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Album

26/12/16 - ZSK

Khonsu

The Xun Protectorate

LabelJhator Recordings
styleInnovative Extreme Metal
formatAlbum
paysNorvège
sortienovembre 2016
La note de
ZSK
9/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Le Metal, c’est parfois une affaire de famille… Pour Khonsu, c’est même une affaire de fratrie. Le leader de ce projet se nomme Steffen Grønbech, frère de l’illustre Arnt « Obsidian C. » Grønbech, tête pensante de Keep Of Kalessin. Les deux frères avaient d’ailleurs déjà collaboré pour l’EP Reclaim de Keep Of Kalessin en 2003. Mais Steffen a choisi un autre chemin de vie, loin des tournées et des sessions de photo promo en mode blockbuster. Seulement, on ne s’éloigne jamais facilement du monde de la musique. Steffen a continué à composer de son côté, pas forcément du Metal toutefois, plus de la musique électronique en mode score de cinéma (donc un peu blockbuster, d’une autre manière). Pour finalement donner naissance à Khonsu, un projet hybride, entre Metal (chassez le naturel…) et autres aspirations musicales. Bien évidemment, Arnt n’a jamais été loin, jouant le rôle de producteur, de guest pour quelques guitares, de VRP et donc de « grand frère » de Khonsu, lui amenant d’ailleurs à collaborer avec Thebon de Keep Of Kalessin pour Anomalia, le premier full-length de Khonsu sorti en 2012 chez Season of Mist après une démo confidentielle et quelques apparitions remarquées sur scène en Norvège. Une ascension fulgurante pour un projet qui aura su frapper fort dès le début, livrant un petit bijou de Metal avant-gardiste norvégien aux multiples facettes et au talent évident. Bien entouré, Khonsu avait déjà tout d’un grand, histoire d’assurer avec d'autres la succession d’un Arcturus dont l’avenir était encore incertain à l’époque.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts ou plutôt de la poussière céleste a vogué entre les astéroïdes. Arcturus est revenu avec l’excellent Arcturian et l’éventuel second album de Khonsu est longtemps resté au stade de promesse. L’EP Traveller, sorti en 2014 et affublé d’un inédit et du réenregistrement des morceaux de Keep Of Kalessin que Steffen avait composé pour Reclaim, devait être suivi de très près par un nouveau full-length. Mais Steffen est un homme occupé et malheureusement, aucun label ne semble s’intéresser à ce projet pourtant si talentueux et original. C’est après plus d’un an d’attente suivant une annonce du genre « ça y est l’album est fini » que The Xun Protectorate nous arrive par le biais d’un néo-label qu’on suppose monté par Steffen lui-même, Jhator Recordings. Le splendide artwork signé Adrien Bousson (de Season of Mist, qui a donc continué à travailler pour le groupe norvégien après Anomalia) annonçait déjà la couleur d’un album que l’on imagine plus futuriste que Anomalia, plus influencé par Blade Runner qui est un des films fétiches de Steffen, ancré dans un concept sur une cité spatiale. Arnt est bien sûr toujours là, s’occupant de la production des guitares et des solos, pour le reste les camarades de jeu ont changé et Khonsu devient petit à petit un vrai groupe plutôt qu’un one-man band avec des guests. A commencer par T’ol, nouveau chanteur issu de Chton (et guest pour Keep Of Kalessin sur Armada…) qui remplace le « déserteur » Thebon. Puis le chanteur clair Rune Folgerø, d’Atrox mais aussi de Manes en Live. Ajoutez à cela Torstein Parelius (Chton, Manes) pour les paroles, exercice auquel il s’était déjà essayé pour… Keep Of Kalessin, et la fine équipe ou plutôt la grande famille de Khonsu est complète pour un nouvel effort fantastique.

Ceux qui avaient goûté à Anomalia avaient retenu le Metal avant-gardiste norvégien léché proposé par Khonsu, mais surtout varié, entre moments stellaires ("In Otherness", "Va Shia (Into the Spectral Sphere)"), morceaux plus décadents et intimistes ("The Host", "The Malady") ou passages plus rythmés ("So Cold", le très Keep Of Kalessinien "Inhuman States"). The Xun Protectorate reprend peu ou prou les mêmes bases, notamment dans les riffs où l’influence et le style de Keep Of Kalessin se ressentent à chaque instant. Même T’ol a une voix finalement très proche de celle de Thebon, avec plus de lignes vraiment Death toutefois. Mais l’atmosphère est radicalement différente, servant à fond le concept futuriste et sci-fi de l’album. En somme, on reconnaît bien Khonsu, mais The Xun Protectorate est un album bien différent de Anomalia, montrant que Steffen ne fera probablement jamais deux fois la même chose. De Metal d’avant-garde, on passe à du « Metal extrême innovatif » selon les dires de Steffen, toujours dans un esprit Metal norvégien qui se ressent bien. Passée le prologue stellaire "Desolation City" qui nous met déjà bien dans l’ambiance, on retrouve donc déjà riffs bien durs et blasts pour "A Jhator Ascension", entre vocaux variés et possédés de T’ol et fond Metal façon Keep Of Kalessin version sympho. Bizarre au premier abord, surtout quand on avait encore le style d’Anomalia en tête, ce single se pose vite comme un véritable tube, dévoilant d’ailleurs une facette plus épique qu’il n’y paraît, avec un riffing inspiré et des passages mélodico-futuristes assez saisissants, comme ce monumental break à chant clair. Khonsu sait se réinventer et a fait évoluer son style vers quelque chose d’encore plus original, plus personnel que Anomalia qui capitalisait surtout sur le genre avant-gardiste norvégien avec quelques aspérités. The Xun Protectorate va donc se poser comme une grande réussite et combler toutes les attentes que l’on pouvait placer sur le projet de Steffen depuis la sortie de Traveller.

Khonsu va donc, comme il l’avait promis par son étiquette, innover. Avec notamment et déjà l’autre single "The Observatory", introduisant les vocaux clairs particuliers de Rune Folgerø qui apportent une touche résolument avant-gardiste et encore plus épique, allant bien avec cette pépite de Metal cosmique et futuriste, portée par des claviers envoûtants, des riffs accrocheurs et surtout une étrange mélodie d’introduction et de conclusion, qui se pose comme un des moments forts de cet album. Mais alors qu’on pouvait penser que Khonsu allait rester la tête dans les étoiles dans le poste d’observation de sa cité spatiale, il prend tout le monde à contrepied avec "Liberator", surprise retentissante de cet album à la première écoute. Il s’agit tout simplement du nouvel "Inhuman States", grosse boucherie de Black-Metal norvégien moderne à la Keep Of Kalessin, où Steffen se lâche sur riffs et blasts et où T’ol nous balance ses meilleurs growls. Mais nous avons tout de même affaire à Khonsu et tout comme pour "Inhuman States" en son temps, viendra le temps des atmosphères et de la libération, avec des montées mélodiques supra-épiques (avec en point d’orgue des synthés Blade Runner-iens et un sublime final à chant clair) qui viendront rendre ce morceau complet de 9 minutes prenant et irrésistible. "Visions of Nehaya", repris de l’EP Traveller, se chargera plus tard de remettre une deuxième couche de bourrinerie histoire de bien se rendre compte que nous avons tout de même affaire à des Black-Metalleux norvégiens, en attendant Khonsu continue la visite de sa cité où les vitres dévoilent la voûte céleste sous la chaleur du soleil.

"Death of the Timekeeper" prouve qu’à partir de trois fois rien, Khonsu a su pondre des œuvres majeures de Metal futuriste. Un riff Death/Black mid-tempo tout du long, quelques effets électro, un refrain épique à chant clair, un break cosmique de toute beauté, et voilà un hit retentissant et un morceau tout simplement beau, de Metal extrême avec riffs méchants et growls appuyés, mais beau. Une beauté qui s’exprime encore pour "The Tragedy of the Awakened One", piste très mélodique et enlevée qui lorgne presque du côté du dernier album d’In The Woods… en plus d’Arcturus, avec un Rune Folgerø qui s’en donne à cœur joie et une atmosphère épique à son firmament, juste contrastée par les growls sévères de T’ol ici et là. Mais la beauté de ces pistes n’est finalement qu’anecdotique à côté de l’éclatante sensation qu’est "A Dream of Earth". Rien que le teaser de 2 minutes mettait déjà à genoux, l’œuvre complète de près de 8 minutes n’en sera que plus jouissive. Atypique et totalement à part de l’album, ce morceau est à l’instar de "Death of the Timekeeper" basé sur un seul riff de guitare qui tourne en boucle, riff certes entraînant mais qui laisse place à tout le reste. A savoir de nombreuses lignes électroniques aux confins de la Trance, dans une ambiance 100% futuriste et cosmique purement époustouflante. On se laisse donc vite emporter par ces mélopées géniales qui sont vite accompagnées d’excellents vocaux robotisés, puis par la voix sublime et touchante de Eli Karoline Kvendseth, assurément le moment le plus émotionnel de tout l’album et de toute la jeune carrière de Khonsu. La seconde partie du morceau laisse ensuite place à de fantastiques envolées mélodiques Blade Runner-iennes, d’autant que cette piste est également voulue comme un hommage (réussi) au film, à l’instar du "Final Frontier" de Juno Reactor dont on a presque ici affaire à une version Metal norvégien. Et au bout, "A Dream of Earth" est juste un chef-d’œuvre absolu, assurément le meilleur morceau de Metal électro-futuriste jamais sorti, une œuvre incroyable qui restera gravée dans les mémoires pendant un bon moment.

Difficile de passer après cette sensation et le fleuve "Toward the Devouring Light" va avoir la lourde charge de conclure The Xun Protectorate. Œuvre dense et complète, elle ne dévoile toute son essence qu’après de nombreuses écoutes, mais Khonsu continue à innover avec notamment cette introduction « bombastic » et du throat singing inattendu. Hélas, en 12 minutes, des longueurs apparaissent, et riffs comme lignes vocales sont assez convenus pour un morceau finalement plus proche d’Anomalia. Mais tout Khonsu est là-dedans, avec notamment ce touché stellaire des synthés qui caractérise désormais bien le projet, et Steffen nous offre néanmoins un final de toute beauté avec la dernière intervention de Eli Karoline, encore une fois remarquable et touchante. On quitte le Protectorat du Xoleil sur les notes de piano de l’épilogue "The Unremembered", et le bilan des 58 minutes proposées par Steffen est largement positif. Voire plus, car Khonsu confirme son statut de groupe de Metal norvégien « innovant » (à défaut d’être réellement « avant-gardiste » désormais) le plus excitant du moment. Après Anomalia bien sûr, qu’il parvient à dépasser en étant plus original, The Xun Protectorate est donc l’album de Metal futuriste le plus réussi depuis un bon moment, depuis Reaping The World Winds (2003) des compatriotes de Dimension F3H finalement, groupe qui n’a lui jamais réussi à confirmer et qui, ironie du sort, revendique également l’influence de Blade Runner. De toute façon, le Metal « futuriste » ne court pas les rues ou plutôt les voies interstellaires, et même au-delà de ces considérations The Xun Protectorate est un album fantastique, inspiré, varié et talentueux, efficace et accrocheur mais raffiné, capitalisant bien sur l'héritage de Keep Of Kalessin et Arcturus (et consorts), et gorgé de moments forts et de morceaux inoubliables, pour un quasi chef-d’œuvre qui finira dans bon nombre de tops de fin d’année, au grand dam des labels qui n’ont pas voulu prendre le risque de signer le projet si atypique de Steffen Grønbech. Khonsu est un des projets innovants comme la scène Metal norvégienne sait si bien en faire depuis des décennies, et The Xun Protectorate en est un nouveau bijou, dont l’éclat brille autant que le soleil.

 

Tracklist de The Xun Protectorate :

1. Desolation City (Prologue) (3:02)
2. A Jhator Ascension (5:15)
3. The Observatory (5:19)
4. Liberator (9:00)
5. Death of the Timekeeper (5:20)
6. The Tragedy of the Awakened One (6:22)
7. Visions of Nehaya (2:47)
8. A Dream of Earth (7:50)
9. Toward the Devouring Light (11:57)
10. The Unremembered (Epilogue) (1:12)