, avec des riffs percutants et des hymnes électroniques mortels, le tout dans une ambiance futuriste toujours appréciable. Welcome Back messieurs, en attendant que les norvégiens de The Kovenant fassent de même avec leur méga-arlésienne Aria Galactica (si on doit aussi attendre 16 ans, ça sera pour 2019), et maintenant on croise les doigts pour que la suite de la disco d’un Diablerie en si bonne forme arrive vite sachant que comme son nom l’indique, The Catalyst Vol I.: Control est le premier volet d’une trilogie. Sortie du Vol 2. en 2033 ? Lel.

 

Tracklist de The Catalyst Vol I.: Control :

1. Hexordium : The Final Realisation That You Don’t Matter (2:40)
2. Selves (4:01)
3. Rabid (Dogs of Church and State) (4:00)
4. Wear My Crown (4:20)
5. Odium Generis Humani (4:37)
6. You Stop You Die (2:24)
7. Grey (4:46)
8. This Drastic Clique (5:00)
9. Osiris (7:12)
10. I Am the Catalyst (9:41)