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jeudi 19 janvier 2017 - Pamalach

Dayal Patterson (Black Metal : The Cult Never Dies Volume 1)

Dayal Patterson

Pamalach

"Les vrais savent, les vrais font".

Aprés la chronique du livre vient l'heure de l'interview ! Dayal Patterson à accepté de répondre aux questions d'Horns Up avec toute l'intelligence et la franchise que nous imaginions de sa part. Un grand merci à lui.

Remerciement tout particulier à Emilien Nohaic qui s'est gracieusement chargé de la traduction de l'interview et des réponses.

1 - Salut Dayal ! En quelques mots, peux-tu nous dire qui tu es ? Est-ce que tu es un musicien ?

Je ne dirais certainement pas que je suis musicien, même si je joue un peu dans mon temps libre. Le cœur de mon métier est l’écriture et la publication, et je fais aussi un peu de photographie et de design dans ce contexte.

2 -  Nous sommes ici pour parler de ton livre The Cult Never Dies, publié chez Camion Blanc. Peux-tu nous expliquer la genèse de ce projet et quelle a été ta motivation ? Est-ce que tu cherches à montrer quelque chose en particulier à tes lecteurs ?

Cette série de livres a commencé avec Black Metal: Evolution of the Cult, publié en 2013, et la motivation derrière ce projet était de donner un espace aux musiciens et protagonistes du Black Metal, afin qu’ils racontent leur histoire. En les rassemblant tous, ils dressent un bilan élargi de l’histoire globale de ce genre. Jusqu’alors, j’avais l’impression que l’histoire du Black Metal était racontée par les écrivains et les réalisateurs, ou autres vidéastes, qui avaient un regard extérieur au Black Metal, et au final c’était toujours les mêmes questions et les mêmes personnes qui revenaient. Pendant la création de Evolution, il est devenu évident qu’il y aurait une limite au nombre de groupes et de personnes présentés dans un seul livre. D’autant plus que je ne souhaitais pas sacrifier tous les détails ou réduire la taille des chapitres.

Et c’est ainsi que Black Metal: the Cult Never Dies, Vol. One est né, comme une suite qui reprenait là où le premier livre s’était arrêté. Ainsi, j’ai pu davantage m’attarder sur l’histoire du Black Metal norvégien et polonais et sur le Black Metal dépressif, qui n’ont été qu’effleurés dans Evolution. On peut retrouver des interviews très naturelles et développées de Satyricon, Kampfar, Silencer, Forgotten Tomb, Strid, Mgła, Wardruna, Bethlehem, et plein d’autres encore.

3 - Je suppose que tu as interviewé d’abord des groupes que tu appréciais déjà. Quel rapport entretiens-tu avec la musique ? Quels sont tes groupes favoris ? As-tu fait des découvertes intéressantes lors de tes recherches pour CND ?

Oui, tous les groupes présentés dans ce livre sont, d’une certaine manière, des groupes que j’appréciais déjà. Mais ce n’est pas pour autant la seule raison pour laquelle ils ont été choisis, ils ont joué un rôle important et ont su apporter quelque chose d’unique au genre. Ils illustrent un aspect particulier du mouvement qu’est le Black Metal, que ce soit musicalement, idéologiquement, historiquement ou d’un point de vue culturel. Ça va faire 22 ans maintenant que je suis dans le Black Metal, et il y a littéralement des centaines de groupes que j’apprécie et dont je souhaite parler.

4 - Les musiciens de Black Metal ont la réputation de jouer les durs lors des interviews. Pourtant, tu dis qu’ils se sont montrés coopératifs et même bavards, et la plupart font les louanges de ton travail ! Est-ce la fin d’un mythe ou as-tu un secret particulier ?

Hmmm. C’est une question intéressante, comme je pense que les artistes du Black Metal peuvent se montrer difficiles lors d’interviews (ou c’est peut-être les interviewers qui sont compliquées avec eux…). Je pense qu’une partie du problème réside dans le fait que les gens qui posent les questions ne sont pas nécessairement issus du même milieu ou du même monde que les musiciens. Je pense qu’au moins, je partage une certaine compréhension et un passé, même si ce ne sont qu’un peu plus de vingt années passées dans ce mouvement. Au début, ce n’était pas évident de contacter certains groupes mais avec chaque livre de cette série (il y en a maintenant quatre), la plupart des groupes que je cherche à interviewer connaissent déjà mon projet et la majorité a vu au moins un de mes livres. Je pense que les musiciens en question ont au moins une idée de mon approche et ils savent que je prends les choses sérieusement. Le premier livre était très différent comme certains groupes n’avaient aucune idée de l’histoire que j’allais ensuite raconter.

5 - Comment as-tu choisi les groupes pour CND ? Quels autres groupes aurais-tu aimé inclure ?

Il n’y a aucun autre groupe que j’aurais aimé ajouter, comme tous les groupes, qui ne font pas partie de ce livre et qui m’intéressent, trouveront leur place dans un autre livre de la série. Il reste encore quelques groupes que je n’ai pas pu interviewer (Abruptum, Deathspell Omega), mais je dois dire que globalement j’ai été agréablement surpris de voir combien de groupes ont pris part à ce projet, ça paraît presque insensé.

6 - Peut-être plus que dans tout autre genre, le Black Metal semble être difficile à identifier et chaque artiste a sa propre définition du genre. Mais n’est-ce pas aussi ce qui rend ce genre si fascinant ?

Pour faire simple : oui. Le Black Metal se définit par une pluralité de sens, il n’y en a pas qu’un seul. C’est un genre immense avec un large éventail d’interprétations qui en fait un genre très varié, plus que d’autres, en termes de musique, de paroles, d’esthétique, de vision du monde, etc.

7 - Toujours sur les questions de définition, tu dis que chaque artiste tend à donner sa propre vision du monde, comme la seule et unique vérité… peu importe ce que peuvent penser les autres. Est-ce qu’on peut dire que dans une certaine mesure, ces visions opposées nourrissent aussi les cercles de Black Metal ?

Dans une certaine mesure, c’est effectivement juste. Il y a de nombreuses visions opposées au sein de la scène Black Metal, sans parler de ce qu’est ou n’est pas le Black Metal, et certaines tensions et approches réactionnaires se sont fait une place et motivent aussi certains artistes. Je pense que le point central est que les personnes qui jouent du Black Metal le font rarement sans conviction. Il y a une bonne dose de réflexion et d’émotion dans tout ceci, et pour certains, il y a aussi un sens supérieur, même si les choses peuvent varier grandement d’un groupe à l’autre sur des points spécifiques.

8 - Dans CND, Solefald parle de l’importance du Black Metal en Norvège et sur leur patrimoine. Ils expliquent que c’est une bonne chose, comme la Norvège soutient la musique financièrement… mais d’un autre côté, mis à part quelques groupes, le discours est beaucoup plus policé. Es-tu d’accord avec ça ? Penses-tu que le Black Metal doit être provoquant ?

Hmmm… c’est une question difficile comme les gens peuvent être choqués par des choses différentes et je ne pense pas non plus que tous les groupes doivent choquer, de manière générale. Si tu veux, tous les groupes n’ont pas besoin d’être des Shining. Je ne pense pas pour autant que le Black Metal doit être trop accessible ou neutre, mais je ne suis pas certain que la provocation soit la principale qualité. Mais la question de savoir si en acceptant l’argent du gouvernement les groupes ne se compromettent pas un peu… en fait, presque tous les groupes norvégiens reçoivent de l’argent pour leurs tournées (du moins, si j’ai bien compris), mais c’est un débat intéressant.

9 - Toujours dans le chapitre sur Solefald, il est dit que maintenant les groupes provocants se trouvent en Europe de l’Est et en France. A ton avis, pourquoi autant d’auditeurs et de groupes sont d’accord sur le fait que le NS ou les sujets racistes sont maintenant plus subversifs que les paroles traitant du satanisme ou de l’occulte ? Et si on suit la logique, quelle serait la prochaine étape, qu’est-ce qui serait plus subversif que les idées NS ?

Je pense que la question serait alors : est-ce que le NS est subversif ? Dans certains pays, et surtout là où le NSBM est le plus présent, de telles idéologies sont en fait assez grand public, alors je ne suis pas certain que ce soit nécessairement si subversif ou provocateur que cela. A nouveau, quand certains groupes adoptent des prises de position politique controversées, c'est dans le but de choquer ou de provoquer (comme c’était le cas dans les années 90), mais c’est finalement assez insignifiant par rapport à l’ensemble.

10 - Tu apprécies le Black Metal français ? Et si c’est le cas, quels sont tes groupes préférés ?

En fait, je veux me pencher sur le sujet sans trop tarder. Je dirais Vlad Tepes, Deathspell Omega, Blacklodge, Hell Militia, Mütiilation, Antaeus et Blut Aus Nord, pour ne citer que quelques groupes qui me viennent à l’esprit.

11 - Penses-tu que parfois, certains artistes se contredisent ou « sabotent » leur musique ?

Le Black Metal est un genre mammouth, il existe des milliers de groupes, et il n’est pas étonnant que certaines formations émergent et sont en réalité inconsistantes ou contradictoires. Les gens le sont en général, et je pense que tu aurais du mal à trouver une forme d’art qui ne le soit pas non plus.

12 - Comment vois-tu l’évolution du Black Metal dans les années à venir ?

Sans conteste, c’est pour moi une des choses les plus remarquables du Black Metal, malgré son apparition dans les années 80, c’est un genre dans lequel des artistes innovants et surprenants continuent d’apparaître, et il y a énormément de musiques révolutionnaires et pourtant qui restent toujours ancrées dans le Black Metal. Aussi, on retrouve toujours cette présence marquée du traditionalisme, avec de nouveaux groupes qui jouent toujours dans le style des années 80 et 90, avec le même esprit.

13 - As-tu d’autres projets en tête ?

Oui, effectivement. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai écrit quatre livres dans cette série :

Black Metal: Evolution of the Cult (2013)

Black Metal: Prelude to the Cult (un petit livre, sorti en fin d’année 2013)

Black Metal : The Cult Never Dies Vol. One (2015)

Black Metal: Into the Abyss (2016)

Et Cult Never Dies: The Mega Zine (fin d’année 2016)

Bonne nouvelle aussi pour les lecteurs français, Into the Abyss devrait sortir prochainement en français.

En plus des livres, nous continuons à sortir des tshirts et des sweatshirts à capuche de groupes comme Ulver, Mysticum, Rotting Christ, Blaze of Perdition, Loits, Beherit, Helheim, Dødsheimgard, 1349 et Vulcano (allez sur CultNeverDies.myshopify.com).